Installé depuis quelques temps en Australie, le Britannique - considéré par certains comme le fils spirituel de Brian Eno - a publié il y a quelques jours son nouvel album intitulé ‘Under The Sun’. Un trip cérébral qui, a défaut de réellement passionner musicalement, offre son lot d’interrogations plutôt intéressantes.

Disponible depuis plusieurs semaines déjà sur internet, ce nouvel album de Mark Pritchard laissait relativement perplexe à la première écoute. Un sentiment partagé entre l’idée d’avoir entre les mains d’un côté un petit chef-d’œuvre intemporel et de l’autre une improbable compilation de sons ‘zen’ tout droit sortis d’un disque déniché dans un magasin Nature & Découvertes. Mais c’est sur ce paradoxe que se forge la première qualité de cet album, à savoir donner l’envie de comprendre ce qui a bien pu se passer dans l’esprit du Britannique.

Connais-toi toi-même

Connu pour avoir contribué à l’émergence de l’Intelligent Dance Music dans les années 1990 au travers de ses nombreux alias (Troubleman, Harmonic 313) et autres collaborations (Reload, Global Communication), Pritchard avait jusqu’alors plutôt habitué son public à un mélange d’électronica ambient et de musique de club. Et c’est ce deuxième courant musical que l’Anglais a décidé de mettre en sourdine afin d’explorer en profondeur le premier. Ici, le minimalisme est de rigueur, les apparitions vocales quasi rares et aux premiers abords on serait en droit de penser que les seize pistes de l’ouvrage témoignent soit d’un cruel manque d’inspiration, soit d’une suffisance extrême de son auteur tant elle paraissent comme des ébauches prétentieusement jetées à la face de l’auditeur. Mais, curieusement, et même si ces deux hypothèses tiennent la route, un certaine magie opère et elle parvient même à donner à ‘Under The Sun’ un goût de reviens-y.

Le disque sonne comme la bande son, non pas tout à fait d’un film, mais des émotions de la vie courante, tout simplement. Une écoute au casque en errant hors de chez soi prouve que chaque piste agit comme un moment de vie à capturer. Alors, certes, ce n’est pas toujours réussi musicalement, c’est même franchement décevant par moments (Hi Red, Ems, Dawn Of The North, Khufu, Rebel Angels) mais c’est en fin de compte tout ce qui fait la richesse de ce disque faussement simple qui s’adapte à merveille aux humeurs du moment. Après, en toute honnêteté, à part le titre éponyme qui clôture l’album, Pritchard aurait bien pu se passer de toute la seconde moitié du disque. À quoi bon seize pistes quand tout est dit sur les sept premières ? En optant pour un format court, l’Anglais aurait probablement mieux démontré toute la quintessence de son exploration mélo-pop-ambient.

Approved by Thom Yorke

30603a1c3b4c7829bde6fad41546c68835dc401d50c3505ac5afa23dMusicalement, on explore ici les terrains connus d’Aphex Twin, de Brian Eno voire de Boards Of Canada. C’est élégant (Sad Alron), parfois innocemment enfantin (Falling) et ça trouverait même sa place dans un film de Xavier Dolan ou de Christopher Nolan (Cycles Of 9). Pour s’accompagner, Pritchard a invité quelques copains dans l’aventure afin d’agrémenter certains titres de matières vocales. Sa collaboration avec Bibio notamment sonne comme une vision moderne très réussie de ce que serait les Beach Boys aujourd’hui, là où d’autres formations rament toujours (coucou Animal Collective). Autre réussite du disque, ce Beautiful People marqué d’un tampon ‘Approved by Thom Yorke’, la présence du leader de Radiohead sur un disque annexe étant bien souvent un gage de qualité (ses nombreuses collaborations et notre manque d’objectivité assumé parlent pour lui). On fera l’impasse sur les deux autres collaborations tant on n’a pas tout saisi du featuring médiéval avec Linda Perhacs et de l’anecdotique présence de Beans (membre d’Antipop Consortium) sur le disque.

Pour finir, ce papier aurait pu se conclure par une énième liste de beaux adjectifs, mais comme il a été dit plus haut que cet album retranscrivait à merveille les émotions humaines et que ces mêmes émotions sont généralement éphémères, la question suivante se pose à vous : pensez-vous que ce nouvel album de Mark Pritchard passera aussi vite qu’il est venu ? Et, si oui, est-ce qu’un disque qui ne s’inscrit pas dans le temps peut quand même être considéré comme un grand, voire un très grand disque ? À vos stylos, vous avez quatre heures.

Mark Pritchard // Under the sun // Warp
https://warp.net/artists/mark-pritchard/

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