Y’a qu’un cheveu sur la tête à Mathieu, deux testaments… et une énième corde à l’arc des trois loubards du punk capillaire, annonciateurs, pour le coup, d’un genre nouveau : le lo-fi symphonique. Phil Spector sortirait-il de taule en lorgnant vers le Nintendocore ? Tout un programme… En long, en large, coupé en quatre, on fait le tour du salon façon Petrole Hahn, la chute sera moins brutale que prévue.

Loin de moi l’idée de faire croire à l’auditeur lambda que son groupe fétiche est en train de tendre vers le transformisme peroxydé et les bouclettes baroques. Franchement, les gars restent fidèles à la déglingue bizarroïde de leurs compositions de boue à faible teneur en bits par hectolitre.
Cependant, Cheveu soigne ici la présentation, lorgne vers des chansons parfois plus produites, plus lisses, tout en continuant à envoyer du bois. L’agressivité est disséminée à travers l’album, ce qui rajoute un peu à l’aspect malsain, comme de la crasse faussement dissimulée sous un tapis qui dégueule la poussière. Soyons d’accord, autant il ne suffit pas de lever le petit doigt pour faire partie des culs serrés, autant Cheveu ne s’improvise pas tailleur de petites symphonies pour les kids sous prétexte d’avoir bossé avec un compositeur Israélien. Mais les arrangements de cordes ont l’avantage de faire briller les compositions du groupe parisien comme la salive fait briller les bottes.  Parfois bien, et en oubliant les coins. De toute façon, l’idée n’est pas là. Mais rajouter un peu d’eau dans l’huile de vidange pour dessiner des arcs-en-ciel, ça aide à faire passer la pilule aux non-initiés et puis ça ouvre des perspectives créatives. Cheveu s’ouvre et s’exporte, des States à la Chine. Et c’est tant mieux.

Et sous ses faux airs maniérés, ce nouvel album, totalement foutraque, éructe et met l’auditeur mal à l’aise. Du prêtre roux Vivaldi à Willem Dafoe qui se fait mitrailler sur fond d’explosions au napalm, il n’y a qu’un pas. Martin Sheen envoie son gamin au casse-pipe l’espace d’une déflagration nucléaire. Des roses ont les pieds dans le merdier et les poilus écoutent Chantal Goya qui chasse le lapin. Cheveu gère son freak mais balance cash. Me love you long time, je décharge sur la cible en 2:19 chrono. Me so horny, carrément. Vanilla Ice, la brosse de rigueur, le torse velu de poils drus, et Mickey Avalon débarque pour une session style Blakroc avec les musicos de Bauhaus qui auraient choppé le Creutzfeldt-Jakob. Hip-pop from hell ! Robert Duvall joue au Gameboy pendant l’Offensive du Tết tandis que Wagner se fait la crête iroquoise. Le colonel Kurtz est toujours en vie, né pour tuer, il a laissé pousser sa tignasse pour lui servir de moustiquaire. La mousson fait pleuvoir des anguilles et Mary Poppins se bouffe la barbe en suant des bras comme le delta du Mékong et en chantant Gloria mieux que Rocky et Van the Man réunis. Les fossoyeurs bricoleurs de Cheveu ont franchi le barrage contre le Pacifique et nous balancent leur gadoue agrémentée de sucre d’orge, barbe à papa, poissons pourris et scampis à l’heil, en gardant la coupe, punk, au carré, la nuque rasée de près.

Cheveu n’a jamais quitté la bataille mais sort de son garage, avec la raie (presque) au milieu,  pour dégorger ses boules de poils et de bile, avec classe et dégoût, et nous balancer de la jolie crasse plein la gueule. Dans le mille…

Cheveu // 1000 Mille // Born Bad
http://www.myspace.com/cheveu

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