Cette phrase revient le plus souvent quand on parle de misogynie dans la musique. Depuis Connie Hamzy et les années 1970, l'image de la groupie colle et les petites remarques macho glisseraient presque sur beaucoup de musiciennes comme quelque chose de normal. Presque 50 ans plus tard, la pop est-elle encore un bocal infesté de requins sexistes ? On a été posé la question à trois artistes bien dans leurs culottes.

Quand on habite à Austin, on a parfois l’impression de vivre sur une autre planète, un coin de monde où il n’y a pas de Coca au supermarché, où les filles vivent en mini jupe et en short sans qu’on vienne leur faire de remarques ou de regards louches. Pourtant, les États-Unis font partie des trois pays où le nombre d’agressions contre les femmes reste le plus élevé.

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J’ai donc eu envie de rencontrer trois artistes : Emily de Cross Record, parce que le troisième morceau de leur album ‘Wabi Sabi’ est d’une beauté infinie, Sabrina de A giant Dog parce qu’ils viennent de signer sur Merge records et qu’elle est drôle, déjantée et géniale sur scène et Meg de Magna Card, parce qu’être une fille dans le rap c’est pas si facile. On a donc discuté d’être une fille dans la musique, de sexisme ordinaire, d’empowerement, des histoires d’un soir, de petites culottes, de règles, de poils et des prostituées pendant la guerre civile américaine.

Commençons avec ma rencontre avec Emily et Dan de Cross Record, dans leur ranch-studio-squat à Dripping Springs pour prendre quelques photos. Emily et Dan ont quitté Chiraq, surnom de la ville de Chicago, il y a trois ans parce que la vie y est trop dangereuse.

Emily Cross (Cross Record)

Comment vis-tu le fait d’être une femme dans la musique ?

C’est un sujet auquel j’ai beaucoup pensé mais je ne crois pas m’être déjà sentie discriminée. On ne m’a jamais parlé de façon rabaissante parce que je suis une femme et je ne pense pas être traitée différemment des hommes. La seule chose que cela m’évoque, c’est que pendant la balance, au lieu de s’adresser à moi, les ingénieurs du son vont presque automatiquement vers Dan, comme si je ne connaissais rien au son ou au plan de scène. C’est vraiment la seule chose à laquelle je puisse penser.

C’est très misogyne comme attitude ?

Cela n’arrive pas tout le temps mais cela arrive. Aussi pour le paiement, ils vont voir Dan. Je ne dirais pas que cela est extrême mais cela existe.

C’est comment la vie en tournée ?

Je suis protégée car nous sommes en couple avec Dan et les gens le savent. Mais dans les bars, quand les gens ont bu ou quand tu es musicien et que tu es sur la route depuis longtemps, je ne leur cherche pas d’excuses mais… It’s a perfect storm for sexual abuse.

http://www.crossrecord.com/

A Giant Dog
A Giant Dog

Comment vis-tu le fait d’être une femme dans la musique ?

Je ressens depuis peu la responsabilité d’être une femme, je viens d’avoir 30 ans. Jusqu’ici je ne me sentais pas différente des hommes, je ne comprenais pas ce qu’il y avait de différent à être un homme ou une femme dans ce monde et ce que c’était de se sentir une femme. J’ai passé toute ma vie avec ce groupe, nous nous connaissons depuis le lycée, j’ai toujours été très protégée. J’ai toujours été traitée comme une égale. Ils s’attendent d’ailleurs à ce que je porte le matériel et les amplis. J’ai aussi travaillé en cuisine et on attendait de moi la même chose que de mes collègues masculins.

Pourtant, les hommes et les femmes n’ont pas été traités de la même façon par le monde, par l’histoire et je trouve qu’il est important pour les femmes de prendre la responsabilité et prendre le contrôle de cette conversation. On ne peut plus seulement dire voici notre musique, nos paroles.

Est-ce que tu t’es déjà sentie discriminée ?

J’ai été très chanceuse, peut-être parce qu’il ne m’est jamais rien arrivé. En même temps, j’ai cette attitude Don’t fuck with me. Mon amie Shannon, qui est chanteuse et bassiste du groupe Shannon and the clams, me raconte que souvent on lui dit : “Sweet of you to help carry your boyfriend equipment“. C’est scandaleux et je crois que je ne répondrais pas très bien si on me disait ça. Souvent c’est plutôt le contraire qui m’arrive, je crois que ce garçon s’intéresse à moi et j’aimerais bien qu’il se passe quelque chose et en fait il veut juste travailler avec moi. On ne me court pas après très souvent.

Est-ce que tu ressens la responsabilité de montrer qu’un autre modèle pour les femmes est possible ?

Quand j’étais au lycée, les femmes populaires dans la pop me donnaient l’impression qu’il fallait être jeune et malléable pour faire partie de ce monde et je n’ai jamais pensé pouvoir y appartenir. Je regardais Britney Spears, elle portait beaucoup de maquillage, elle faisait beaucoup de sport, je me sentais mal car je pensais qu’il n’y avait pas de place pour moi dans cette société. J’aime les chanteuses plus naturelles comme Brittany Howard d’Alabama shakes ou Adèle. C’est très important que ces femmes, qui sont de biens meilleures modèles pour les adolescentes, existent. Vous n’avez pas besoin de dépenser tout votre argent en maquillage, en vêtements et devoir toujours travailler votre corps. J’espère qu’à travers mes paroles tout le monde puisse ressentir que c’est ok d’être étrange, c’est ok d’être différent, même si vous pensez être la personne la plus freaky et que vous avez l’impression de vivre sous un rocher.

Porter une culotte sur scène, c’est de l’exhibitionnisme, une position politique ou juste lié au climat ?

J’ai toujours aimé porter des culottes, au début c’était plutôt lié au temps à Austin et parce que je n’aime pas avoir trop chaud sur scène. C’est devenu une position, je n’ai rien à cacher, je ne mets pas beaucoup de maquillage, le public voit mon corps, si je vais avoir mes règles, j’ai le ventre gonflé, si j’ai froid, on voit mes tétons… D’ailleurs, le retour des femmes qui viennent me voir en concert est très encourageant. Parfois je me sens mal avec mon corps mais j’y vais quand même et une fois sur scène, je suis juste pleine de sueur et j’oublie tout.

Tu as beaucoup de chansons qui ont rapport avec les femmes, Lady slut, Virgin girl, Civil whores, Hitchhike love…

Lady slut, c’est un commentaire sur Lady Gaga, que j’admire par ailleurs. Civil Whores est une chanson inspirée d’un épisode de la guerre civile. À Nashville, beaucoup de soldats étaient atteints de maladies vénériennes car ils couchaient tous avec les mêmes prostituées. Les autorités ont décidé de mettre toutes ces femmes dans un bateau à vapeur et de les envoyer dans un autre État. Pendant qu’ils remontaient la rivière, les hommes voyaient ce bateau de plaisir et toutes ces femmes partir, alors beaucoup se sont jetés dans la rivière pour rejoindre le bateau. Hitchhike Love est une chanson sur les histoires d’un soir, les histoires qu’on a sur la route. C’est dans la culture rock de se comporter de cette façon. Pourtant, je pense toujours à cette personne qui s’offre après un concert et je n’arrive pas à me détacher de cette idée qu’il s’agit sûrement de la même personne qui s’offre à tous les groupes qui passent.

http://www.agiantdog.com/

Carda
Magna Carda

Comment vis-tu le fait dӐtre une femme dans la musique ?

C’est toujours plus dur de travailler en tant que femme aux États-Unis et spécialement dans ma scène musicale, le rap, qui est une industrie dominée par les hommes. Les paroles peuvent être dégradantes pour les femmes, il y a beaucoup de misogynie noire et je suis souvent tiraillée entre l’envie de contacter des artistes que j’admire pour aider ma carrière et en même temps je ne suis pas du tout d’accord avec leur discours. En ce moment, j’ai l’impression qu’on revit un peu les années 1990 avec Missy Elliot, Queen Latifah ; on assiste à un retour des femmes rappeuses avec des artistes comme MIA, ou même les rappeuses latinos. Elles sont plus présentes, construisent leur industrie, leurs réseaux, prennent le pouvoir et ouvrent un vrai dialogue avec les hommes dans le rap. Dans les années 1990, les rappeuses s’habillaient presque toujours en baggy, comme des garçons puis des chanteuses comme Missy Elliot ont commencé à s’habiller différemment, à avoir leur propre style. Elles ont pris le contrôle de leur corps, de leur sexualité. Les hommes peuvent nous appeler des “bitches” mais quand les femmes reprennent ce terme et qu’elles parlent de sexe, cela devient choquant. Elles sont jugées comme la rappeuse Trina qui clame être “the baddest bitch” et qui parle de sexe ouvertement. Cette posture que le public n’a pas l’habitude de voir, qui est aussi celle de Rihanna, est importante. On doit pouvoir exprimer tout ce que peuvent être les femmes et pas seulement ce qu’elles doivent être. C’est important de reconquérir les mots et les territoires et spécialement pour les femmes noires. On peut se construire sur ce qui semblait être un point faible et devenir plus forte.

Est-ce que tu t’es déjà sentie discriminée ?

Quand j’arrive à un concert et que la salle est pleine d’hommes, je sens qu’on ne me respecte pas totalement tant que je ne suis pas montée sur scène et que je ne leur ai pas montré ce que je pouvais faire. Les rappeurs ont toujours le bénéfice du doute, en tant que femme, je n’ai pas cette crédibilité et je dois toujours me battre un peu plus.

Quelle est l’histoire de la chanson Angela Bassett ?

Angela Bassett est une chanson sur l’empowerement, sur la prise de pouvoir des femmes. Quand je l’ai écrite, je me sentais enfermée dans une boîte, j’avais besoin de prouver ce que je pouvais faire, ce que je pouvais écrire, retrouver ma confiance. En écrivant, les mots Stella like Angela Bassett sont apparus. C’est tiré du film How Stella got her groove back et adapté d’un livre de Terry McMillan. Angela Bassett est l’actrice principale et j’ai décidé d’appeler la chanson d’après son nom car c’est tout le sens de cette chanson, être une femme forte et indépendante. Cette femme est une inspiration, c’est une femme cultivée et une grande actrice.

Est-ce que tu ressens le devoir de montrer qu’un autre modèle pour les femmes est possible ?

Je fais très attention à être disponible après mes concerts, à parler avec les jeunes filles qui viennent me voir, j’espère pouvoir les inspirer, les encourager à devenir ce qu’elles veulent, rappeuse, productrice…. J’essaie aussi de partager la scène le plus possible avec des femmes, des artistes LGBT. C’est important pour moi de partager, même avec mon groupe. Je sais qu’ils croient en moi, en mes qualités artistiques et ils se joignent à mes combats mais parfois quand ils disent ou font quelque chose d’inapproprié, je les reprends et je sais qu’à leur tour, ils vont continuer à faire passer le message.

http://magnacardamusic.com/

2 commentaires

  1. 1978 sud 2 La Rance, ‘fameux punk band’ voulait pas jouer en Bretagne, car il y avait trop de Route! ils sont restes et resteront dans leur “garageland”

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