Du Limousin, nous arrive un album qu’on dirait venu du Delta, sombre, poisseux, tendu et, parfois, mélodieux. L’occasion de faire connaissance avec un songwriter intermittent de l’Éducation nationale, sincère et humble, qui refuse les poses d’artiste et n’ambitionne que de faire des bonnes chansons – ce qui, mine de rien, n’est pas si courant.

Sur sa page Facebook, Fabien Bréart indique qu’il est né, et vit toujours, à Tuscon, Arizona. À écouter « From Mud to Blood », l’album de son groupe Cold Cold Blood, on serait tenté de croire que son Facebook ne ment pas. C’est sombre, ça sonne crade, marécageux, bien que la prod soit en réalité impeccable, le chant rappelle un peu Nick Cave. Sans vraiment comprendre toutes les paroles, les titres parlent de peau froide, de sang, de boue, de désir brûlant, de péché, de rivière… On dirait le Sud.

On connaissait Fabien Bréart sous le nom de I Am A Band, grand échalas seul derrière quelques éléments de batterie, avec une guitare, des lunettes et un micro. Sur scène, c’était fabuleux ; sur disque, un peu moins, mais assez intéressant pour que l’on jette une oreille à son nouvel album, où il est cette fois-ci entouré d’un groupe.

De l’album, se dégage la même impression malsaine qu’en regardant certains films en noir & blanc qui se passent dans l’Amérique profonde, chez les bouseux souvent dégénérés et alcooliques, du genre à faire tapiner leurs filles. Et puis, quand même, une certaine poésie. Triste sans doute, glauque peut-être, mais il y a de la beauté là-dedans. On sent une quête d’absolu. Le plus beau, dans l’histoire, c’est que l’animal à l’origine de ce disque vit à Limoges. Oui, ce bled où, paraît-il, on fait de la porcelaine, et qui se trouve quelque part en France, personne ne situe vraiment bien sur la carte mais c’est par là, à l’endroit où on n’a pas envie d’aller. Vers la Creuse ou la Vienne ou un de ces départements vaguement au centre, où jamais on a entendu dire que quoi que ce soit se passait. On imagine des champs, des ronds-points à n’en plus finir menant chez Fly ou Leroy-Merlin, Jardiland, le Auchan avec son Flunch incorporé… Et de là, comme une fleur, sort un disque de blues sinueux, tendu, dont la pochette représente les méandres du Mississippi, pondu par un groupe tirant son nom d’une chanson de Hank Williams (Cold Cold Heart) et d’un roman de Truman Capote (In Cold Blood, paru en 1966).

Quoi de si exceptionnel ? me direz-vous. Ils sont légions, les groupes français, à pomper une musique venue des États-Unis dans leur coin, à sortir des vinyles de rockabilly, de country, de surf music sur des labels associatifs 1901 montés par trois potes, à tourner le week-end en camionnette pour écumer les salles polyvalentes devant quinze pékins souvent pères de familles – et vas-y que je te refais ma banane à la gomina, et tu viens, chérie, dépêche-toi d’amener les gosses chez ta mère avec la Xara Picasso, après tu remettras ta robe rouge à pois, tes collants résille et tes talons hauts, ce soir je te fais danser sur la reprise de Surfin’ Bird des Trashmen.

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Mais Cold Cold Blood n’a rien à voir avec ces hommes rangés qui sont passionnés par un genre musical et toute l’esthétique qui va avec, et font de la musique le dimanche comme d’autres joueraient au foot, collectionnent les vinyles comme d’autres feraient du tuning. Non, avec « From Mud to Blood », on a affaire à quelque chose de plus ambitieux. Pour tenter de comprendre la démarche, on a posé quelques questions à l’animal.

Tel un communiqué de presse, Fabien m’apprend que « le projet est né au printemps 2013, grâce à [sa] rencontre avec Aurélien, contrebassiste, multi-instrumentiste et prof de piano, mieux connu sous le nom d’Artuan de Lierré ». Le tout est écoutable sur le site de leur label. L’idée de former Cold Cold Blood lui est venue progressivement, ras le bol d’être limité techniquement, faute de personnel, dans son one man band. « Je voulais enrichir tout ça et pouvoir le restituer à peu près fidèlement sur scène. »

Côté enregistrement du disque, RAS. Comme toute autoprod depuis les années 2000, il a été réalisé dans le salon d’un copain musicien et ingénieur du son, à la campagne. « Il est plutôt maniaque et obsédé par les fréquences basses, c’est pour ça que je lui ai confié la prod. On a fait des prises instrumentales en trio sur un week-end, et après on s’est vus de temps en temps pour rajouter les voix et les overdubs. Je voulais faire une sorte de rock “roots”, un peu swamp, mais avec des basses profondes et denses. Je voulais beaucoup d’ambiance, et que la musique soit au service de la voix, des chansons, que ce soit aéré… tout en essayant de varier un peu les couleurs et les styles, mais dans un spectre étroit. »

Okay, le gars connaît son affaire, le disque sonne diablement bien, mais nous ne sommes pas là pour parler Cubase et salon de pote transformé en studio, j’ai assez pratiqué en bossant sur mes propres albums, entendre parler de ça c’est comme si j’étais éboueuse et que pendant mes vacances, on me parlait tri sélectif. Au lieu de ça, j’ai envie de savoir quelle flamme peut donner à un gamin de Limoges assez de foi, de courage et d’endurance pour, à l’époque d’I Like to Move It Move It, vouloir faire de l’americana sanglante.

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Peux-tu me raconter comment t’es venu ton amour pour la musique ?

Fabien Bréart : Tout ça est venu parce que, comme souvent, j’avais un environnement favorable : un père qui écoutait une station locale, Swing FM, qui passe de jazz 24 heures sur 24, et puis un grand frère à qui je piquais les disques, et qui écoutait des trucs cool, punk, soul, rock’n’roll… À l’époque, j’écoutais quelques disques, toujours les même jusqu’à la corde, Ray Charles, une compilation géniale de soul dont j’ai encore le vinyle, un best of d’Otis Redding, c’était plus du rhythm’n’blues et de la soul en fait, je ne connaissais pas le blues rural du Delta. J’écoutais des truc de mon âge aussi, AC/DC par exemple, mais exclusivement période Bon Scott, au collège je crois que personne ne comprenait pourquoi je faisais la distinction… Et les Stones, bien sûr.

Bah de toute façon, au collège, personne ne comprend grand-chose à la musique… Sauf rares exceptions. Comment expliques-tu ton engouement pour ces musiques alors que culturellement, nous en sommes très loin ?

Si, j’avais des copains qui comprenaient des trucs à la musique quand même, je ne pense pas que je me prenais pour quelqu’un de spécial. Beaucoup ne comprenaient pas grand-chose c’est sûr, ou s’en foutaient simplement, mais pour moi, c’était quelque chose de déjà très important, j’aimais argumenter là-dessus, ça me procurait des émotions fortes. Je suivais beaucoup les indications et goûts de mon frère, et je ne supportais vraiment pas la voix du successeur de Bon Scott. On n’écoutait pas de chanson française ou de variété à la maison, les synthés m’ont toujours donné la gerbe, je ne sais pas, c’est comme ça, c’était pas mon truc.

Parlons de tes premiers pas de musicien. Le piano, donc, ça n’a pas duré… Tu t’es mis à la guitare ?

Le piano quelques années oui, je me suis mis à la guitare à 15 ans, j’ai pris des cours particuliers. Puis, rapidement, j’ai rencontré des copains super cool au lycée et j’ai monté un premier groupe grâce à un disque de Hendrix, l’album “Blues” qui est sorti en 1995 environ je crois, je lisais la pochette sur un banc, et un copain est venu m’en parler. Deux semaines après, on commençait à jouer.

« J’essaye juste de faire de bonnes chansons. »

Comment es-tu venu à la composition ?

Plus récemment, vers 2007-2008, avec l’envie de chanter. J’avais repris la guitare depuis quelques années et j’avais tout simplement envie de raconter mes propres histoires, et surtout de décider de tout, ce qui n’avait jamais été le cas auparavant. Alors, comme je n’aime pas trop dire aux autres ce qu’ils doivent faire, j’ai fait un truc tout seul, I Am A Band.

Et de là, tu as eu envie de monter Cold Cold Blood.

Oui, j’ai pris confiance en moi, en ma voix surtout, parce qu’au début c’était pas beau, et j’ai eu envie d’enrichir un peu tout ça avec une section rythmique.

Comment définirais-tu votre style musical ?

Je ne sais pas trop… Dark americana, roots rock ? En même temps, il y a des trucs pas si sombres en fait, c’est pas toujours simple de synthétiser en un ou deux mots. À chacun de se faire son idée, j’essaie de construire quelque chose de cohérent mais pas dans un genre forcément bien circonscrit, ce qui peu paraître bizarre quand on nous voit arriver avec la contrebasse, mon Champ, on pense à du rockab…

Beaucoup de groupes français se contentent de faire de l’exercice de style. Ils peuvent être dans le rockab, la surf, d’autres « musiques de niche »… Et ils y restent, sans y mettre trop d’âme. Ils restent aussi dans une scène bien précise. Mais vous, c’est différent. Des influences mieux digérées ? Des choses plus personnelles à exprimer ?

Merci d’avoir été attentive à ça. De loin, ça peut paraître un exercice de style, une « musique de niche » comme tu dis, surtout quand les gens ne connaissent pas trop le rock qui se fait aujourd’hui, alors que j’essaye juste de faire de bonnes chansons, avec une prod classe, roots mais actuelle en même temps. Des influences sûrement bien digérées oui, je suis passé par beaucoup de styles que je ne me suis pas contenté de survoler, et essayer de trouver un ton, un propos, à travers une pudeur.

As-tu, avec I Am A Band ou Cold Cold Blood, été tenté par l’idée de signer sur une maison de disques française ?

Non, l’idée m’a traversé l’esprit mais ça ne me paraît vraiment pas être mon monde, le mot « maison de disques » m’effraie un peu. J’ai bien essayé, par des réseaux, de faire passer ma musique, pour I Am A Band, mais sans succès. De toute façon, vu les retours que j’ai eus quand des musiciens m’ont raconté leur expérience, ça ne fait pas très envie. On ne veut pas vraiment te laisser le contrôle sur ta musique, alors tu te retrouves à devoir faire confiance à des mecs (ou des filles) qui utilisent un langage tellement différent du tien… Tiens, une anecdote : un groupe du coin, qui a sollicité une maison de disques, le premier contact a été plutôt favorable, et puis rapidement, il a fallu chanter en français, enregistrer où ils voulaient, avec un son de variétoche, j’avais honte pour eux. Et d’autres comme ça… De la soul en français, on rêve, tout le monde n’est pas Nino Ferrer.

« Jouer au vieux con du rock, c’est un sport national. »

Certaines personnes pensent qu’il est absurde, voire ridicule, de faire une musique qui n’a rien à voir avec sa culture d’origine. Que leur réponds-tu ?

Eh bien que c’est une vision essentialiste de l’existence et de l’art, et que ça me paraît bien étroit comme point de vue. Jouer au vieux con du rock, c’est certes un sport national, mais ça ne me fait pas envie. Mais je t’avouerai que je caresse aussi le projet de chanter un peu en Français, mais sans pression extérieure, c’est en train de mûrir doucement.

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Tu es sur un label associatif de Limoges… Y a-t-il une scène rock intéressante dans cette ville ?

On a lancé le label en 2006 avec les copains, pour sortir nos premiers disques des Lost Communists, un groupe de soul garage que j’avais monté. J’étais bassiste. On a remporté les sélections du Printemps de Bourges, ça nous permis de beaucoup jouer, on a sorti un EP et un album.

Tu as joué au Printemps de Bourges ?

Oui, dans les découvertes, à 12 h 30, ça fait bizarre. Enfin, c’est surtout le chanteur qui s’est senti bizarre, on avait bien fait le fête la veille, et il a du s’éclipser entre deux morceaux… C’était marrant de voir tout le monde prendre ça très au sérieux, alors qu’on était juste là pour se marrer.

Et donc, la scène rock de Limoges ?

Alors elle est plutôt petite.

Étonnant !

On ne peut pas vraiment parler d’une scène, il y a beaucoup de chanson française, de metal, mais dans le grand foutoir rock indé, finalement, il y a pas grand-chose qui sort ; je peux citer quand même des groupes comme les Weird Omen, Escobar qui sont sur Beast Records aussi (notre album qui est coproduit pas Beast), 7 Weeks (super groupe stoner-metal), le reste joue beaucoup dans la région. Après, je ne connais pas tout le monde, des musiciens sont partis, je pense à Yvan Serrano, très bon Dj et musicien qui a réussi à s’imposer à Londres…

Vous restez là-bas pour des questions matérielles (boulot, etc.) ou c’est un choix ?

Pour moi c’est un choix, pour le boulot, je suis prof d’histoire, contractuel, je fais des remplacements, j’ai pas le concours, je suis intermittent de l’Éducation nationale… Mais là, avec ma copine, on commence sérieusement à avoir la bougeotte, mais Paris ne m’attire pas du tout. Ceux qui ont tenté le coup ne sont pas forcément partis à Paris d’ailleurs, mais dans d’autres grandes métropoles, Londres, Berlin… Après, on est bien à Limoges, on est tranquille, la région est vraiment belle, et on part de tellement loin, question rock et musique actuelles, qu’on se dit qu’il y a tout à faire, malheureusement les interlocuteurs au niveau politique ne sont pas du tout ouverts sur la question, à gauche comme à droite, ils préfèrent le jazz à papa, le classique-baroque.

« Je ne suis pas un vampire. »

Le groupe s’appelle Cold Cold Blood, l’album « From Mud to Blood », une chanson Cold as Her Blood… Ça ne sentirait pas un peu le concept album ?

Non, quand même pas, j’ai pas poussé le truc si loin, j’ai écrit les chansons, et a posteriori, au moment de faire le disque, le mix, la pochette, j’ai trouvé un angle, des thèmes transversaux que j’ai réussi à rendre cohérents par rapport à la pochette, qui a été inspirée par un ami grâce au nom du groupe. Mais il était important pour moi de créer un « univers », j’espère que ça ne donne pas l’impression de concept album, c’est un peu pompeux, sinon il faut écrire un livre…

Mais d’où te vient cette apparente obsession pour le sang ?

Ah merde ! Je ne suis pas un vampire, attention. C’est pas une obsession, mais ça évoque beaucoup de choses issues du romantisme du XIXsiècle, la nature, l’eau, la mort, et j’aime écrire sur ces thèmes. C’est assez kitsch, en fait, quand j’y pense. C’est surtout que j’invente rien, en fait…

Mais y a-t-il vraiment besoin d’inventer ? Ce que tu fais vient, à la base, d’une musique qui ne se prenait pas pour de l’art, un truc populaire, c’étaient des chansons qui se reprenaient et s’adaptaient, qui étaient jouées par les villageois…

C’est l’idée que j’essaie de communiquer. Je ne me prends pas pour un artiste, je hais ce mythe de « l’intériorité » excessive de l’artiste aujourd’hui, qui veut que tout expression est valable à partir du moment où elle est exprimée, le culte de l’émotion… Pourtant, ce sont les émotions qui me guident, c’est toute la contradiction. Je veux juste faire de bonnes chansons.

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Une bonne chanson ne se juge pas sur des critères artistiques : tu la joues, elle crée une émotion ou pas, c’est tout.

C’est ça. En dehors de l’émotion, je pense qu’une chanson s’affirme aussi dans ce qu’elle ne fait pas, dans ce qu’elle rejette – et ce qu’elle propose donc comme alternative de ce qui peut s’entendre un peu partout ailleurs.

Neil Young avait l’habitude de roder ses chansons sur scène avant de les enregistrer. Il leur faisait passer l’épreuve du live, et aussi celle du temps, pour juger si elles étaient dignes d’être enregistrées. Procèdes-tu ainsi ?

On fait un peu comme ça, oui, mais c’est pas systématique. L’instrumental Cold as Her Blood ou le morceau folk [Witching Well – NdA] n’ont jamais été joués sur scène, le premier est une création de studio, le second, on va peut-être le jouer bientôt.

Quant aux paroles, il y a quand même une sorte de ligne qui relie les chansons ?

Souvent, le critère musical est prioritaire au sémantique, je choisis les mots pour leur sonorité d’abord. Et je ne suis, d’ailleurs, pas l’unique auteur des textes. Mais oui, il y a, j’ai remarqué, souvent l’idée du refuge, de cocon, qui revient – que ce soit à travers le portrait de quelqu’un ou sur l’amour. Il y a aussi l’idée de continuité, d’unicité entre la nature, les espaces, paysages, et l’homme, alors que je suis très urbain (enfin, vu de Paris ça peut faire rire…). Je ne fais jamais évocation de la ville, en fait. L’analogie entre le fleuve Mississippi et le sang, qui est suggérée sur la pochette avec ces méandres qui évoquent la circulation sanguine, vise à cela. C’est plus le corps et le rapport au corps que j’aborde, ce qui est important pour moi car je deviens pour la première fois « frontman », et c’est nouveau pour moi. Je suis très grand [1m96], et cela implique des questions particulières sur la façon dont on se voit : je ne me vois pas spécialement grand, alors que tout le monde me le rappelle tous les jours. Je voudrais aussi parler des différentes incarnations féminines dans les paroles, selon les titres. Mes textes dressent des portrait de femmes souvent idéalisées, parfois un peu désincarnée, mais souvent sensuelles. Hum… je trouve ça un peu ridicule à expliquer comme ça. Elles sont souvent associées à l’eau, la rivière, car dans mon esprit, c’est synonyme à la fois de sensualité et de froideur. Et j’aime cette ambivalence…

***

À la fin de cet entretien, me reste ce sentiment confus qu’il est précieux et rare de converser avec un musicien qui fait des chansons, et non du son. Qui ne vend pas un fond sonore pour des soirées ou de la syncro pour des publicités. Il ne semble pas avoir plus envie que ça de voir sa gueule en couverture de magazines branchouilles. Alors que tant de groupes tueraient père et mère pour jouer dans un gros festival, lui, tu lui parles du Printemps de Bourges, tout ce qu’il trouve à te raconter c’est que le chanteur à dû aller vomir entre deux morceaux. Et c’est sûrement pas lui qui ira bassiner ses « amis » ou « followers » pour qu’ils votent pour son groupe dans le cadre du Grand Tremplin Arnaque Pour Avoir Des Clics Et Vendre De La Pub. L’inconvénient de tout cela étant que le groupe n’a pas encore de date prévue à Paris. Mais, espérons-le, ça va arriver. Et ce soir-là, vous saurez où me trouver.

Cold Cold Blood // From Mud to Blood // ilovelimogesrecords.com

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