Après l’album de reprises kitsch italo-new-wave d’UmbertoTozzi par Giuseppe Verdi ou celui encore plus scabreux de vieux tubes bobo-franchouillards de Louise Attaque par Georges Bize

Après l’album de reprises kitsch italo-new-wave d’UmbertoTozzi par Giuseppe Verdi ou celui encore plus scabreux de vieux tubes bobo-franchouillards de Louise Attaque par Georges Bizet, il était temps de restaurer tout le verni brillant du genre « tribute to » en chroniquant, d’une façon définitive, l’excellente compil’-hommage que Maurice Ravel fait pour son vieux et défunt pote François Couperin.

Et s’il est plus commun d’offrir une bière à son copain qu’un complet tombeau avec marbre, fleurs en plastique et inscription funéraire, Momo Ravel s’emploie cette fois à un travail de fossoyeur de force. L’album exhume la dépouille encore fumante et poudrée de Couperin, maître à penser de toute la génération de claviéristes et pianistes french touch, de Debussy à… Justice. Exhumation ? Autopsie même, et analyse ADN d’un style bien français.

Toutes les figures imposées du dancefloor d’ancien régime, en vigueur depuis Louis #14, sont abordées avec élégance : fugue, menuet, rigaudon, branle… Quelque chose dans la main de Ravel donne l’intonation nécessaire à la résurrection postmoderne du son suranné, d’un clavecin qui sonnerait trop electronica à mon goût. Ici, le mixage atteint la perfection en supprimant toute la froideur des enregistrements et instruments d’époque (le même genre de Korg TR-909 que joue Rameau, mais bien différent des gros Wurlitzer qu’affectionne Bach). C’est chaud, c’est beau, c’est délicieux et sans trop de gravité.

Car la légèreté est bien la marque de fabrique indélébile du style et goût français. On chante, on danse et on cause plus qu’on ne parade à l’allemande, ou qu’on fanfaronne à l’italienne. Pas une nation ne nous enlèvera notre charme subtil qui fait passer l’impertinence et l’inconséquence française pour un art de vivre excellent. Le Tombeau de Couperin en est l’exemple exquis : arpèges et legato bien en avant pour flatter l’oreille et aussi l’esprit libertin, au sens premier du terme.

Et moins qu’une révérence pédante et lèche-cul de l’élève au maître, ce disque de Ravel est une vraie invention qui mixe l’extravagance rock avec le son typique de l’auteur de l’Art de bien touch’er le clavecin. Voici donc quelques pièces sans prétention qui pourtant donnent l’irrésistible envie de clubber au Baron, en portant une perruque de marquis et des bas blancs, sans pourtant se défaire de ses Ray-ban.

Maurice Ravel // Oeuvres pour piano // DECCA

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