« Jeune auditeur, cheveux et idées noirs, cherche musique instrumentale type David Bowie période Berlin frigorifié mais sans les vibratos de crooner peroxydé. La maitrise du synthétiseur est un plus, merci de faire suivre vos propositions à la rédaction qui transmettra ».

Le message est laconique, il pourrait être la bande-annonce du troisième album de ces écossais, un gros sticker qu’on apposerait sur les 500 albums – estimation haute – prêts à être déposés dans les maigres bacs à disques que compte encore l’hexagone décimé par toutes les vraies erreurs signées à l’emporte-pièce – c’est le cas de le dire. La considération marketing sur cette signature de chez Rock Action – vous savez, le label de ces sinistres écossais à shorts kakis, Mogwai – ne fait rien à l’affaire, on n’a pas encore retrouvé notre china girl qu’il y a encore beaucoup de belles choses à dire sur cet étrange film muet.

Le nom du groupe, en premier lieu. Un mot qui, pour une fois, ne ment pas sur la marchandise, qui ne fait pas rêver le consommateur plus que de raison ; une promesse qui ne lave pas plus blanc que blanc la mélodie et qui n’essore pas le cerveau aussi vite que le premier single rétrécit au premier lavage. On est pour ainsi dire très loin de Lana Del Rey. Choisir l’Erreur pour pseudonyme, c’est une certaine forme de modestie qui confine à la prétention tant « Have some faith in magic » s’avère indéboulonnable et sévèrement racé.
Il y a ensuite ces troublantes ressemblances avec le dernier disque de PVT, « Church with no magic ». Le nom de l’album, déjà. Et puis ces parti-pris digitaux qui font de ces dix pièces instrumentales un bien meilleur porte-voix que le plus gros des mégaphones fabriqués par SebastiAn et autres Kavinsky bien incapables – pour l’instant du moins, car après tout la majorité n’est pas loin, la retraite non plus – d’injecter du sentiment à leur Testarossa qui turbinent au RedBull. Bon là, on s’égare. Retour à Errors, un disque qui comme on le disait trois lignes plus haut évoque tout autant le digitalisme héroïque de PVT que les cimes alpines de Principles of Geometry, une musique certainement imbitable en live jouée par des fantômes numérisés qu’on préfère davantage imaginer derrière leurs écrans plasma plutôt que paumés sur une scène, roux et à moitié chauves. Les clichés écossais ont la vie dure, passons au paragraphe suivant, merci.

Un excellent disque, on disait. Encore qu’il faudrait s’accorder sur l’objectif. S’agit-il d’une énième bouillie sonore prête à être consommée en bande, un disque de hooligans illettrés prêts à envahir les pubs comme aux plus belles heures du rock anglais ? Non, pas vraiment. Un disque de hipsters alors, du genre à avoir les dents blanches ravagées par la coke et les sourires ultra bright à force de se brosser sur tout ce qui bouge dans les pages tendances de GQ et autres périodiques consommables ? Non plus. Pas plus qu’un disque hédoniste vantant les mérites du CDI et du shampoing antipelliculaire. Et si, arrivé à ce stade de la lecture, vous n’avez toujours pas compris qu’on parle ici de rétrofuturisme glacial pratiqué par des nerds écossais frustrés pour d’autres êtres humains pas socialement plus glorieux, ne vous reste plus qu’à sniffer de la coke avec des hooligans sur les pages tendances du supplément bien-être de GQ. Croire à la magie, pourquoi pas, mais les miracles ne sont pas à la portée du premier venu.
Dernière raison pour viscéralement aimer ce disque : le mauvais goût, littéralement porté au pinacle d’un bout à l’autre de cet album marathonien. Des guitares comme on n’a pas entendu depuis la cure de désintoxication de Joe Satriani aux synthés clochettes qui donnent à cet équilibre instable des airs d’accident heureux, « Have some faith in magic » empile les clichés et évoque parfois Cure mais sait se rattraper – dieu merci – aux branches avec un sens de la voltige foutrement palpable sur Blank Media, un morceau plus près de toi Seigneur grâce à ses chœurs tout droit sortis du delirium tremens de notre prêtre à chipset national, le bienommé Joakim.

Le rétrofuturisme, on y revient mes frères. Employé à tort et à travers pour décrire ces musiciens de moins de 40 ans ayant décidé de ranger les guitares au vestiaire, le mot englobe en vérité une constellation de branleurs inaptes à l’émotion sur leurs petits claviers à trois octaves. Le vrai rétrofuturisme, c’est avant tout tirer des décennies précédentes le meilleur des avant-gardes visionnaires qui font qu’on est en perpétuel décalage avec son époque, le cul entre deux chaises entre un présent rétrograde ou le futur par définition encore lointain. A ce petit jeu du t’es loin t’es près et du tes disques tu peux te les coller au cul Josette, t’en vendras pas tripette, Errors s’impose sans tour de passe passe ; leur « Have some faith in magic » disparaitra aussi vite qu’il est apparu et le disque, sans trucage ni ficelle, retournera au fond du chapeau. Les naïfs resteront émerveillés, les adultes chercheront l’arnaque. La magie est ainsi faite.

Errors // Have some faith in magic // Rock Action (PIAS)
http://www.havesomefaithinmagic.com/ 

5 commentaires

  1. Bravo Bester encore une découverte dans la lignée de Pubiscist et autre higamos hogamos (je vais une fixette sur ce groupe pardonnez moi)… T’as du flaire… avec jeff Barbara récemment aussi tu as su surprendre mes sens un peu endormis par une écoute trop prolongée de Spiritualized… Ah par contre petit bémol… Gun Club c’est pas de la merde… Saches le….

  2. En tous cas ce papelard donne foutrement envie de jeter une oreille à ce truc sans âme (en apparence) qui traîne sur ma table basse depuis presque deux semaines. Le nom ne laisse présager que du bon en effet…

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