Reprise de l’école, reprise du boulot, reprise des chaussettes, reprise du rythme kraftwerkien débilos de la vie, reprise de l’inexorable marche du monde qui nous fait marcher sur la tête, reprise de volée du mollet n’atteignant jamais son but, reprise du stress, des petits chefs, de la bouffe de cantoche, des joueurs d’accordéon ventriloques unijambistes dans les transports... Heureusement que l’été indien made in Casbah nous offre pour la cinquième édition de sa compile Ramdam des reprises que l’on aime.

Nostalgie quand tu nous tiens, craquage improvisé quand tu nous retiens. Finalement, on se marre bien à réécouter les quelques standards qui suivent, tous plus ou moins connus et revisités avec la griffe de chaque participant. C’est léger comme le rhinocéros qui sort du garage, ça fait rire les oiseaux, ça fait chanter les abeilles et c’est du miel pour les oreilles.

Et ça commence à l’apéro à base de toasts d’un Kaviar Special avec une reprise titubante du Salut les Amoureux de Joe Dassin dont la patte country d’origine se dilue ici dans un cocktail garage, crado et plus attachant, comme si les propos rendaient hommage au pilier de bistrot qui rentre toujours seul quand il ne s’endort pas sur le comptoir plutôt qu’à un couple victime du quotidien et de la séparation qui en découle.

Les jeunes Suisses de Magic&Naked remettent le couvert d’une attaque en règle du panthéon de notre patrimoine chansonnier avec la reprise de L’Amour avec toi de Polnareff, toujours dans un esprit garage primesautier qui confère une certaine légèreté aux propos de la grande tignasse blonde au cœur d’artichaut. Une belle interprétation exécutée en toute simplicité qui pourrait tourner a volo sur la platine sans que personne ne se rende compte que le mec est en chien dans la chanson. On oublie les wo-wo-wo en guise de waf-waf-waf, dissimulés sous la saturation salvatrice.

Vient la reprise de la complètement pétée Et Tu Danses avec lui de C Jérôme par le barde pop spleen-wave Vedett, très légitime dans l’interprétation. Un truc langoureux et planant qui dépoussière le côté kitch de la chanson originale en redonnant ses lettres de noblesses à ce crime musical dont fut en partie responsable Didier Barbelivien, d’antan. Un véritable hit taillé pour le slow, euh comment dire… déviant.

Les hippies bordelais de Bootchy Temple nous montrent à quel point ils sont perchés en reprenant la chanson de Niko et Nouchka dans Tintin et le Lac au Requin, charmante comptine relatant la douceur de vivre syldave du point de vue d’un petit conducteur de carriole local. Cet ovni interprété en anglais pourrait sortir tout droit d’un album fracassé des Growlers avec son petit côté beach goth flirtant avec le folklore oriental.

Pierre Omer des Dead Brothers nous offre une version jazz manouche délurée de Misirlou du pape de la surf musique Dick Dale. Avec la voix graveleuse et entraînante d’un Tom Waits (4000 litres de whisky en moins au compteur) et un instrument à vent de pacotille, le keupon astral nous fait revivre les sensations surf sur un tas d’ordure en plein centre de Bucarest avec la même dose de fun que dans le tube d’un lagon hawaïen à l’eau parfaitement trouble sous laquelle menace un reef aiguisé comme un solo de… Dick Dale.

Réunis en fratrie, les Dead Brothers font le pari audacieux de proposer une énième reprise du Sweet Dreams d’Annie Lennox toujours avec leur côté jazzy déglingué, où un piano fantomatique donne la mesure d’une ballade de pendus que François Villon n’aurait pas dédaigné pour accompagner ses coquins à la potence si l’ambiance avait laissé un peu de place aux troubadours.

Le popeux baroque Thousand revoie la copie du Heart of Glass de Blondie en duo dans l’esprit musique de chambre avec cette petite touche reverb à la Hanni El Khatib tout droit sortie d’un appartement bohème parisien. C’est une version plutôt rafraîchissante avec ses petites escalades mélodiques qui transportent dans un ailleurs peuplé de rocking chairs et de bières artisanales. Hip hip hip…

Les décidemment back to the roots of folk Volage reprennent la très belle Cowgirl in the Sand de Neil Young avec un petit côté laidback rappelant autant l’œuvre du Loner que la belle évolution du groupe vers un folk dépouillé mettant à l’honneur la simplicité des guitares qui sonnent harmonieusement et des voix rocailleuses dont la complainte résonne par-delà les rocheuses, avec ce petit côté nasillard qui offre une singularité à l’ensemble.

Quant aux Dead Melodies menés tambour battant par le génial et mystérieux Nick Wheeldon, ils reprennent la post-yéyé Pas Besoin d’Education Sexuelle à tendance disco ultra-kitch de Julie Bataille, période Melody Variétés avec tonton Guy Lux. Le crooner psyché dont l’accent français n’est pas sans rappeler le charme d’une Jane Birkin au masculin transfigure la chanson avec son vibrato romantique transformant la ferraille en or. Une belle trouvaille qui réhabilite les ovnis des fonds de top 50 de notre enfance, voire ceux de nos parents et une authentique déclaration d’amour aux auteurs de ces années de légèreté non dénués de poésie.

Les franco-suisse Duck Duck Grey Duck, groupe fer de lance du label Casbah livrent leur version afro-blues d’Au Pays des Merveilles de Juliette d’Yves Simon, chanson ensoleillée du répertoire français, antithèse d’un Bernard Lavilliers, plutôt dans l’esprit d’un Alain Kan perché dans la poésie droguée du prog folk des 70’s. Ils font évoluer la chanson en équilibre sur une ligne psyché brinquebalante où les percussions font voyager vers une Afrique qui rimerait enfin avec l’impossibilité d’une coexistence entre Kirikou et Aqmi.

Pour le bouquet final, les copains keupons de Johnny Pneumonia envoient tout valser en allant gratter du côté de l’éternelle adolescence des Ramones et leur existentialiste I can’t be comme si elle était reprise par les Stooges sur un mode plus rapide, définitivement plus wild. Sauf respect pour les maîtres en la matière dont on ne peut dire qu’ils transformèrent l’essai du brûlot punk avec cette chanson. Pour le coup, on ne pourra taxer la reprise d’être moins bonne que l’originale tant elle apporte une fraîcheur plus décapante qu’une pub pour dentifrice tournée par Jan Kounen.

Compilation Ramdam #5 par Casbah Records
https://casbahrecords.bandcamp.com/

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