Étrange histoire que celle de Jim Sullivan, mystérieux songwriter disparu en 1975 sur un bord d’autoroute du Nouveau Mexique. Son histoire, et son premier disque réédité, rappelleront aux Champollion du rock’n’roll que les fossiles ne cachent pas toujours de bons trésors. A cheval entre Nick Drake et Jacques Pradel, un OVNI perdu de vue pas si étrange qu’il n’y paraît. Et mon culte, c’est du poulet ?

A remonter chaque jour un peu plus ses bas résilles pour fourguer ses demies mortes, le culte ressemble chaque jour un peu davantage à une vieille pute bien obligée d’aller chercher les dernières boutanches à la cave pour étourdir les passants. Le client du jour se prénomme Jim Sullivan, mystérieux Américain de la côte Ouest dont le plus grand mérite reste d’avoir su disparaître au bon moment. La biographie est formelle sur ce point, c’est même le pitch de la réédition de U.F.O., son premier disque : « en mars 1975, Jim Sullivan a mystérieusement disparu aux abords de Santa Rosa, au Nouveau Mexique. Son bug Volkswagen a été retrouvé abandonné, sa chambre d’hôtel laissée intacte. Certains pensent qu’il s’est perdu dans le désert, d’autres qu’il fut alpagué par une famille mafieuse locale. Certains pensent même qu’il fut enlevé par des extraterrestres ».  Un disque nommé U.F.O., des aliens, un humain kidnappé, avouez que même chez X-Files on n’aurait pas rêvé meilleur scénario pour grignoter des chipsters en tremblant.

Mettons de côté le carton-pâte, écoutons la musique. Jim Sullivan débarque sur la west coast à la fin de l’été indien, en 1969. Son seul fait d’arme de l’époque – avant de partir gober du Peyotl avec Roswell ou que sais-je encore – est une courte apparition dans Easy Rider ; Sullivan y joue le rôle d’un chanteur de bar comme on en trouve à tous les coins de rue dans le Los Angeles des late sixties. C’est bien le problème, finalement. Même exhumé quarante ans après sa sortie, U.F.O. ne ressemble finalement à rien d’autre qu’au fragment de poussière de l’esprit hippie, le Laurrel Canyon jamais très loin et le tout enregistré très proprement avec les musiciens de studio de Phil Spector (The Wrecking Crew, utilisés pour le wall of sound de Philou). Le résultat de cette rencontre entre un cowboy et des requins, c’est une bande-son américaine du far-west joué sur Venice Beach ; dix ballades pour oublier que la belle est partie et que, dorénavant, ne reste que le feu de camp pour faire briller son absence. Les arrangements, californiens comme il se doit, ne débordent jamais sur la marge, et des ballades telles que Plain as your eyes can see peuvent tout aussi bien s’enfiler en passant l’aspirateur qu’en changeant les fers de son canasson. J’en vois au fond qui lèvent le doigt, prêts à claquer leur argent de poche pour un disque potable sorti à l’époque où leur maman ne prenait pas encore la pilule. Les mêmes seront certainement prêts à déclarer qu’on n’a pas fini de déterrer le génie des sixties – ils étayeront logiquement leur réflexion en prenant l’exemple des Zombies – puis continueront de dénigrer le présent au profit d’un temps où les vestes à franges n’étaient pas craignos. Qu’il s’agisse du culte ou de l’auditeur, tout ce qui brille n’est pas or.

Dans la dernière scène de cette courte intrigue nommée Jim Sullivan, on apprend que l’Irlandais de souche sortit un autre disque sur le label de Playboy (!) puis disparut dans le deep south, abandonnant même sa guitare douze-cordes et quelques exemplaires de son deuxième disque. L’histoire trouvera bien trois badauds pour repeindre son mur délabré, mais le Wurlitzer et les violons de U.F.O. n’arrivent pas à la cheville de Nick Drake – faut dire qu’il était grand – et Jim Sullivan de rejoindre la tombe des soldats inconnus devant qui le collectionneur de pépites égarées viendra stupidement se prosterner. A trente euros la génuflexion en import pour un Américain même pas vraiment mort, on pourra sobrement conclure que c’est tout de même beaucoup de rififi pour un U.F.O. faux.

Jim Sullivan // U.F.O. // Light in the Attic (PIAS)

3 commentaires

  1. Je ne le connaissais pas, sa musique n’a rien de frappant, banal, dans l’air de son temps…Putain, c’est fou comme le son des années 70′ était bon, toujours plaisant aux oreilles…est ce que dans 30 ans on pourra dire la même chose de Sean Combs, Booba, Rocé, Grinderman, Tigerman, cosmo vitelli, Laurent Garnier… du lard ou du cochon, viandes avariées et surdité pour une grande partie de nos années. Y a que la pointe de l’iceberg qui soit bonne.

  2. Je découvre la musique de Jim Sullivan en lisant votre article.

    Je vous trouve un peu dur. Le marketing est peut être plus à critiquer que la musique en elle même. D’un autre côté les gars font leur boulot. Ils essaient de nous donner envie d’acheter le disque. Le coup du chanteur mystérieux mort prématurément marche assez bien en général.

    Certes UFO n’a rien de très original. Il est le produit de son temps mais cela n’enlève rien à sa qualité. Le peu que j’en ai entendu, à défaut d’être génial, me semble quand même très bon. J’aime le son chaud du folk rock 70’s. Je vais essayer d’en écouter un peu plus.

    Merci pour la découverte.

  3. A quoi bon salir la mort de quelqu’un pour jouer les connaisseurs, cet album est excellent, par de là sa musique, il y un message, une bonne construction et je ne vois pas pourquoi le comparer à Drake ça n’a rien avoir.

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