« Tu t'es peté le frein ? Pas encore ? Quand ça t'arriveras, tu sauras ce que c'est que l'Amour. » Pof, du fbg St Antoine

Scène 1

« Tu t’es peté le frein ? Pas encore ? Quand ça t’arriveras, tu sauras ce que c’est que l’Amour. » Pof, du fbg St Antoine

Scène 1

Aux averses de l’après-midi succédait une brise légèrement chaude. La pluie s’évaporait en de longues bandes dans la lumière déclinante. Ce fut ce moment qu’il choisit pour sortir de chez lui et descendre dans la rue. Il avait envie de manger en marchant, sans s’occuper le moins du monde de ce qu’il pourrait bien faire après ; plus précisèment : de manger des oignons frits.

Tandis qu’il glissait sa longue langue entre le poulet et son enveloppe, l’enfonçant au cœur des choses pour ramener la sauce sur ses lèvres, il se dit que tout de même ça manquait du petit truc en plus. Il aurait aimé que ça sente ; du quinze ou seize ans d’âge peut-être. Il était sur le point de demander à l’employée derrière le comptoir si celle-ci pouvait lui donner du nuoc mâm, afin d’ ajouter à son repas le bouquet nécessaire quand son regard s’arrêta sur deux très jeunes filles. Toutes ses pensées gastronomiques prirent une ampleur telle qu’il en fut surpris. Doué d’une vie propre son périné se mit à battre une vieille syncope expérimentale. Son regard coulait et suintait le long de leurs silhouettes. Et il sut qu’il avait faim.


Scène 2

– Virginie ! Regarde le type en noir derrière nous. Celui avec la banane. Tu crois que c’est son telephone dans sa poche qu’on voit là?

– NON, c’est pas son téléphone ! …elle est tellement serrée dans son jean qu’on voit les veines. Énorme. On dirait un lézard, une bête des tropiques. Il a des bottes en python, on a déjà du lui dire.

– C’est beau. Tu crois que ça fera mal ?

– Tu veux pas aller lui parler ? Lui demander une clope, n’importe quoi ? Véronique, je sais pas toi, mais moi…
– … Et s’il nous propose de le suivre, pour boire un verre?

– On y va. On est prêtes.

Scène 3

Comment s’étaient-ils reconnus, aux premiers mots et aux premiers regards, alors que rien n’avait permis de l’imaginer juste l’instant auparavant? Comment avaient-ils trouvé le chemin de cette chambre qui devait garder encore longtemps leurs souvenirs? Et ça ? Qu’est-ce-que c’était ça ? Ils ne purent jamais répondre à ces questions, plus tard, quand ils essayèrent de se souvenir.

La porte à peine fermée, il n’y eut pas plus de sourires génés que de rires nerveux. V s’approcha de lui en tenant V par la main. Son pantalon devenait de plus en plus étroit et serré. Il croissait et se multipliait. Quand V le toucha après avoir baissé sa fermeture éclair sur le point de rompre, il crut qu’il allait exploser ; il réussit à se maîtriser et ne sourit pas quand il vit un éclair d’appréhension passé dans leurs yeux.
C’était comme s’ils savaient, tous les trois, qu’ils allaient vivre ces quelques heures avec l’intensité de leurs vies toutes entières. Toute cette énergie dont ils ne seraient plus jamais capables allait les consumer. Ils se regardèrent à un pas du gouffre où ils allaient se laisser tomber.

Ils se déshabillèrent par quelques gestes sûrs et précis, sans la moindre hésitation, pupilles chauffées rouge. Très vite, bercées par sa voix grave et ce je-ne-sais-quoi qui les avaient rassurées, très vite leurs muscles se bandèrent comme les cordes de ces guitares électriques ajustées, leur peau brûlante et suave devenue tambour où battait l’appel du vieux fleuve. Ils avaient choisi la danse de leurs vies et entrèrent dans la musique. Syncopes luxueuses des intérieurs, tournant autour du beat, s’en éloignant, se retrouvant derrière, dessus, partout. Tango des chaires humides.

Langues et doigts ondulaient dans la mer de chaleur. Des entrelas des corps et des cris s’élevait les vapeurs sacrées de l’encens du fond des âmes. L’ évidence de l’abandon. Le trio de leurs souffles dessinait dans l’air les phrases et les accents de la musique éternelle. Le chant des amants poussaient encore, au bout de la fatigue, le sang dans leurs veines, dans leurs sexes, à la pointe de leurs seins. Chaque geste était l’écho du geste passé et du geste à venir, là tout de suite déjà passé. Sa bouche était la leur. Leurs lèvres étaient les siennes. Son pénis dréssé de la terre au ciel était leur. Câble électrique enfoncé dans son urêtre où elles purent sucer et lécher la noire hostie du blues. Le dernier barrage céda sous la crue toute puissante de sa jouissance. Le sang jaillit de son frein brisé en même temps que le sperme de son sexe bandé; puis alla doucement rejoindre l’arabesque étendue sur le plancher dessinée par la sueur, les larmes et les sangs de ces âmes mélées.

http://www.myspace.com/theexperimentaltropicbluesband

Experimental Tropic Blues Band, sera en concert gratuit Jeudi 4 mars au Nouveau Casino.
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