Fyfe était de passage à Paris en janvier dernier pour un concert privé au Silencio. Il a présenté le premier album de son nouveau projet musical, “Control” qui sortira le 9 mars 2015 via le label Believe. Une electro tendance soul, pop et R’n’B qui s’inscrit dans la lignée de James Blake. Un mélange qui s’apparente à du grand n’importe quoi mais qui, finalement, s’écoute bien. Et se réécoute même. Gonzai s’est enfermé avec le jeune Londonien dans une pièce obscure de son label pour parler de sa musique, de celle des autres et de sa tendance à vouloir tout contrôler.

Le Silencio. Un soir de semaine. Difficile de se frayer un chemin car il y a beaucoup de monde. “Je n’ai jamais vu le Silencio aussi blindé. Hier soir par exemple, on devait être une petite cinquantaine dans le club, me chuchote une habituée visiblement impressionnée. Les sièges installés devant la petite scène du club de David Lynch sont vite retirés. Les rideaux de velours ont beau être encore tirés, les spectateurs s’accumulent, les yeux tournés vers la scène. Il est 22h40. Le jeune phénomène anglais s’apprête à monter sur scène.

De l’économie à Fyfe

fyfe_album_cover_541_541Fyfe, alias Paul Dixon est un musicien anglais de 25 ans. Il en est déjà à sa seconde vie dans l’industrie musicale : “J’ai commencé la musique très jeune, à 6 ans. Mes parents m’avaient inscrit à des cours gratuits de violon. J’ai aussi fait de la trompette et du piano.” Une formation assez classique, avec des concerts dans l’orchestre de l’école. Il a débuté la guitare dès 11 ans “pour être cool” comme le grand-frère. “J’ai grandi, j’ai commencé à écrire des chansons et à les enregistrer pour m’amuser. Je ne pensais pas à la musique comme métier. C’est à seulement 19 ou 20 ans que j’ai commencé à l’envisager, se souvient le Londonien. Il étudie l’économie à l’université de Manchester, s’ennuie un peu et commence son premier projet musical. Rapidement, il signe un contrat avec la major Mercury Records, sous le nom de David’s Lyre. “J’ai signé un contrat, j’ai composé mon premier album, puis ça n’a pas vraiment marché avec le label…” Un départ sans amertume pour le musicien, qui tire de cette expérience foireuse une force : “Il m’est arrivé ce qui arrive à 95% des artistes qui signent avec une major. J’en garde un bon souvenir, j’ai beaucoup appris et j’ai pu faire un album dont je suis fier ! Le label m’a laissé tomber mais j’ai pu récupérer les droits sur l’album.” Paul Dixon décide alors de ne pas retourner sur les bancs crasseux de l’université de Manchester, déterminé à vivre de sa musique. Il sort “Picture Of Our Youth”, son premier album auto-distribué via Bandcamp.

On est en 2012, il commence alors une année d’expérimentations musicales. Le projet folk David’s Lyre est terminé. Paul Dixon se cherche pendant un an, explore son nouveau son puis fini par écrire Solace, le morceau qui va révéler Fyfe, son nouveau projet. Terminée la guitare folk de “Picture Of Our Youth”, il s’engage dans des sonorités plus electro, la guitare électrique se veut simple pour s’accorder avec les mélodies et la voix pure du chanteur. “Je savais que Solace était une bonne chanson. Je l’ai envoyée à un ami qui possède un blog de musique, Disconaivete, pour une première diffusion. Je savais donc que quelques personnes entendraient le morceau. Mais je ne pouvais pas prévoir qu’autant d’internautes le partageraient !” Finalement, Paul Dixon n’a pas besoin de label ou de manager pour lancer Fyfe. Pour lui, un artiste n’a pas vraiment besoin d’une personne ou d’un label pour se faire connaître.

http://youtu.be/lFvoYe864eE

Un jeune Jeff Buckley

Sur la scène du Silencio, l’artiste se tient d’abord seul, avec sa guitare électrique comme unique accompagnement. Sa voix s’élève doucement et le public se tait. Le rédac’ chef de votre magazine préféré avait qualifié Fyfe de “Jeff Buckley du pauvre” à l’écoute de ses morceaux. Au début, je n’avais pas vraiment fait le rapprochement entre les deux artistes – spécialement parce que la comparaison n’était pas à l’avantage de Fyfe. Puis, en le voyant sur scène, j’ai vu en lui un jeune Jeff Buckley, en solo et guitare à la main sur la scène du Sin-é à New York. Lorsque je lui fais part de cette image, le visage de Paul Dixon s’illumine, plein de reconnaissance et de gratitude : “Jeff Buckley est l’un de mes artistes préférés ! Quand j’étais plus jeune, mon père m’a donné son album pour m’éloigner de la pop music, ça a changé ma vie !” Le live à l’Olympia est son album préféré. Il passe quelques minutes à en parler, évoquant la passion que pouvait transmettre Jeff Buckley lorsqu’il jouait sur scène et la dimension plus rock et heavy des morceaux de l’album “Grace” en live.

Fyfe a, de son côté, offert aux spectateurs du Silencio un concert très intimiste, d’un peu plus d’une demi-heure. On le croit d’abord timide, réservé. En fait, il crée une ambiance. Le live est pensé pour plonger les spectateurs dans une émotion, parce que c’est comme ça que sont nés les morceaux de “Control”. “J’ai toujours écrit ma musique tout seul. Souvent, je compose d’abord l’instru. Je regarde comment ça m’affecte émotionnellement et ensuite j’y réponds avec une mélodie et des paroles, explique-t-il.Les titres de “Control” sont des petites histoires. Paul Dixon s’observe, observe les autres et, à partir de ça, bâtit une narration. Il joue par exemple sur les limites de la fiction et de la réalité, comme dans le morceau Saint Tropez qui raconte comment la vision paradisiaque d’une ville peut être altérée par les médias ou la perception idéalisée des Anglais.

Under Control 

En interview, le garçon se révèle hyper professionnel. Juste ce qu’il faut de sympathie et de confiance en lui. Paul Dixon parle avec passion de “Miseducation” de Lauryn Hill…. pendant presque 2 minutes !  Il écoute alors attentivement les remarques qu’on lui donne, prend note mentalement, demande si ça va, relit le script, recommence plusieurs fois, jusqu’à satisfaction. Il revient sur ce moment et raconte qu’il aime tout l’aspect business qu’il y a autour du métier d’artiste : “Je suis très intéressé par tout ce qui est logistique, campagne publicitaire, marketing, ça me fascine. Je pense qu’aujourd’hui, en tant qu’artiste, on doit penser à tout et savoir tout faire. Si tu veux être musicien, tu dois être un businessman, être intéressant en interview, etc. Je dois être un peu chiant pour les gens de mon label, dit-il en souriant, parce que je leur pose beaucoup de questions sur l’avancement des choses.” Si l’album s’intitule “Control”, ce n’est pas pour rien : Paul Dixon est à la limite du control freak. Il pense à tout. Des morceaux, qu’il écrit seul, à l’aspect visuel, en passant par le coup de la peinture sur le visage, et le choix d’un nom : “Je ne veux pas travailler sous mon nom parce que ça me permet de faire n’importe quelle musique. Je ne suis pas affecté par les fausses idées que peuvent parfois avoir les gens sur ce que je pourrais faire comme musique ou sur qui je pourrais être. Dans quelques années, je pourrais faire du rap si je le voulais, je pourrais faire n’importe quoi, parce que ça n’aurait pas le même nom ! ” explique-t-il, la tête sur les épaulesL’idée de contrôle, on la retrouve aussi dans plusieurs morceaux. Solace mais aussi Conversations, écrits lors d’une nuit d’insomnie causée par l’anxiété et par l’angoisse du manque de contrôle sur sa vie et son avenir.

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Lorsqu’il s’agit de tourner un clip, il fait appel au collectif artistique Fell Good Lost (qui a aussi réalisé le clip de For You ou encore ceux d’Hozier et d’Alunageorge) : “J’ai envoyé les morceaux au collectif et je leur ai demandé de créer une réponse visuelle des chansons. J’ai laissé au collectif une liberté totale parce que parfois, quand tu enlèves à un artiste sa liberté, le résultat peut être confus.”

L’heure tourne, il est l’heure de clôturer l’interview. Paul Dixon parle de Manchester, une ville cool pour les musiciens. “Londres est saturée en musique, assure-t-il. Je cherche vite une pointe de crasse chez le jeune musicien. Il éclate de rire lorsque je lui demande de me raconter quelque chose d’un peu sale à propos de lui. “Oh my gosh ! Tu t’adresses vraiment à la mauvaise personne !” Il réfléchit. “Quand j’avais à peu près sept ans, j’avais l’habitude de voler des bonbons à Londres…” Quand il était ado, il allait assister à des concerts dans un club souterrain. “L’acoustique pouvait être géniale comme terrible !” s’amuse-t-il. Dixon n’a jamais fini ses études supérieures et sa vie ne semble pas très fucked up. Mais qui a dit qu’on avait besoin d’être un bad boy pour faire de la bonne musique ?

Fyfe // Control // Believe (sortie le 9 mars 2015)
https://soundcloud.com/thisisfyfe

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