Longtemps, la lo-fi américaine a servi de remparts contre toutes les atrocités de l’Oncle Sam (le punk rock sans nuances joué par des gosses de riche, la pop FM pour ados hémiplégiques, etc). Elle est désormais le cimetière d’un genre roulant sur la jante et incapable de se renouveler. Gratouiller une guitare au coin du feu en mixant Marcel Dadi et David Berman, est-ce encore un désir d’avenir ? Vous avez 40 minutes ; soit la durée du « Gold Record » de Bill Callahan.

« Hello, I’m Johnny Cash ». Le moins qu’on puisse dire de Bill Callahan, c’est qu’il ne manque pas d’humour. Ainsi débute ce septième album solo de l’ancien Smog, et ces 3 secondes d’auto-dérision sont l’un des rares bons moments de cet interminable album de cowboy dépressif empilant tellement de poncifs sur l’alt music qu’on serait presque tenté de le jeter en pâture à une bande de vingtenaires sous cocaïne pour le plaisir de le voir se faire dévorer dans une totale incompréhension générationnelle.

Certes, le titre d’ouverture Pigeon évoque un Nick Drake (pas le rappeur canadien, hein), mais rapidement, l’ennui s’installe. Est-ce du Calexico passé au ralenti ? Un plagiat du Everybody hurts de REM rejoués avec les ongles de pied ? Rien de tout ça ; tout au plus un énième disque de loner avec tous les clichés associés au genre : guitare lente, voix traine savate, storytelling façon Route 22 (comme la Route 66, en trois fois plus lent).

Qualifié ça et là de « chef d’œuvre lumineux et méditatif pour les célibataires », ce disque d’or s’avère être une gigantesque tisane pour vieux baby boomers – les mêmes qui vous bassinent encore en 2020 avec Bob Dylan et Bonnie Prince Billy en expliquant sérieusement qu’il faut être bilingue pour saisir toutes les subtilités d’un songwriting finalement pas si éloigné que ça d’un Yves Duteil à barbe. Comme une impression de déjà vu, déjà entendu ; puis de gigantesque artifice de complaisance dissimulant assez mal que l’auteur commence un peu à nous les briser avec ces histoires de solitude taillées pour les cheminées René Brisach. N’est pas Lou Reed qui veut ; remplir le vide avec des mots n’est pas à la portée de tout le monde. Quoiqu’on est un peu injuste : à un moment, sur le très sec Another Song, une ligne de synthé tient en haleine l’auditeur pendant environ 30 secondes. Ce sera le geste le plus radical de ce disque à 50 BPM.

Evidemment, les plus anglophiles de la bande rétorqueront que des morceaux comme Protest Song sont si bien troussés (“Oh my god/ His song are lies /I protest his protest song”) qu’ils dépeignent l’époque avec cynisme et acuité et s’inscrivent dans la lignée des chansons déprimantes de Silver Jews. Blah blah blah. Cet éloge à la lenteur semblable à la bande d’arrêt d’urgence des autoroutes n’a pourtant rien de courageux; c’est la preuve finale qu’à trop se regarder, comme le jazz en son temps, la lo-fi des nineties a fini par devenir une caricature d’elle-même. Certains devraient sérieusement penser à passer Bill Callahan dans les prisons américaines; la fin de “Gold record”, de ce point de vue, apparait finalement comme une libération.

Bill Callahan // Gold Record // Drag City

3 commentaires

  1. Bester pour une fois je partage ton avis Bill calahan sa m’a toujours gonfler idem pour sufjans Stevens ou mark koselek depuis 2010, cet america est moisi et pue le canfre

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