Pour l'inconnu qui se frotte le menton trois fois en entendant son nom, il y a trente six façons de résumer James Chance, le Sax Maniac. Parler des années No New-York, de Teena

Pour l’inconnu qui se frotte le menton trois fois en entendant son nom, il y a trente six façons de résumer James Chance, le Sax Maniac. Parler des années No New-York, de Teenage Jesus and the Jerks, des dizaines de spectateurs tabassés par ses contorsions, son funk noir, son jazz blanc; on pourrait dérouler la bande comme un pansement, se la jouer régulière sur la carrière et sans croche-patte. Trop facile. Faut dire qu’on ne plaisante pas avec le James.

Presque 34 ans à souffler dans son saxophone, ça use les zygomatiques. James n’aime pas trop sourire. D’ailleurs, si vous aviez la chance de parler à son entourage, sûrement vous feraient-ils la même réflexion: Don’t mess with James. Un petit paquet de nerfs aux chemises froissées, de petits souliers noirs vernis et ses longs cheveux tirés en arrière, le new-yorkais joue avec la anche comme d’autres postent des lettres à l’Anthrax, trente ans que ça dure. Presque sans interruption. Des bouges à demi-éclairés, faut dire qu’il en a vu James, et des biens sombres, des cachets minables à s’égosiller sur du funk qui ne rend pas la monnaie. Tout cela sent le bois d’acajou des comptoirs, la prohibition à la sauce 52ème rue, le taxi jaune de trois heures du matin et les brises d’air d’après concert. Contort yourself. Mais surtout, déconne pas avec James.

Ce qui caractérise le mieux James, au fond, c’est son jeu de jambe. Boxeur à la triple croche, le regard fixe et les poings serrés sur son sax. Des esquives il en connaît, des parades aussi. Sa force? La note qui tue. Celle qui sonne comme une porte mal huilée, celle qui fait oublier que le premier combat est déjà loin, celle qui… James n’a plus beaucoup de temps, anyway. Il s’est battu contre les tigres du disco, a su affronter les pachydermes des années 80, bravant même le cirque de la fin de siècle, c’est égal, parfois on a besoin de revenir à ses premiers amours. A kiss to the jazz… and the fix is in.
Entre deux tournées dans l’hémisphère nord, James s’est finalement laissé convaincre. On a ressorti les trophées, les moins connus. Et The fix is in, cet album pirate du Japon, qu’il n’avait d’abord pas voulu sortir, car dire du James qu’il est perfectionniste c’est être encore trois étages en dessous de la réalité. Amateurs de guitares distordues et de frénésies no wave, rangez les cutters. Dans la grande tradition de l’après-guerre, sur The fix is In on combat à mains nues, les notes se chopent en clef de bras; à l’arrière plan on trouve un sax, un orgue, des guitares en sourdine, chiffon d’éther sur le manche. Et la voix bon sang, qui susurre ses histoires de mafias embarqués sur des croisières, des petits bouts de vie rêvées qu’on n’imagine plus, portées par le son de la contrebasse tendue comme un flingue. I wanna be black. Comme James. Mais surtout, cherche pas à entuber le saxophoniste.

Masterisé par Franck Darcel, un vieux Marquis de Sade, The fix is in retrouve une certaine jeunesse. Sid Vicious aurait-il fait mieux, s’il s’était finalement reconverti crooner? Et Sinatra déguisé punk, tu y crois petit?  Nul ne sait. Ce qu’on entrevoit par contre, c’est la lumière au fond de la salle, les éclaircies de The street with no name, le jazz des fifties sur Blonde ice, un autre rock’n’roll qui drague la panthère rose, un vieux lion qui s’époumone dans son tube doré, les pépés qui tombent une à une dans les bras de James, l’homme qui gagne toujours à la fin. Dans le dernier round, certains disent que son jeu de jambes valait encore trois uppercuts. Son regard carnassier perdu dans le vide, la anche transpirante, paraît même que certains voient encore les étoiles danser. Ouvre pas tes yeux grands comme ça, petit, je t’avais pourtant prévenu: On ne rigole pas avec le James. Definitely, he’s designed to kill.

http://www.myspace.com/jameschanceandthecontortions

James Chance // The Fix Is In // Le Son du Maquis
En concert le mercredi 24 février à la Maroquinerie, Festival de l’Alligator.

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