Fallait-il qu’Edwyn Collins aie vraiment perdu le sommeil pour nous balancer à la face cet hypnotisant disque à dormir debout ? Sa britpop épicée et puissante rayonne dans ce deuxième album post résurrectionnel classieux et résolument fier. Une claque dans le bulbe du poulpe qui avait fini par perdre la foi et s’endormir … puis se réveiller en éructant un « good morning Scotland ! » sanglant comme une hémorragie … cérébrale.

Bien moulé au fond de mon verre cocktail Alabama Slammer, je tente désespérément de me réveiller. L’été pourri que je viens de passer a eu raison de mon légendaire coup de tentacule, plus envie d’écrire . D’ailleurs tout ce qui arrivait encore à vibrer près de mes ouïes m’avait enfoncé toujours un peu plus dans une dépression mélomaniaque qui semblait glisser jour après jour vers l’incurable. Marre de chroniquer l’inchroniquable, ras le bol d’enfoncer des portes ouvertes. De me malaxer le bout de la ventouse devant des enceintes crachouillant sans cesse les mêmes trucs tendance chiants, électronico intello psycho, ces derniers machins à la mode Kro-niqués par les boutonneux en chemise cachemire qui pullulent dans le milieu. J’avais besoin de retrouver de vraies sensations, genre britpop déjantée qui décolle la pulpe du fond. De m’offrir un truc bien à moi, sorti de nulle part, comme un éclair de compassion dans l’œil de Margaret Thatcher, une capote anglaise vierge ou plus sournoisement, un torrent d’amaretto dans mon modeste jus d’orange …

Alors quand les premiers morceaux de « Losing Sleep » tombent sur mon FileZilla et que les accords du premier track éponyme s’égrainent mes paupières lourdes s’entrouvrent, mes ouïes croient rêver.

Le quinqua, ex leader des Orange Juice, balance douze titres musclés comme un bras d’honneur aux deux attaques cérébrales qui l’ont terrassé cinq ans plus tôt. Un défi à la vie prouvant qu’il a encore une sévère paire bien accrochée sous le kilt. Pas besoin d’un long discours, les potes Ryan Jarman et Johnny Marr (The Cribs), Alex Kapranos et Nick McCarthy (Franz Ferdinand), Romeo Stodart (The Magic Numbers), Barrie Cadogan (Little Barrie), Paul Cook (Sex Pistols), Roddy Frame (Aztec Camera), Dave Ruffy (The Ruts) sont tous là et apportent leur part reconnaissante de testostérone. L’ensemble me procure une sensation jouissive de retour aux sources avec du bon gros son rock’n’roll taillé dans le granit écossais, accouplé à des guitares jangly et des choeurs aussi simples qu’efficaces. La voix résolument rock d’Edwyn Collins marque chaque morceau de son empreinte fragile et tendre parfois mais toujours sincère et puissante.

Et comme toujours le poulpe a ses morceaux préférés même si tout l’album a les pieds solidement plantés dans la tourbe d’Écosse.

L’énormissime What is my role est le plus caractéristique, le plus facile à assumer d’entrée de jeu avec sa rythmique lourde basse/batterie ponctuée des accords plaqués et aériens des guitares. Puis vient Humble, tendre et classieux comme un bon vieux Brian Ferry. Je m’étais endormi et Edwyn Collins, lui seul, a su me réveiller, me décoller la pulpe … C’est dans ces instants qu’on retrouve la foi, le genre de claque qui réveille une bonne fois pour toute et qui redonne l’envie de balancer à la face du monde musical: I still believe in you !

Edwyn Collins // Losing Sleep //
http://www.myspace.com/wwwmyspacecomedwyncollins

5 commentaires

  1. Ma chronique est minable par rapport à l’énergie, le bonheur véhiculés par ce disque. Il n’y a même pas à le défendre, juste à en parler, ce disque est un monument qui se défend par lui même. Suis encore sous le choc après 2567 écoutes en boucle …. Nous sommes bien peu de choses, nous les petits chroniqueurs … 😉

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