Elle a grandi sous le soleil californien et de cette enfance baignée de douceur, de soleil et de nostalgie, Kadhja Bonet a ramené un album nommé "Childqueen", signé chez le prestigieux Fat Possum. Avec elle, on a fouillé dans sa boite à joujou.

C’est quoi ton premier souvenir musical ?

Certainement mon père qui chantait partout dans la maison. Je viens d’une famille qui adore la musique classique, du coup j’ai grandi avec des compositeurs comme Schubert. Après on ne va pas se mentir : quand mon père venait me chercher à l’école avec La Traviata à fond dans la voiture, c’était assez embarrassant. Maintenant je n’écoute plus du tout de musique classique : je préfère me passer SZA, Rihanna, Her ou un bon Stevie Wonder.

Comment as-tu commencé à faire de la musique ?

Pour être honnête quand j’étais au lycée j’étais totalement déprimée, je détestais mon quotidien et je voulais tout arrêter. Je n’avais aucune attache. Puis un ami m’a donné une guitare et je n’ai jamais pu la lâcher. Il y avait comme une présence rassurante, réconfortante. C’était un tout nouveau monde de création qui venait de s’ouvrir à moi et je n’ose pas imaginer ce qu’il se serait passé sans l’intervention de cet ami.

C’est la même année où tu t’es coupée de toute vie sociale ?

Non cette pause-là s’est passée un peu plus tard. Quand j’avais 25 ans j’ai décidé d’arrêter d’avoir des rendez-vous. Jusque-là j’avais toujours été en couple et je ne voulais plus aucune trace d’amour dans ma vie : pas de baisers, pas de sentiments. Il fallait que je me concentre sur moi-même et sur ce que je comptais faire de mon avenir. Étrangement ça m’a libéré et aidé à devenir beaucoup plus sociable. En plus d’avoir beaucoup appris sur moi-même, je me suis ouverte sur le monde et sur les autres.

Ton album s’appelle « Chidqueen », c’est quoi le sens ? 

C’est une façon de décrire mon “moi spirituel”. Le mot que j’utilise pour me rappeler qu’il faut de l’assurance pour se remémorer de qui l’on est vraiment, avant que nos esprits ne soient corrompus par les pressions sociales. C’est une perspective mais aussi une destination, un état d’esprit que j’aimerais atteindre. Les enfants font ça très bien, donc j’essaie en quelque sorte d’entraîner ma spiritualité à revenir vers un état d’esprit plus enfantin. C’est aussi pour ça que les chansons de mon album sont autant personnelles, elles reflètent tout le travail intérieur que j’ai eu à réaliser pour en arriver là.

Tu ne te considères pas comme une chanteuse ou une artiste. Tu es quoi alors ?

Une “bullshiteuse”. Je trouve ça insultant pour les vrais chanteurs de me qualifier comme tel : je ne m’entraîne pas tout le temps, je n’ai pas les mêmes capacités… J’essaie juste de composer avec tous les outils qui sont à ma disposition pour faire un travail qui me convient. En fait c’est surtout la phase de production et le produit final qui comptent, plus que le simple fait que je puisse être une chanteuse ou une joueuse de guitare. J’ai une histoire à raconter et j’essaie de le faire de la meilleure manière possible.

Donc t’es plutôt une raconteuse ?

Oui ça me correspond plus. Des histoires sur l’évolution personnelle, sur le fait de grandir et d’arriver à puiser sa force de sa propre identité pour se sentir moins vulnérable. Tout est une question de choix. Ce qui est marrant c’est que pour moi cette évolution se fait dans l’autre sens : plutôt que de chercher à tous prix à vouloir être une adulte j’essaie de faire le chemin inverse pour me rapprocher de l’état d’esprit enfantin. Les enfants ont un cœur bien plus grand : ils sont plus ouverts, plus honnêtes et intuitifs. Ils ne s’inquiètent pas pour rien, ils savent qui ils sont vraiment et se contentent d’agir sans avoir à se demander s’ils seront jugés ou non.

Quelle est la chanson à laquelle tu t’identifies le plus sur ton album ?

Second Wind. C’est celle que j’aurais le plus souvent besoin de réécouter. Je suis une personne qui se remet tout le temps en question, ce qui peut parfois me mener jusqu’à une absence totale d’ego. Quand j’aurais totalement perdu confiance en moi et que je me sentirai à terre, ce qui arrive beaucoup trop souvent, alors cette chanson sera un bon moyen de me ramener sur de bons rails. Ça peut paraître niais de dire ça mais en tout cas pour moi ça marche.

Le dernier album de Kadhja Bonet “Childqueen” est disponible depuis le 8 juin chez Fat Possum Records.

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