Il y a des effets collatéraux de la généralisation de la balado-diffusion qu’on n’imaginait pas… Quoi, les tympans de notre belle jeunesse, martyrisés ? Non, simplement le fait qu’il

Il y a des effets collatéraux de la généralisation de la balado-diffusion qu’on n’imaginait pas… Quoi, les tympans de notre belle jeunesse, martyrisés ? Non, simplement le fait qu’il y a des albums qui semblent fait pour être écoutés en mouvement.

Certains subliment le claquement des talons sur le pavé (un plaisir que les amateurs de baskets ne comprendront jamais), d’autres conviennent bien aux transports en commun bondés. L’album de Franklin, quant à lui, ressemble à un voyage en train. Du genre immobilisme lancé à pleine vitesse, dans un wagon confortable, et autres banalités de paysage qui défile. Ce n’est pas la vue qu’on admire sur Every Now And Then, c’est cette limpidité hagarde que le disque dégage. Cette sorte de rêverie concentrée.

La même impression, en somme, qu’on éprouve quand on se réveille très tôt en été, avec un tas de lumières pas habituelles qui s’écoulent contre le mur.

A cause de ce carré de soleil sur le mur blanc en face du lit, d’ailleurs, tu es persuadé d’avoir été transporté au Nebraska en plein printemps (mais bien sûr qu’on peut arriver au Nebraska en train, qui a dit que les métaphores devaient être toujours cohérentes ?), que tu vas pouvoir te lever et aller traîner sur la plage. Welcome to the beach house, comme le susurre Franklin. En fait, le Nebraska n’est même pas un état côtier, mais ce n’est pas ça qui compte, disons que c’est le bord d’un lac ou la berge d’une foutue rivière. L’important, c’est la lumière, le bruit de l’eau, et ce fantasme absurde mais vivace d’un Balbec décrit par Jack London.

Il y a décidément quelque chose dans la musique de Franklin qui plaide pour le voyage : sa pop éthérée exsude les vastes paysages désertiques du bout du monde. Et, clash culturel, une pointe d’accent franchouillard vient contredire la belle carte postale. Tout se joue sur le fil, entre les grands espaces et l’enfermement. Peut-être l’immensité n’est que celle qui remplit le petit cerveau de l’artiste monomaniaque.

Cinq albums en une poignée d’années, seul, sous deux noms : Franklin et Double U. Désir d’ubiquité ? Autant qu’un troisième bras ou des journées de 36 heures. Tenir un label, composer encore, enregistrer. Être partout tout le temps, mais partout dans un espace qui nous échappe.

Et si le début du disque évoque ces matins qu’on aborde les yeux grands ouverts, la fin, en toute logique, resplendit la mélancolie des soirs d’été. Guilty, c’est la chanson qui passe dans ta tête quand, ado et en vacances, il est l’heure de rentrer, et que l’excitation de ton après-midi passé à te rouler dans le sable avec tes potes formidables s’évapore, laisse place à une sorte de sérénité éternelle – ce petit riff de guitare digne d’un cowboy apaisé en train de faire la sieste devant son porche.

Ça dure environ cinq secondes, puis le spleen t’écrase.

Et il ne te reste plus qu’à rentrer, en traînant des pieds, jusqu’à la maison perdue au bout de la plage qui, une fois la journée finie, est juste trop grande, soudainement froide, et pleine de courants d’air.

Franklin // Every now and then // Wool

http://www.myspace.com/franklinfranklinfranklin

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