Aussi sûr qu’on n’embarque pas sa moutarde lorsqu’on va à Dijon, le nouvel EP d’Higamos Hogamos n’est pas labellisé « Kraut-disco » sur l’étiquette. Parce que c’est dans les plus vieux pots qu’on fait les meilleures confitures, certaines évidences n’ont pas besoin de dire leur nom pour être piquantes.

Au cœur de Portobello Road, southwest London, situé entre un antiquaire et deux friperies où le vintage s’arrache au prix du neuf, DC Recordings turbine à sec depuis quelques années déjà. La porte n’en est pas vraiment une, brinquebalée mille fois par les badauds, et la secrétaire ressemblerait à un zombie saucissonnée goth qu’on ne serait pas plus surpris. En moins de dix ans, le petit bureau anglais est parvenu à inonder toute l’Europe ou presque de ses krauteries primesautières à faire copuler junkies, diplômés des Beaux Arts et teddie boys dans la même pipe à crack. Contre-culture oblige, le plus connu de leurs poulains (Emperor Machine) reste almost famous pour le premier venu ; leurs plus belles découvertes (Padded Cell, The Oscillations) souvent relégués dans le tiers-monde des bacs à soldes. A l’autre bout du fil, quelques puristes névrosés et autres bloggeurs se frottent les mains sûrs de leur fait, DC Recording restera sans doute une virée en solitaire dans la constellation « rock cosmique et enjambées disco ». De celle qu’on se repasse sous le manteau devant les feux de cheminée, sans lendemain. A Portobello, on vient surtout chiner d’anciens disques d’Eno. Pour le futur, s’adresser au bureau d’en face.

Dernière comète accouchée de la galaxie DC, Higamos Hogamos aura sorti un premier album éponyme qui n’a pas marqué les esprits et peu souillé les dancefloors. Pas vraiment une surprise dans un pays qui peine à battre des mains en rythme, mais suffisamment de talents pour qu’on écrive qu’ils méritaient pourtant mieux.
Sur leur nouvel EP autoproduit, Steve Webster et Toby Jenkins démontrent qu’être deux est parfois bien suffisant. Pur produit de l’école allemande seventies, dignes descendants du home-studio où l’on peut désormais opérer ses pistes avec un clic droit, le duo de Londres parvient cet ultime effort (que d’autres appelleront sacrilège) de sonner comme un mélange de musique d’illustration sonore, de disco tribale et de bandes-sons opiacées à s’en foutre un joint up in the ass pour prendre sa température. 39,2° à pleine constance, plus funky que Neu !, moins ambient que Brian Eno, voisin décoiffé d’Emperor Machine dont ils ont gobé les substances qui font danser jusqu’au bout de la nuit.  Musique abstraite qui regarde vers l’infini – et donc nul part – sur Sorcery, boogie sanglant sur O Deo, grosse dédicace à La Düsseldorf et Cluster sur Deuced, Higamos Hogamos réconcilie épileptiques et dancing, Ministry of Sound et Studio 54. Des beats de noir dans un corps de blanc, où quand le ballet s’étire à l’infini. Boucle parfaite qui réconcilie rythme d’hier et parquets lustrés d’aujourd’hui, et sans rien inventer, ce médicament peut également être prescrit pour les problèmes d’érection.

EP directement en vente sur le site du groupe : http://www.higamoshogamos.com/
http://www.myspace.com/higamoshogamos

Sorcery

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