Slayer, Ennio Morricone et La Colonie de Vacances sont sur un bateau : ils en font un sous-marin, plonge sous la mer direction Dunkerque et décident de finaliser l’assemblage avec un grand coup de marteau qui permettra à l’engin de sortir de l’usine le 16 novembre prochain sous le nom de « The sea of paradise ». A la fin, personne ne tombe à l’eau et c’est peut-être la chose la plus pure entendue depuis la rentrée.

Ceux qui lisent régulièrement l’édition française de Vanity Fair l’ont peut-être remarqué au détour d’une publicité à 15 000 €. C’était en septembre dernier, dans les premières pages qu’on tourne sans les lire, une citation : « je ne comprends pas que des rockeurs puissent encore monter sur scène pour montrer la raie de leurs fesses au public pendant qu’ils accordent leurs guitares ; cette image a quelque chose d’anachronique ». La phrase est de Chilly Gonzales, un musicien qui n’a pas grand chose à voir avec la chose qui nous occupe aujourd’hui, mais qui résonne bien avec la lassitude ambiante dès qu’il est question d’amplis, de potards et autres rebellions bruyantes et ultra codifiées. Oui, le rock, sous sa forme actuelle, est devenu vulgaire.

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C’est alors qu’on s’y attend le moins qu’arrive un pavé qu’on se prend dans la tronche. Le nom gravé dessus est tellement long qu’il ne rentre pas sur toute la largeur, et cela rend l’album de Idiot Saint Crazy Orchestra encore plus atypique. De quoi s’agit-il ? De « rock-post », un genre tout sauf influencé par Mogwai où tout dégouline puissance 1000, de partout. En même temps. Avec une harmonie telle que ce chaos, loin de donner mal aux oreilles, cajole. Il y est question de Robert Fripp et Fred Frith, tous deux cités comme influences, et l’on pense aussi (beaucoup) à Rien, l’une des dernières incarnations cacophoniques hexagonales qu’on ait réellement et puissamment aimé pour sa capacité à se soustraire de tous les codes en vigueur (les suites d’accords visibles à 10 kilomètres, le paquet de fringues stéréotypés, les discours de chef de projet macronistes en interview).

L’album à paraître en novembre ne contient « que » cinq titres ; un pour chaque doigt de la main. Vu la largeur de chacun d’entre eux, cela ressemble davantage à des bagues de mariage. Bien qu’éloigné de PinioL et de toute la clique de la Colonie de Vacances (Papier Tigre, Pneu, Marvin, Electric Electric), Idiot Saint Crazy Orchestra possède la même envie de galoper loin des sentiers usés par deux générations traumatisés par Noir Désir. Le résultat : puissant, plein de violons, de batterie, de chœurs. Est-ce le paradis ? Si c’est le cas, Dieu vit dans un bar dégueulasse tenu par des recalés au Bac(h). Paradoxalement, c’est mention Très Bien d’office. Ne reste plus qu’à atteindre que cette bouteille ne touche les côtes françaises. Arrivage le 16 novembre.

Idiot Saint Crazy Orchestra // The Sea of Paradise // Sortie chez Pamela (Differ-Ant) le 16 novembre
https://idiotsaintcrazy.bandcamp.com/

Crédit photo Une : Sarah Alcalay

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