Comme aurait dit Gilbert Montagné en découvrant le dancefloor du Berghain : difficile d’y voir clair dans la discographie de Joakim. Patron d’un label fantôme en fausse hibernation (Tigersushi), il revient avec une compilation de morceaux publiés depuis 2013 sur un autre dont on n’avait jusque là jamais entendu parler (Crowdspacer). Objectif ultime : réhabiliter la musique de club avec des rythmes intelligents et te donner envie, peut-être, de lire ce papier.

CRWDSPCRDIGI001Les statistiques internes nous le prouvent tous les jours : vous n’aimez pas trop les articles consacrés à la techno, à la dance ou tout autre musique dénuée de guitares. Quelque part, on vous comprend. Il est toujours difficile de s’enthousiasmer pour la musique d’un laptop boy dont le quotient intellectuel, dans 78% des cas, ne dépasse pas celui du coiffeur en bas de chez vous. De l’autre côté, il y a tous les chevaliers blancs du journalisme musical trop occupés à mirer leurs pompes dans la glace pour oublier deux secondes qu’un name dropping d’artistes house inconnus au bataillon ne fait pas forcément un bon article. T’as beau cracher des liens Soundcloud et Youtube plus vite qu’un patient atteint d’Ebola, ça ne fait pas de toi un David plus ghetto que Guetta.

Face à toutes les dames-pipi de la blogosphère qui en sont encore à compter le nombre de likes sur leurs papiers incompréhensibles, Joakim suit sa route, imperturbable. Seize ans après la naissance de Tigersushi et une poignée d’albums studios mémorables (citons ‘’Monsters & Silly Songs’’ et ‘’ Milky Ways’’) et après s’être entièrement délocalisé à Brooklyn, le Fantômas du beat poursuit en pointillé sa quête (impossible) d’un clubbing pour les surdoués où la mélodie ne serait pas bradé pour le prix d’un Whisky-coca.

« Crowdspacer (CRWDSPCR) is dedicated to dance music and club culture, rooted in early House and Techno while looking into the future – never nostalgic, raw, spontaneous and sweaty ».

Dernière preuve en date avec ce rétro-rétrospective de trois ans à la tête de Crowdspacer, une émulation cardiaque de Tigersushi où le grand dégingandé s’est mis en tête de contrer l’hédonisme en vogue avec des tracks carrément anxio’ qui ressuscitent l’esprit pionnier des années 90, quand la House était encore un combat et non une catégorie Spotify. A partir de là, dire de ‘’CRWDSPCR Volume 1’’ que c’est une belle claque sur les mollets est un euphémisme tant les douze morceaux sonnent comme une invitation à la redécouverte d’un genre qu’on pensait has-been, lessivé, ringardisé par trop de tubes technotronic. Fidèle à ses parti-pris esthétiques (et comme précédemment sur Love & Romance & Special person), la compilation est ici introduite par un manifeste  robotique lu, encore une fois, avec beaucoup de second degré.

C’est ce même second degré, invisible à l’œil nu pour les imbéciles ayant passé trop de temps près des caissons de basse, qui permet à Joakim d’entamer ici une mutation à la fois hautement régressive et foutrement visionnaire. Régressive parce qu’indéniable retour en arrière sur la première vie de la musique dite « club » dont l’apogée restera certainement la période 89-99 – et que Joakim remixe brillamment année après année avec ses mixtapes publiés sur TestPressing ; visionnaire parce que chacun des morceaux sélectionnés a la patte Joakim, tant au niveau des synthés utilisés que des cassures de rythmes et des progressions. Un drôle de retour vers un futur trans-africain et où le mur de Berlin se situerait à Ouagagoudou, nouvelle nation des lesbiennes aux seins libérés par la techno.

Summum du hold-up de ce volume 1 ? Parvenir à faire croire qu’en bon parrain du genre Joakim, désormais dans la quarantaine, se serait effacé au profit de jeunes poulains dénichés dans le caniveau du feu Pulp. Tu parles. En vérité, et comme avec Dieu ou l’auto-tune dans le rap, il est partout. La preuve avec une sélection des meilleurs morceaux de cette méthode de danse immobile qui, en plus de rappeler que l’ami Jojo’ est un peu notre James Murphy national, nous permettra d’éviter d’avoir à trouver une chute de petit malin pour ce papier. Car comme chacun sait, un bon danseur ne chute pas.

POV – R-Type III

Ca sonne comme du Joakim africain vendant des compilations de William Onyabor à la sortie des clubs, et pour cause : derrière un nom ultime (POV) se cachent Crackboy et le patron de Tigersushi.

Cray76 – Servant

Décrit comme le double techno maléfique de Joakim, Cray76 est, vous l’aurez compris, un side-project du patron de Tigersushi. Mention spéciale au centre d’intérêt mentionné sur la page Facebook : Amiga 500.

Everyone – No time to waste

Derrière ce nom de code monsieur-tout-le-monde, on retrouve cette fois Joakim pacsé avec Kindness. Ca commence comme un sample des patterns de batterie de LCD Soundsystem et la machine à remonter le temps fait le reste. Ca y est, on est en 1992.

CRWDSPCR Volume 1 : 12 tracks to play in the clubs // Sortie le 22 février.
http://www.crowdspacer.com

3 commentaires

  1. Mec, saurais-tu me redonner le nom du titre de Joakim, sur lequel une synthèse vocale (qui tourne certainement sur Atari STE) récite le texte de messages pourriels ? J’aimais vraiment ce truc, mais je ne le retrouve pas. Merci par avance.

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