A la fin du monde, il y aura des personnes qu’on a croisées qui reviendront de manière totalement aléatoire du fait de la contraction de l’espace-temps, des personnes porteuses d’un message que nous n’avions pas envisagé au moment de leur rencontre, comme dans un rêve. Notre vie n’est en fait qu’une possibilité de recevoir ces messages, et notre existence n’a pour but que d’expérimenter la réception, le décryptage et la réalisation de ces messages. Nous sommes des êtres-entités à valeur purement expérimentale, nous sommes des jouets dans le bac à sable divin. Les dommages collatéraux ont la même importance que celle accordée à un Lego; notre vie peut ainsi être à l’image d’un solo claptonien impeccable ou d’un résidu de note d’un morceau de garage-rock sale et vicieux.

Lorsque les Seeds débarquent en 1967 avec leur single Can’t Seem to Make You Mine, je ne suis encore qu’une possibilité, la résultante potentielle d’une partie de sexe sur laquelle planerait l’esprit d’un clown mathématicien aux mondanités usurpatrices. Et déjà cette chanson semble résumer le principe de mon existence au monde. Les Count Five viennent de dérouler la bobine avec un Psychotic Reaction à l’haleine fauve et au teint cramé par le désert. Mais niveau fracassage de cerveau, avec les Seeds, on n’est plus dans le formel ou la tentative de démonstration. C’est la vengeance, le châtiment qui enraye la culpabilité, la fuzz vicieuse qui te fait oublier direct que jusque-là, t’as écouté de la merde. No Escape.

Le psyché, je l’ai dans les veines. C’est comme une mesure de mon âme sauf que c’est moi qui définit les règles : on ne fait pas semblant de faire semblant de jouer à ne pas jouer ce qu’on joue. Cette mélodie-là, ce pushin’too hard, elle est mutante, elle définit ma dualité par sa répétition tellement elle est ex-schyze , elle cavale dur dans le caillou mais en aucun cas elle n’est autre chose qu’une proposition, elle n’a simplement pas pu être écrite. Ce serait légitimer la pure folie et y’a pas écrit « propriété privée » à l’entrée des asiles. Et dire qui y’en a qui s’représentent le psyché à base d’enchaînements de lotus protéiformes sur fond de ciels multicolores alors que le moindre reef des Seeds transcende ces billevesées comme la vie qui surgit du néant.

Une fois le mur aux milles visages traversé, ma nature alerte à moitié défoncée par le système me replonge dans le bouillon beat-garage 60’s qui redonne corps à mes intuitions, celles d’un vagabond affranchi des convenances prêt à déconstruire l’amour qui l’a fait paître. C’est au tour des Sonics, l’enthousiasme naïf des trains de guitares crunchy rythmés par un saxo à filer la crasse à l’oreille la plus fine, le « back to reality » des prêcheurs acides addicts aux dancefloors de saloon. Le p’tit bonhomme black qui s’assied à côté de toi sur les trottoirs d’une ville du Mississipi et te montre la voie à coups de bâtons sur des boîtes de conserve pendant que Miss Valentine se pomponne la vitrine pour rameuter les freaks les plus bouseux du district transformés en Cendrillon le temps d’un riff de Dano aux vapeurs de J&B deep-throated. Au royaume des citrouilles, le matou est roi. Ma petite Witch me kidnappe à la sortie du bar et me donne de l’amour à voyager jusqu’aux bas-fonds d’un underground uchronique, grand distillateur d’orgones calculées, de claviers froids aux dents serrées qui m’initient à la psychorigidité, cette science des gamblers qui fait danser les corps pendant que les esprits s’en remettent. Kraftwerk m’enveloppe d’une sublime aura de velours et Devo m’en colle une pour me ranimer de ce cauchemar adipeux aux mécaniques improbables.

L’ascenseur me conduit au 13e comme toujours, à ma place naturelle. Je me retrouve au milieu d’Arlequins post-modernes aux lubies autrichiennes délicieusement vintage: les Jumpin’Quails.

Pas la peine d’insister, toute demande de traduction sera ici gratifiée d’une démonstration à domicile pour les plus motivées. La vraie traduction, la métaphore idiomatique qui te fait dire que les Byrds et les Turtles, c’était pas derrière les grilles d’un zoo, trouve sa réponse dans le Bishops in Tea Shops des Jumpin’Quails. Ces symboles du revival Nuggets me lessivent le cerveau sur le beat-rock néo-synthétique sensuel et provoquant de Than Today avant de me plonger dans un swing burlesque en compagnie de Pattie. Les garages turinois ressemblent à des bibliothèques, portraits d’ancêtres se substituant au traditionnel globe. Le délire se prolonge sur une planche de surf déroulant le long d’une Dysfunctional Wave saisissant l’excentricité mélodique des Kinks et le tonus épique des Who. Tout se marchande à coups de Watch Out Seedy-esques (gros mot) juvéniles et dansants, pour finir dans les bras d’une Pussycat agitée par les tirs de cowboys excités par le Cash-Cash, un western spaghetti avez-vous dit ? Les gadgets mélodiques de Gorgeous Flesh préparent le happy end velvetien du Talk to Your Father and Lie. La renaissance big-beat garage-surf est en marche.

A la fin du monde, il y aura des personnes qu’on a croisées qui reviendront de manière totalement aléatoire du fait de la contraction de l’espace-temps, des personnes porteuses d’un message que nous n’avions pas envisagé au moment de leur rencontre, comme dans un rêve.

A la fin du monde, il y aura aussi les Jumpin’Quails.

http://www.myspace.com/jumpinquails
http://jumpinquails.com/index.htm

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