28 août 2008. REM est la tête d’affiche de la deuxième soirée du festival Rock En Seine. Sur scène, c’est un Michael Stipe en pleine forme malgré un coup de vieux artistique qui livre un concert aux allures de best of. Qui a envie d’entendre le moindre extrait de Around The Sun ou du petit dernier, Accelerate ? Les Américains l’ont bien compris, et se mettent la foule dans la poche avec Bad Days, Everybody Hurts et Losing My Religion.  Sortie de scène après une bonne heure de show. Le rappel est couru d’avance. On patiente quelques minutes.

Pendant ce temps, peu avant la fin du dernier titre, un roadie installe un paravent, à quelques mètres de la scène. À l’abri des regards, quelques lignes sont finement préparées par celui que l’on imagine être le “préposé à la coke”. Un à un, Peter Buck, Mike Mills, Michael Stipe, ainsi que les requins qui les accompagnent en concert, saisissent les pailles qui leur sont tendues, avant de revenir, comme si de rien n’était, pour conclure le show.

Août 2009. Tout ce que Paris compte de plus faussement hype se retrouve à Saint Malo pour la Route du Rock. L’affiche est à l’image du festival : terne. Grizzly Bear est l’une des têtes d’affiche, c’est dire. Cet été-là, les Kills sont présents. Bonne nouvelle : sans aucun album à promouvoir, ils acceptent de repartir sur la route pour cette unique date et, paraît-il, pour un cachet moindre. Valeur sûre en live, le duo séduit sans trop de peine. Là encore, un concert pour les fans. Tout le monde semble content.

Quelques heures plus tôt, Alison Mosshart et Jamie Hince traînent dans les parages, donnent quelques interviews, font une ou deux séances photo. Puis, Madame demande un médecin. C’est urgent. Une ambulance est demandée au Fort St Père. À son arrivée, l’ambulancier découvre une jeune femme en pleine forme, vaguement fatiguée, mais surtout très désireuse d’un certain médicament. Une simple piqûre qu’elle a l’habitude de s’administrer avant de rentrer en scène. Légal aux États-Unis et en Angleterre. Pas en France. Et sûrement pas sans une bonne raison. Et le docteur de repartir, passablement énervé.

Imaginons. Projetons nous dans un futur proche, nous sommes en 2012. La petite sphère indie rock est en ébullition. Sur le modèle du Wikileaks de Julian Assange, une poignée de hipsters new-yorkais (pléonasme) ont une idée brillante. Absolument brillante. La création d’un Indieleaks. Un site sur lequel serait répertoriée une multitude d’informations sur les musiciens du monde entier, mais aussi les patrons de labels, les salles. Tout. Le principe serait le même : des sources anonymes auraient accès à une interface sur laquelle elles pourraient divulguer toutes sortes de news. Sans que l’on puisse remonter jusqu’à elles. Des choses souvent futiles, amusantes. Mais il faudrait bien sûr faire le tri dans ce gigantesque foutoir. Certaines histoires ne toucheront qu’un cercle très réduit d’intimes, lorsque le groupe n’en est encore qu’à ses balbutiements. Lorsque l’on sait de qui il s’agit, en revanche, on se marre bien. Du côté de la capitale, il y a de quoi lire. Même si bien sûr, tout cela reste gentillet. Il importe peu de savoir si, oui ou non, des musiciens de studio ont été appelés en renfort lors de l’enregistrement du premier (et seul) album des Naast. Franchement, on s’en serait douté. Pareil pour les Plastiscines, qui auraient utilisé une boîte à rythme sur un titre de leur premier album, la batteuse de l’époque n’étant que peu capable, et du récent départ de la guitariste qui serait dû à son petit copain, vaguement producteur, ancien de Vegastar, et apparemment mauvaise graine (il aurait réussi à se faire virer du backing band de Jena Lee. Respect !). Bref.

Info après intox, ragots après faits, on se délecterait bien de cet Indieleaks comme d’un torchon people. Comme lorsque l’on avait appris l’escapade nocturne et parisienne des frères Gallagher dans les années 90, entonnant, visiblement ivres, Back For Good de Take That (ce qu’aucune bio officielle ne nous apprend). Et, surtout, on n’oublierait pas d’employer le conditionnel. Exemple : “Dimanche 13 août, de nouveau à la Route du Rock, Katerine, accompagné de ses Little Rabbits, doit clôturer l’édition 2008. Le concert MANQUERAIT de ne pas avoir lieu, le backing band, défoncé à l’extrême, en SERAIT arrivé aux poings avec la sécurité”. Ou encore : “le programmateur du Tigre, club parisien, se SERAIT pris un poing dans la gueule de la part de Pete Doherty”. Pas compliqué.

Nous sommes en 2012, et Indieleaks ne fait pas vraiment rire les professionnels de la profession. Les labels n’apprécient pas de voir publiés les détails de leurs magouilles. Soucieux de préserver l’image de leurs poulains (aux œufs d’or), ils émettent des consignes strictes : aucun dérapage. Une vie de moine. Les musiciens, eux, ne savent plus trop à qui faire confiance, ont des sueurs froides en studio. Se droguent nettement moins, aussi. De peur que papa et maman n’aillent jeter un œil sur ces informations, qu’on leur tape sur les doigts, et que leur image ne soit ternie. Ils avaient le sexe, la drogue et le Rock’n’Roll, mais soudainement, ils n’ont plus que ce dernier. Qui leur semble bien fade. Petit à petit, deux courants se forment. Les plus téméraires assument, crient haut et fort que oui, ils s’en mettent plein les veines et baisent sans capote. Les autres, nettement moins sûrs d’eux, baissent les yeux. Ne sortent plus tellement. Bonne nouvelle : sans autre choix que d’écrire des chansons, le niveau global de la pop des années 10 remonte très vite. Mais sans le way of life qui accompagne d’ordinaire le métier d’artiste, le cœur n’y est plus. Les magazines font la gueule, n’ont plus grand-chose à se mettre sous la dent. Ceux qui n’existaient sur l’échiquier pop que grâce à leurs jeans slim sont démasqués. Les vrais résistent. Sans pose, reste à travailler la prose. Ce qui n’est pas à la portée de tous.

Nous sommes en 2012, la fin des temps n’est pas pour tout de suite, mais pour certains, c’est leur petit monde fait de faux-semblants et de prétention mal placée, qui semble s’écrouler. Le futur de la pop n’en serait que plus radieux. Conditionnel, toujours.

12 commentaires

  1. Je prophétise que si les groupes élevaient tous le niveau pour écrire vraiment des putains de chansons et de disques au détriment du reste (la mythologie S, D & R & R) il y aurait d’un coup moins de soi-disant « journaliste musique », non ?

    Sylvain
    http://www.parlhot.com

  2. ouais bon du people à 4 sous, on se fout radicalement de savoir si les musicien(nes) s’enchainent la tête avec de l’eau de javel ou de l’huile de vidange et, pour avoir été backstage pendant quelques temps, je peux souligner qu’il s’y passe rarement quelque chose d’intéressant. Ok tout ce petit monde a des anecdotes sur des situations plus ou moins cinglés, moi le premier, mais franchement pas de quoi non plus fantasmer le matin au réveil. j’ai vu des choses aussi voire plus givrés dans d’autres milieux. Sans déconner REM à pris une ligne waouh le scoop! quand n’importe quel gamin de 16 ans un peu dedans a déjà bouffé du mdma ou retapissé ses cloisons nasales… Pete Doherty pose des gnons, la belle affaire… J’ai vu les mecs des babyshambles se foutre sur la gueule dans un hôtel et franchement et ben pas de quoi en faire un fromage, je ne vois pas ce qu’il y a d’intéressant ou de mythique là dedans. C’est simplement une bande de camés pathétiques qui ont débranché leurs cerveaux comme des milliers de lads un samedi soir.
    Je tiens aussi à préciser que ce ne sont pas les labels qui « tiennent les artistes » dans leurs comportements puisque somme toute ils ne passent pas tant de temps que ça avec eux. A la limite les managers et encore… Pour ce qui est de la poule aux oeufs d’or, ça existe encore ?
    Au lieu de se palucher sévère là dessus ce serait quand même mieux de parler de musique non ?

  3. Il me semble que la presse people fait déjà le boulot. Informateurs anonymes, photos volés (ou pas) de traits de coke sniffés à la paille, oh tiens il lui en reste dans le nez, etc.

  4. Cet article m’a aussi laissé dubitatif comme un peu tout le monde vu les comments … je n’arrive pas à saisir le truc qui fait que ce doit être intéressant quelque part, à part mettre en avant l’idée d’un indieleaks mais bon c’est un peu bof. Ou alors c’est de la naïveté pure … désolé je ne comprends pas.

  5. Typiquement le genre d’articles intéressants sur la musique, du genre de ceux qui n’en parlent pas pour mieux en parler. Cool.

  6. Bah, trois angles dans le même article d’une petite poignée de milliers de signes, tu m’étonnes que ça tient pas. Surtout lorsqu’on apprend… rien, en fait.

  7. I´ve been reading your blog for awhile and it for no reason occurred to me to comment. That is absolutely ironic, because I´ve spent quite a lot of time over the history few months studying what it takes to make people comment on my own website. Right after reading a couple of your posts I guess it´s controversial topics that stir people´s emotions to the point exactly where they can´t simply just ´let it go.

  8. Ce qui m’a le plus intrigué:
    « Bonne nouvelle : sans aucun album à promouvoir, ils acceptent de repartir sur la route pour cette unique date »
    Il y a quelque chose…je n’arrive pas à mettre le doigt dessus…

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