« On voit à la démarche des gens s’ils ont trouvé leur chemin » chante le duo suisse sur son nouvel album. A l’écouter, ce « Massif occidental », on se dit que celui choisi par Hyperculte les éloigne de la facilité autant qu’il les rapproche du sommet. Voyage en solitude.

La croyance collective, celle vendue sur internet gratuitement, laisse espérer la notoriété pour tous. Vue par ce prisme, la notoriété devient pour l’artiste – et qui est pour les musiciens – un rêve à portée de main et dans lequel le beau côtoierait le facile, les chansons des poignées de likes par milliers avec, à la clef, une postérité sauvegardée sur une clef USB. Ce rêve, ce cauchemar plutôt, cela fait déjà quelques années que le duo d’Hyperculte, composé de Simone Aubert et Vincent Bertholet, s’en éloigne. Vu de loin, c’est un adieu au succès. De près, c’est une démarche artistique tout ce qu’il y a de plus noble tant les chansons de « Massif occidental », dernier né de cette quête du sentier tordu, feront fuir les addicts du plaisir instantané.

Résultat de recherche d'images pour "hyperculte"Si Hyperculte est devenu « parfaitement inécoutable », c’est parce que la cacophonie côtoie la grâce. C’est Blanche Neige découpée dans les bois par un serial killer ou, pour le dire plus clair, l’héritage de Catherine Ribeiro, critiquée en son temps pour son lyrisme psychédélique, revisitée. Mis à jour dirait-on, alors même que la Française qui aurait au moins mérité une statue pour avoir marié Edith Piaf à Pink Floyd, se meurt en silence dans un petit village de province. Fin de digression pour ouvrir une parenthèse. Les mélodies de ce « Massif » sont tarabiscotées, jamais droites, dans la lignée du premier album sorti voilà 3 ans.

« Et si l’on envoyait promener tous ceux qui nous diront que nous rêvons ? » s’interroge Vincent sur Wow. Elle a beau être la piste de clôture, cette « chanson » définit parfaitement la folie douce, à la Brigitte Fontaine, qui transperce ce deuxième album chez Bongo Joe. Il y règne une inquiétante quiétude, un truc pas clair qui refuse de dire son nom. Est-ce du post-krautrock ? De la chanson francophone passée à l’acide ? Du funk genevois ? Est-ce un rêve d’ailleurs, comme dans La vie est un songe de Calderon ? Et si j’ai envie de briser la nuque de chatons sur Temps mort, cela fait-il de moi un meurtrier, ou une personne tout simplement vivante ? Toutes ces questions, Hyperculte, solide sur ses appuis, les pose à l’auditeur comme à lui-même. Trouve parfois des réponses, comme sur Chaos : « C’est bien la pire des folies d’être sage dans un monde de fous ». S’étonne en filigrane que les artistes de leur génération se laissent encore piégés par les lumières à portée courte. Le duo, avec peu, remet les pendules suisses à leur place : une guitare, une contrebasse, une batterie et des paroles dada valent mieux que vos likes. Au programme : danse païenne et incantations techno-vaudous dans un immense bordel de machine à laver faisant le même boucan que Jaki Liebezeit dans CAN. Tatapoum tatapoum tatapoum.

Enregistré à Hambourg dans le studio de Felix Kubin, « Massif occidental » parle donc évidemment de géographie (les Alpes) mais surtout d’élévation. De ce point de vue, c’est réussi. Pas certain que le grand public soit prêt à les suivre si haut, mais ces cousins germains de Nova Materia et Aquaserge redonnent au temps long la place qu’est la sienne sur la partition. Pour le côté hyper, faudra repasser. Mais pour le culte, il suffira de lever la tête.

Hyperculte // Massif Occidental // Bongo Joe Records
https://hyperculteband.bandcamp.com/album/massif-occidental

Hyperculte sera en concert à Paris au Café de La Danse le 7 mai en première partie d’Altin Gün (autre signature Bongo Joe)

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