Une interview d’Henri Dès ? Idée à priori totalement absurde.

Et pourtant, ce mec est totalement à part dans le paysage musical français. Depuis 1977 et la sortie de son premier album pour enfants (après quelques 45 tours dits « pour les grands »), le succès du Suisse ne s’est jamais démenti. Considéré comme un art mineur, voir méprisé, la pop pour enfants n’en reste pas moins une valeur sûre à la vue de certains chiffres. Jugez plutôt: 25 albums, et presque autant d’écoles à son nom. Et on ne parle pas de l’Olympia, rempli plusieurs fois, les doigts dans le nez. Avant la sortie d’un nouveau disque et une série de concerts à l’espace Cardin, le Grand Père préféré des Français accepte de passer quelques minutes avec nous au téléphone:

Excusez moi j’ai un chat dans la gorge.

Pas de souci. Comment écrit on une bonne chanson pour enfants ?

Chaque auteur a ses règles à lui, il n’y a pas de conservatoire pour ça. Je parle beaucoup avec mes collègues, par exemple Cabrel qui est un ami, et nous avons tous des façons de composer différentes. Moi je commence par la mélodie, qui est le plus important pour moi, puis je pose un texte. Quand on commence par le texte, on se retrouve par la suite coincé mélodiquement.

Et dans les thèmes abordés, il doit y avoir des contraintes, non ?

Je ne peux évidemment pas parler d’amour charnel. Mais même un thème un peu compliqué comme la mort, je peux le faire passer sous forme de fable animalière par exemple. J’ai écrit un morceau sur un enfant dont les parents divorcent. Mais tellement triste qu’il n’a pas fini sur disque. Mes propres enfants, eux-même divorcés, ont pleuré en l’entendant. Donc si l’enfant qui souffre déjà se trouve au fond du trou à l’écoute du morceau, ça ne va pas. Pareil pour la maladie, je me dois de redonner un peu le sourire aux gosses malades, donc je ne vais pas chanter une chanson qui l’enfonce encore plus. Je me retiens donc d’écrire des choses qui ne vont pas dans la bonne direction.

Le prisme de l’enfant, c’est presque un défi supplémentaire.

J’ai écrit plus de 200 titres, chaque thème est différent. Mais regarde les chansons pour adultes, elles ne parlent quasiment que d’amour. C’est tout le temps « je t’ai perdu, reviens mon Amour, tu me manques ». Donc ce sont plutôt les chanteurs pour adultes qui me semblent dans l’impasse.

Vous avez même des écoles à votre nom. La classe !

C’est très touchant de penser que des gens dans un coin du pays veuillent que mon nom soit gravé sur le mur d’une école, et ce même après ma mort. Il y en a 29 aujourd’hui. C’est assez fou, alors que je suis très peu médiatisé. C’est presque bizarre que mon nom soit choisi et pas celui de Johnny Hallyday par exemple. Bon c’est vrai que mes morceaux s’y prêtent plus. On n’est peu nombreux en France à avoir des écoles. Je me souviens qu’une fois j’ai été invité sur un plateau télé car les gens recevaient Pierre Perret, qui avait quatre ou cinq écoles. Tout le monde trouvait ça exceptionnel, et ils se sont donc renseigné pour savoir qui d’autre en avait. J’en avais 23 à l’époque. C’est presque incompréhensible.

Pourtant, la chanson pour enfant reste dénigrée.

Oui. Quand je me suis mis à remplir des Zénith et à vendre plus de quatre millions de disque, j’ai cru que les médias allaient s’y intéresser, mais non. Je n’ai pas d’explication, mais ça ne me touche pas plus que ça. Par contre ça a pas mal énervé les gens qui travaillent avec moi. Le fait de ne pas être exposé me protège d’un tas de choses. Ne pas passer dans les grosses émissions en prime time m’accorde un crédit que d’autres n’ont peut être plus. Certes cela donne plus de visibilité, mais sans doute moins de crédibilité. Je suis préservé de ce genre de choses.

Vous avez commencé avec des 45 tours pour adultes…

Je crois qu’on en trouve quelques uns sur eBay, qui se vendent d’ailleurs assez cher. Enfin, par rapport au prix initial. Mais ça n’a rien à voir avec ma carrière actuelle.

Vous avez l’impression d’avoir eu deux carrières ?

Non, je pense que j’ai eu une carrière qui m’a préparé à l’autre. Les erreurs que j’ai pu commettre, dans l’écriture par exemple, je les ai toutes faites dans mes chansons d’avant. Puis quand mon fils est né, j’ai décidé de lui écrire des chansons, sans savoir que ça allait devenir ma vie Et bien à ce moment là, j’avais acquis une technique d’écriture, un peu de bouteille pour commencer une chanson, la finir, et qu’elle se tienne. Alors que souvent les gens pensent qu’il est plus facile d’écrire pour les enfants car ils sont moins exigeants. Je pense que c’est une erreur.

On en revient au dénigrement de la chanson pour enfants

Exactement. Les gens pensent qu’il suffit de monter sur scène pour que les gamins crient. Mais c’est pas aussi simple. J’aborde la chanson pour enfants avec respect pour le public en face de moi, j’écris donc comme un auteur. Les enfants, et les parents, ont une perception de l’écriture, et de sa qualité. Il ne suffit pas de mettre un nez rouge et de se trimballer un nounours. Je parle de leur quotidien, et ils se retrouvent dans ce que j’écris. Les parents me le disent assez souvent d’ailleurs.

Finalement votre carrière c’est un hasard.

Oui. Comme tout ce que j’ai fait d’ailleurs. Je suis quelqu’un qui aime se faire balader mais qui a assez de bon sens pour savoir où il ne faut pas aller. Si une opportunité se présente, je sais juger si elle est bonne ou mauvaise. Il y a toujours des chemins à suivre, des portes à ouvrir… Mais quand j’ouvre une porte, j’essaye d’anticiper et de savoir où ça va me mener.

Dorothée, Chantal Goya… Elles ont disparues. Vous êtes le dernier.

On est dans un genre, qui est la chanson pour enfants, mais on ne fait pas la même chose. Je me souviens qu’on m’a un jour proposé une émission télé, où je devais leur taper dessus. J’ai poliment refusé. Elles ont leur façon de faire, j’ai la mienne. Chantal Goya revient. Elle a eu un passage à vide, elle jouait dans des clubs gays c’était assez bizarre. Puis il y a eu une nostalgie. Et là elle rejoue dans des grandes salles. Par contre Dorothée a annulé sa tournée, faute de monde. Je crois d’ailleurs qu’elle a fini à Bercy devant seulement 2000 personnes. Ca devait être dramatique.

Quand vous étiez enfant, il y avait l’équivalent d’Henri Dès ?

Non. Nous avions les chansons populaires, mais ce n’était pas exactement la même chose. C’est Anne Sylvestre qui a tout commencé. Elle fut la première à avoir un vrai répertoire pour enfants, et de qualité. Mais elle n’a pas voulu donner de spectacles pour enfants en salle. Elle jouait en concert ses titres pour adultes, et parallèlement sortait des disques pour enfants. Et ça c’était dix ans avant moi. J’espérais avoir la même carrière, puis je l’ai dépassé. Mais à part elle, il n’y avait que les chansons traditionnelles, des chansons de métier, datant du 18ème siècle. Avec Anne Sylvestre, nous sommes les premiers à avoir amené un vrai répertoire d’auteur.

Les enfants ont ils changé en trente ans ?

Pas beaucoup. Ils ont les mêmes préoccupations. Le chat, le poisson rouge, la petite soeur… Puis ils deviennent des ados. Bien sûr, ils ont désormais sollicités différemment, avec les jeux vidéos, les multiples chaînes de dessins animés

Avoir des enfants, c’est nécessaire pour faire ce que vous faites ?

Je ne pense pas qu’on puisse les comprendre si on n’en a pas. On peut les aimer, mais pas les comprendre. Vous avez des enfants?

Non.

Ce sont deux mondes différents, on ne pense pas pareil. Vous verrez dans quelques années, et vous penserez à ce que je vous ai dit.

Anecdote marrante: durant les concerts de métal, le public scande parfois votre nom.

C’est marrant. Je savais qu’il y avait un groupe du nom de Henri Death Metal. Et je sais que d’autres s’amusent à reprendre mes chansons en mode heavy metal. On peut voir les vidéos sur Youtube. Mais je trouve cette histoire excellente. Je ne pense pas que ce soit méchant, c’est le décalage qui est rigolo. Ca m’amuse quand je rencontre ces gens, avec des bagues et des tatouages partout, qui me disent qu’ils ont écouté mes morceaux.

Au final, tout le monde vous aime.

Oui. On me le dis souvent. J’ai peut être su me préserver aussi. Je ne suis pas dans la course pour être dans la lumière tout le temps. Regarde les sondages: Chirac est adoré depuis qu’on ne le voit plus. Et Sarkozy, trop présente, est rejeté. Ca n’a rien à voir bien sûr, mais le fait que l’on ne m’invite pas, fait que les gens m’aiment bien. Et c’est plutôt agréable.

http://henrides.info/

10 commentaires

  1. tu veux un camembert ? un camembert ? un camembert …
    comme l’a un jour noté un de mes profs en marge d’un devoir :
    faudrait voir à arrêter la bière et les acides

    le truc fun c’est que je l’ai lu jusqu’au bout

  2. Euh…. l’intérêt de l’article ? Non sérieux, je me demande bien ce que j’ai pu apprendre là en dehors du délire puérile de hypeux « ah on a interviewé Henri Dès, on fait du journalisme d’investigation ».

  3. Pfff! Ben nan, au contraire, excellent article!
    On l’a tous écouté, on se souvient de ses chansons, l’interview est (vraiment) très bien menée et on apprend (vraiment) des trucs (sur ses débuts, l’écriture, etc…).
    Que dire de plus ?
    Ah! si! une interview d’Anne Sylvestre, peut-être ?

  4. Oh merci, j’ai pas arret‎é de rire, du debut a la fin.
    Le type il arrete pas de repeter que tout le monde l’aime pendant toute l’interview et toi tu arrives a rester serieux ? Nico : tu es mon Dieu. Mais il ne faut point negliger le fait que apres 15 sec d’une chanson d’Henri Des, une personne de plus de 4 ans 1/2 normalement constituée vomit (ou pleure de desespoir).

  5. Assez d’accord avec Claire, je crois que Nico Prat n’a pas eu encore à subir les affres de l’écoute entière d’un album de Dès(espoir). C’est vraiment une torture mais le pire c’est que tes gamins aiment ça et ils te demandent de repasser le truc 20 fois de suite. Une loi devrait interdire la diffusion de tout ce qui s’apparente de près ou de loin à une déjection de cet escroc, pas étonnant qu’en France on écoute de la merdasse devenus adultes … On est formaté pour dès l’enfance … 😉

  6. bon, poulpy, ne Dès(espère) pas. Il y a les Baby Rock records qui se chargent de re-enregistrer pink floyd, the cure, joy, et cie version clochettes… Alors même si des fois on ne demande qu’a claquer un mur de disto en plein milieu voire un putain d’orgue qui crache, c’est mieux que rien. Nos sauveur on fait ça de l’autre côté de l’atlantique.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.