Avec son album en forme de canette de bière écrasée, le trio belge prouve qu’il n’est pas nécessaire de savoir jouer de la musique pour en faire, ni d’avoir été à l’école pour obtenir un diplôme de bras cassés. Au programme : des titres sur les filles, le foot et les mobylettes. La base du punk historique, en somme.

En 1913, Marcel Duchamp inventait sans le savoir le concept de « ready-made ». Il était question de greffer une roue de vélo sur un tabouret, et le Français posait une question qui depuis n’a plus jamais lâché les artistes, bons ou mauvais : « Peut-on faire des œuvres qui ne soient pas d’art ? ». Près d’un siècle plus tard, les Belges de Keeper Volant y répondent de façon monosyllabique avec un premier album qui sent bon la transpiration, le carburateur et l’urine de fin de soirée.

Ici, tout est stupide et manufacturé : les paroles, d’un ultra premier degré, les mélodies, plus basiques qu’un best of des Ramones, les solos, à peine plus longs qu’un rot. Le mot « football » répété en boucle (sur le bien nommé Football Football), une ode aux déconfinements dominicaux (Week-end, c’est le tube de l’album), des phases tellement stupides qu’elles en deviennent géniales (« Dis bonjour à ta maman / Je vais repeindre son couloir en blanc » sur Dis bonjour), ces 22 titres rafistolés rapido donneraient presque l’impression de visiter un Bricorama punk où chaque rayon risquerait de se péter la gueule au premier accord. C’est foncièrement con et donc, sans prétention, et tant pis si plusieurs titres sentent un peu le réchauffé (le titre Eden Hazard date de 2016, Union de 2014) ; au moins Keeper Volant respecte le brief initial érigé par le punk : apprendre la musique en même temps qu’on la joue, sans complexe.

Évidemment, c’est un peu pour le meilleur et le pire en même temps, mais il se dégage de cette giclée branchée sur 220 vols un doux parfum de liberté adolescente rythmée par le bruit des flippers le samedi soir. A classer quelque part entre un Plastic Bertrand accouché au décapsuleur, le J’aime les filles de Patrick Coutin et Chainsaw, le premier groupe punk belge avec qui Keeper Volant partage ce même goût de la simplicité qu’on envie tant à nos cousins francophones.

Pas sûr que tout ce fatras passe l’hiver ni qu’on réécoute sérieusement ces chansons quand on aura trouvé un vrai travail. Pas sûr non plus que les mecs de « Keeper Volant » en veuillent un, d’ailleurs. A écouter de préférence avec des amis sans emploi en se mettant sur la gueule pour savoir qui aura l’honneur de siffler la dernière Mort Subite.

https://keepervolant.bandcamp.com

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