Il y a des choses qui devraient rester cachées. Il y aura bientôt dix ans, j’ai découvert Joseph Arthur.

Il y a des choses qui devraient rester cachées. Il y aura bientôt dix ans, j’ai découvert Joseph Arthur. Je ne sais plus si c’était lors de sa première partie de Ben Harper, mais quoiqu’il en soit, je me souviens vraiment bien de ce premier (d’une longue série) live : un homme seul, laid, avec une jumbo acoustique sous le bras de chemise, enchaînant une série de courtes mesures que sa pédale/sampler répétait inlassablement. Folk et psyché à la fois. A une époque où Placebo et les Chemicals passaient souvent sur les radios, cela m’avait immédiatement plu… Fraicheur.

J’ai depuis acquis nombre de ses albums. Je continue de me les passer avec une émotion sincère. Lui, depuis, il a fait tout et n’importe quoi, à commencer par du mauvais Rolling Stones et des tournées passant (uniquement) par le Bataclan et Rouen (sic). Allez comprendre. Quoi qu’il en soit, son style m’avait fait forte impression et je n’ai jamais entendu quiconque sonner comme ça. Même – et surtout – pas Anaïs. Vous voyez ? Mon-cœur-mon-amuur-mon-cœur-mon-amuur… Oui, vous voyez.

Et bien pourtant, je viens de découvrir que tout un pan de musique suivait ce concept simple de guitare folk combinée à des machines. Simple, sur le papier seulement, parce qu’en vrai cela ne marche que rarement.

Ce préjugé que le palissandre ne sera jamais aussi conducteur qu’une fibre optique est vrai. Mieux, c’est un instinct de survie.

J’en ai eu la preuve à l’instant, à l’écoute du disque de James Yuill (dont la pochette est au moins aussi moche que le nom). C’est terriblement désagréable d’entendre un accord de sèche couvert par des éructations d’Amiga qui rame. Guru meditation. Error 404. Comprenne qui peut.

On en est pas arrivé là, à Yuill, par hasard. Le sillon est tout traçable. Paranoid Android. Ou Grandaddy. Et puis les musiques cérébrales qui devinrent à la mode. Vous savez, c’est le moment où votre cousin s’est mis à vous parler d’électro au lieu de techno. Les pros qui lisent les plus belles (sic) pages de Télérama vous parleront de minimalisme allemand contemporain ou d’electronica anglais. Et vous tousserez pour ne pas avoir l’air gêné. Parce que bon, si Autechre a donné envie à Thom York de repousser sa guitare pour un contrôleur midi, il faut reconnaitre qu’à écouter c’est aussi passionnant que Ummagumma.

Encore que, pour leur défense, si l’intelligentsia fondamentaliste geek se secouait d’une main sur de l’IDM (Intelligent Danse Music) parce que les musiques électroniques dansantes d’hier étaient complètement débiles, je ne vois pas en quoi on a gagné en cérébralité depuis The Rapture… L’explication est sûrement aussi bien planquée que l’aspect dansant dans du Boards Of Canada…

Allez, reconnaissez que chaque image de James Yuill rappelle les angoissantes “musiques” des jeux video des années 90 sur “PC et compatibles” et les prétendus sons de violon ou trompette sur les premiers synthétiseurs.

Non vraiment, que le mélange câbles+cordes nylon puisse exister me fait pouffer. Qu’il porte le nom ô combien original, de Folktronica me fait rire aigrement. Mais que ce mouvement contienne à la fois l’excellent Notwist, le sophistiqué Goldfrapp, et l’affreux Cocorosie me terrasse purement et simplement. Encore que. C’est sûrement la preuve. Que tout ce bazar, cette valse d’étiquettes crétines Nu Folk, Gothic Folk, Anti Folk, Folk & Rock, Folkfolk Folk, sont toutes aussi vaines les unes que les autres.

En fait, de folk, il n’y a pas.

A partir du moment où un type chante des textes travaillés sur un guitare simpliste, une poignée d’accords majeurs et mineurs, un peu d’instruments traditionnels, harmonica, ou autoharpe que sais-je, pour l’accompagner, on pourra nommer cela folk. Je ne vous parlerai pas du juif errant de Duluth mais vous verrez bien dans cette description ce qui a pu se faire dans le genre depuis vingt ans. Peter GreenwoodIl vous faut des noms ? Vous savez que vous devenez très pénibles à l’heure où toute l’info vous tombe dans la souris, à réclamer exactement ce que vous devez penser ou non ? OK. Alors disons récemment de Bonnie Prince Billy à The Nightwatchman. Call me integrist, I don’t care.

Parce que du moment que vous foutez de l’électronique dedans, c’est avant tout de l’électro qui sort de la machine. Même si le son est généré par une dreadnought. Quand six cordes deviennent un patern, pour moi c’est mort. Ou plutôt, c’est fait : c’est digital mais plus analogique, c’est électro et non plus folk. Et vous pouvez gueuler tout ce que vous voulez, vous aurez tort. Je ne suis pas ‘contre’ à priori. M’étant fait plusieurs fois le défenseur de Eels, Beck ou Beth Gibbons. J’adore le résultat machine+épicéa sur Exciter ou chez Jim White. Et j’aimais Grandaddy. Mais quand je veux entendre du folk j’écoute les vieux Tom Waits, Tim Buckley, Donovan. Tiens même Damien Rice ou Pete Greenwood récemment, qui est chaleureux comme un vieux Willie Nelson. Mais sûrement pas Four Tet ou le vomitif Get Cape WCF (j’abrège parce qu’en plus d’être mauvais c’est irrédigeable). Non mais oh. Et pourquoi pas David Gray?

Folktronica, my ass. Electrootenanny, éventuellement…

www.myspace.com/jamesyuill

www.myspace.com/petergreenwood

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.