C’était un soir d’octobre. La perspective de découvrir les nouveaux titres et le nouveau groupe de Niki Demiller m’avait poussé à franchir les limites du Périphérique. Quand j’ai pénétré dans la salle, j’ai découvert avec horreur que je n’étais pas arrivé suffisamment tard pour échapper à la première partie – je hais, j’exècre, j’abhorre les premières parties… Une fois dans les loges, je me suis aperçu que je connaissais les trois quarts du groupe programmé avant Niki et que cela ne serait sans doute pas aussi pénible que je l’avais cru. Pourtant, lorsque j’ai demandé à Stan, le guitariste, le nom de son band, j’ai été un peu surpris : Entracte Twist ! Pas hyper commercial, mais bon, c’était peut-être pas leur but d’être hyper commerciaux.

Une bouteille de vodka circulait, c’était plutôt bon enfant. Depuis que cette drogue dure appelée « tabac » est interdite dans les lieux publics, les backstages ressemblent à des nurseries… La discussion allait bon train, Niki et la section rythmique de Mustang balançaient des vannes affûtées et on aurait presque oublié la raison de notre présence en ce lieu quand Maxence, Stan, Etienne, Sam et Ilan ont fini par monter sur scène. Et plus rien n’a été pareil.

Dès le premier morceau, j’ai compris qu’il se passait quelque chose. Je me suis demandé depuis combien de temps je n’avais ressenti « ça » a un concert. Dix ans ? Plus, sans doute… C’était comme si une énorme jam avait réuni les Feelies, Suicide, Suicide Romeo, Modern Guy, Modern Lovers, Blondie (j’expliquerai pourquoi plus tard), Taxi Girl, Marie et les Garçons et le Velvet. Ouais, le Velvet…

Entracte-Twist-3
Je n’ai pu m’empêcher de sourire en songeant à cette phrase à la con prononcée par Martin Landau (parlant de Bruce Springsteen), reprise plus tard par David Bowie (à propos de Human League) : « J’ai vu le futur du rock’n’roll et il s’appelle… ». Si je ne craignais pas de me ridiculiser devant toi, cher lecteur, je reprendrais bien la phrase à mon compte et j’écrirais un truc du genre : « Hier soir, j’ai vu le futur du rock’n’roll et il s’appelle Entracte Twist. »

Ça sonne un peu « déjà vu », mais ça résume parfaitement ma pensée. Et pourtant, je n’attendais RIEN de particulier du rock’n’roll. Un dossier, pour moi, classé à la fin des années 1970. On avait retrouvé le corps, le coupable, l’arme du crime et le mobile. Qu’y avait-il à ajouter ? Et voilà que ces cinq mecs fraîchement débarqués de je ne sais quelle time machine me faisaient douter.

Parlons de Maxence, chanteur de son état. Affable et doux à la ville, il se change en tueur psychopathe dès qu’il monte sur scène. Car Entracte Twist renoue avec cette notion de danger qui a tant manqué au rock’n’roll ces dernières années. Le rock est un jeu, certes, mais c’est mieux quand il est létal. Il convient d’y jouer « sérieusement ». Maxence semble totalement incontrôlable, ou plutôt, contrôlé par quelque démon impérieux et électrique. Des noms, des images me viennent en tête tandis que j’observe ses déambulations : Guillaume Israël, de Modern Guy, Daniel Darc…

Je suis tiré de ma rêverie par le son de basse le plus vicieux entendu depuis Jean-Jacques Burnel. Un son que seul quelqu’un qui n’est pas bassiste peut concevoir. Etienne explore des territoires qui commencent au-delà de cette zone de confort où l’instrument est habituellement cantonné. Avec Sam [également pilier de Gonzaï depuis fort longtemps ], qui se présente d’emblée comme « non batteur », ils forment une section rythmique qui pulse comme une rame de métro dont le chauffeur viendrait d’être terrassé par une attaque cardiaque.

2Sans-titre-1Il y a aussi les deux guitares de Stan et Maxence, noyées dans la reverb. D’ailleurs, s’il fallait choisir une couleur pour caractériser le son d’Entracte Twist, ce serait la réverbération. Ils en mettent partout, des kilos, des tonnes, et encore se restreignent-ils, m’ont-ils avoué. Si ça ne tenait qu’à Maxence… Même Phil Spector n’ose pas en mettre autant dans ses mix, c’est dire.

Et puis, il y a Ilan, longue silhouette à la maigreur idéale, qui sort de l’ombre ici et là, pour tirer de son Juno (si j’ai bien compris) des ornements entre Jerry Harrison, période Modern Lovers, et James Destri, l’homme en charge du Farfisa chez Blondie. En revanche, c’est à Gary Valentine que ressemble Ilan, l’un des bassistes les plus photogéniques depuis l’invention de la pellicule Kodak, par ailleurs complice de Destri.

Et je n’ai même pas encore parlé des morceaux… Parce qu’en plus de réunir sur le papier tous les ingrédients dont sont fait les grands groupes, ces branleurs avoués se paient le luxe de composer un répertoire de rêve. Les titres parlent d’eux-mêmes : Christine Young, en hommage à une actrice porno canadienne dont Maxence était amoureux adolescent, 38 Special, un remède à l’ennui, Superstructure, inspiré par le T-1000 de Terminator 2, Vitesse constante… vous avez déjà vu un titre pareil ? Moi pas.

Encore une chose : ils terminent leur set par Roadrunner. Celui de Richman. Ouais. C’est à ce point-là. Et c’est ici que je suis censé conclure : « J’ai vu le futur du rock’n’roll… and he’s not an asshole. »

https://entractetwist.bandcamp.com/releases
Photos : François Grivelet

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