Dans « le monde du silence », depuis les fameux reportages du Commandant Cousteau, j'ai appris : Entre le poulpe et le pigeon il y a un monde, un gouffre abyssale de différences e

Dans « le monde du silence », depuis les fameux reportages du Commandant Cousteau, j’ai appris : Entre le poulpe et le pigeon il y a un monde, un gouffre abyssale de différences en tous genres à commencer par la taille du bulbe. Reste le bec, étrange point commun ne pouvant à lui seul expliquer pourquoi les Pigeons de Luke Temple ont su attirer mon encre.

Si tu passes par Brooklyn, tu comprends vite qu’un des rares liens qui t’unis encore à la nature, ce sont bien les nuées de rats volants. Perdu dans la multitude ailée et pouilleuse, le singer-songwriter pop-folk Luke Temple réfléchit:« Les pigeons sont partout autour de nous mais personne ne les remarque, sous-estimés, oiseau semblable à l’opprimé, il n’en sont pas moins le reflet de ce que nous sommes devenus ». C’est sans doute cette puissante réflexion planant à tire d’aile entre philo de comptoir et écologie bobo qui l’amènera à se transformer soudainement en pigeon voyageur. A l’ouest d’Hudson River, Catskills – dernier refuge écolo romantique de la classe moyenne new-yorkaise – étale ses plateaux et collines. Après la réussite de son premier album éponyme, Here we go magic y atterrit alors pour quatre mois de création, entre terre et ciel…

Avant goût pictural d’un pop painter repenti

Il est désormais loin le temps où le nouveau petit génie de la pop américaine peignait des fresques dans les appartements bourgeois de Big Apple pour ne pas avoir à voler ses extra light. Depuis les pinceaux se sont transformés en manches de Fender, les fresques murales en paysages sonores éclatants. Le poulpe est littéralement séduit, Temple manie la palette d’acrylique comme la palette sonore et sa pop naturaliste explose dans un tourbillon chromatique planant et délicatement acidulé. Je sais, c’est pompeux, limite dithyrambique, voire rigolo pour les plus incrédules … Mais j’assume, la ventouse sur le cœur, même si la voix de Temple – considérée par Sufjan Stevens comme une des plus belle voix de la pop music – s’approche parfois du râle d’un pigeon agonisant. Mais c’est justement cette vocalité haute perchée en rupture, associée aux arpèges aériens désagrégés et décadents des guitares, qui donne à l’ensemble toute sa force expressive. Moderne et terriblement sexy. La basse terrestre part directement du bas ventre pour porter l’ensemble vers des sommets bien plus haut que les fluettes collines des Catskills (Collector, Surprise, Land Of Feeling). Les synthés font le reste, aériens parfois, ajoutant la touche de psyché qu’il faut (Hybernation) ou imitant la nature environnante (Casual, Vegetable or Native).

Pris par Surprise, le poulpe s’envole

Comme dans tout bon album il y a toujours un titre qui t’accroche plus que les autres. Ici, le vice de Surprise m’a pris, je l’avoue dans un slow erotico-planant aussi brûlant qu’un peep show psyché. Une vraie communion avec la nature, tous les sens en alerte, l’érotisme dans toute sa splendeur avec le soupçon de lubricité obligatoire pour un passage à l’acte parfait. Mais faut que je m’en remette hein ! En attendant j’ai interdit à mes chats de béqueter les pigeons qui tapent parfois l’incruste dans le jardin … Je leur dois bien ça, ils m’ont bien fait planer.

Here We Go Magic // Pigeons // Secretly Canadian (Differ-ant)
http://www.myspace.com/herewegomagic

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