(C) Cathy Calvanus

Nés la même année que Gonzaï, en 2007, les soldats débilo-mutants d’Infecticide tracent leur route depuis maintenant 13 ans avec une régularité qui farce le respect. Alors que leur troisième album s’approche dangereusement de la planète terre dans un Ovni en forme de pancake géant, on vous offre une poignée de morceaux en écoute exclusive, le tout accompagné d’une interview par les activistes perruqués de cette gigantesque blague, heureusement sans chute.

Beau, violent, stupide. Le troisième album d’Infecticide qui sort ce 8 février (c’est un samedi, allez comprendre) est comme la gueule de Philippe Léotard (pas le politique, le poète) ; c’est dur, saillant, ça sent un peu l’alcool mais surtout, c’est brut de décoffrage et les 8 morceaux de ce « Finger Bueno » se mangent, vraiment sans fin.

Avec cette 45ème sortie, le label Da ! Heard It qui soutient les énergumènes depuis le départ peut se frotter les mains : pas forcément pour encaisser les billets ni les subventions de l’état, mais pour recevoir les louanges qui leur sont dû. Un rapide coup d’œil au roster permet rapidement de comprendre qu’on n’est pas tombés sur un label de petites chochottes parisiennes « indie » cherchant à placer leurs poulains sur des pubs pour shampoings anti-pelliculaires. Quelque part entre Front 242 et Casse Gueule, le nouveau « Finger bueno » est aussi un bon gros doigt, tourné vers l’Allemagne de DAF. Et trêve de bavardage, maintenant que vous bavez comme des touristes chinois touchés par le SRAS, voici un avant-goût de ce majeur synth-punk, le tout suivi d’un question-réponse absolument infecticide.

Alors, comment est né ce troisième album de la dématurité ?

Le pauvre petit est né comme ses 2 frères, dans une flaque de miasmes et de sang, sur le plaid du chat. On a hésité à le garder parce qu’on a déjà du mal à assumer les deux premiers, mais finalement le chat s’y est attaché. Il a déjà un caractère bien marqué, on sent qu’il a un potentiel pour faire des bêtises, espérons qu’il ne tourne pas mal avec les années.

Sur la fiche promo disponible sur votre label, on peut lire que vous faites « une electro-punk-wave pointue ». Ça veut dire quoi en fait, que l’électro-punk ça doit encore faire mal ? Qu’il faut enfoncer le clou ? Du coup, Jesus Christ est-il votre plus grand fan ? A-t-il cliqué sur votre page officiel Facebook ?

Alors effectivement, après vérification par la commission des étiquettes musicales, le terme “electro-punk-wave pointue”, qui en 2010  désignait une musique innovante à caractère pop avant-gardiste, et qui avait été retirée de la liste des étiquettes dès 2016 suite à de nombreux abus, a bien été utilisé, et nous nous en excusons. J’ai personnellement exigé le licenciement immédiat la personne concernée (qui était déjà en congé maladie pour un soit-disant “burn-out”) et nous vous remercions pour ce retour client qui nous permet d’améliorer au quotidien nos relations avec nos auditeurs.

“Infecticide c’est un peu notre hobby, notre club de bridge”.

C’est votre troisième album chez Da Heart It, quel bilan tirez-vous des deux premiers ?

En vrai on se retourne rarement pour faire un bilan. On a commencé à faire des morceaux en 2007, qui ne sont sortis qu’en 2014 sur le premier album, car on n’a jamais cherché de label. Da! Heard It a été le premier à s’intéresser à nous, et ils nous ont fait découvrir leur fonctionnement en musique libre. Nos deux premiers albums sont donc en téléchargement gratuit sur leur site, et il en sera de même pour “Finger Bueno”. C’est une première chose qu’ils nous ont apporté: être en cohérence avec nos valeurs dans la manière diffuser notre musique.  C’est aussi à Da! Heard it Records qu’on doit une bonne partie de notre public, ainsi que beaucoup de contacts à travers la France et l’Europe, pour le live notamment. Enfin autour de DHR gravite une toile incongrue riche de musicophiles en cavale et d’artistes rares et souvent inspirants. En revanche, ils ne nous ont apporté ni subventions de la SACEM, ni NRJ Music Award, ils sont même pas invités à Cannes pour le Midem, et pour la limo avec chauffeur tu peux te brosser.

Bon, je crois que tout le monde aura bien compris la blague du “Finger Bueno”, mais quand même : comment arrive-t-on à ce jeu de mots ? Et surtout : comment comptez-vous laisser une empreinte dans le marbre de la postérité avec ce nom d’album ?

Après une étude de marché basée sur une panel de jeux de mots élaborés avec soin, il nous est apparu que Finger Bueno avait l’étoffe du gag universel, celui qui, un peu comme la connerie humaine, fait fi des frontières et des époques. Exit, donc, “Ambiance de la Frousse”, “Spermafrost”, “Boulette de Hit”, “Garage à Beat”, “Emo-droïd”, “Bâton Dansant”, “Brosse à chiots”, et “Kraut de Lapin”.  Ce sera Finger Bueno, comme un bon gros doigt dressé vers qui le mérite.

Et comment est venue Envie de Seske, l’une des meilleures chansons ? D’un zozotage accidentel qui vous a poussé à ne trouver que des mots du même acabit ? (sic)

Ben oui tout simplement en répétant la chanson “Brutal Sex” de notre side-project THE FAT. Jacques, notre batteur, fatigué, malade, a bafouillé “brutal sesk”, et en le regardant, pâle, moîte, reniflant, mains crochues, le personnage d’un petit obsédé dyslexique m’est apparu comme une évidence. J’ai écrit la chanson dans le bus du retour.

Je pense à Jacno qui chantait avant de mourir que « le sport c’était de la merde ». Pour le suivre sur la même logique, avez-vous envie de répondre que le premier degré, c’est pour les cons ?

Je dirais que le premier degré c’est surtout pour les clowns. La vie ne nous laisse pas le choix, par essence elle nous plonge dans l’absurde, et nous tartine de ridicule dès qu’on se prend un peu trop au sérieux. Il est vrai qu’elle est courte, mais ça vaut quand même le coup de s’y amuser, y compris dans la colère et la révolte.

Les fans auront-ils la joie de découvrir de nouveaux costumes pour le nouvel album ?

Pas spécialement pour le nouvel album, on change de costumes plusieurs fois par an, sinon ils sentent mauvais. D’après le musée personnel du cagibi de derrière la poubelle, on en est à plus de 25 types de costumes confectionnés par nos soins depuis les premiers lives, en 2010. Ça va de la blatte à l’équipier McDo, en passant par toutes sortes de monstres, créatures, animaux, astronautes, scouts, marcheurs macronistes, sosies de stars du stand-up français, choses innommables, Elvis de l’espace, costumes gonflables, comité de soutien à François Fillon, esclaves Deliveroo, colons nostalgiques du blackface, vers cavernicoles et autres idées fumeuses. Bien entendu pour la release-party et les quelques semaines à venir, nous avons préparé des tenues de circonstance que nous tiendrons secretes. Sinon personne ne viendra.

Pour conclure, comme ce disque marquera la fin d’un triptyque, pourriez-vous nous expliquer si vous êtes aujourd’hui arrivé là où vous vouliez aller au départ, en 2007?

Ce qui est sûr c’est qu’au départ, on ne visait absolument rien. Apprendre, tâtonner, chercher… On ne savait pas, évidemment, qu’on aurait un public aussi aimant et fidèle. Actuellement on ne vise pas plus haut que ce qu’on a déjà et on continue de chercher. Infecticide c’est un peu notre hobby, notre club de bridge. On s’y amuse entre amis, et on laisse la porte ouverte, tout le monde peut entrer, sauf les nazes. Et moi qui adore les insectes, je ne vois pas pourquoi je devrais mettre fin à mon trip tique.

« Finger Bueno », le troisième album d’Infecticide, sortira le 8 février en vinyl et digital chez Da Heard It.
https://www.daheardit-records.net/fr/artist/infecticide

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