Centenaire sort son troisième album, « Somewhere Safe », qu'on vous offre en écoute intégrale et exclusive à quelques jours de leur concert à la maroquinerie. Le trio parisien n'a toujours pas pris la poussière et revient avec un nouvel album à la fois doux-sale et délicatement saturé. Amateurs d'oxymorons et de paradoxes : vous êtes les bienvenus.

J’avais l’impression de les connaître, d’avoir lu leur nom des milliers de fois, et même que leur couleur c’était le violet. Mais non, en fait je n’avais jamais écouté Centenaire avant ce « Somewhere Safe ». J’ai fait tourner l’album en boucle durant deux semaines, fantasmant mon papier : des mos précis et cinglants, des punchlines ravageuses, pléthore de références érudites et en supplément praline une petite critique railleuse du milieu indé-ground. Mais à la fin… j’ai dû regarder droit dans mon ignorance. Non, ca ne me disait rien, le vide complet et rien pour m’accrocher aux branches. Qui sont-ils ? Je sais qu’ils sont trois mecs, tous avec un CV pantagruélique, qu’ils commencèrent par la folk et… Merde ! Il y a vraiment un problème avec ce groupe.

Parce que Bigre, ce que j’entends là ce n’est pas vraiment de la « folk », ou plutôt si, mais celle de types ayant découvert l’électricité comme Oprah Winfrey la crème glacée. Plus une once de retenue. Seulement là où beaucoup se vautrent dans la surenchère, tels des pourceaux se souillant de boue, Centenaire montre qu’en terme d’élégance et de maintien ils sont plus dandy que papy. Ces gars là savent composer, pensent en terme de structures, n’envisagent jamais une montée sans soigner la descente – comme en témoigne l’excellent morceau d’ouverture Where to go. Avec eux la dégueulasserie n’est pas un verni, ni la distorsion un cache-misère. D’ailleurs les morceaux ne sont jamais si beaux que lorsque le feu de forêt s’apaise et laisse vire-voleter ses cendres encore en suspension.

« Somewhere Safe », c’est un bulldozer conduit par un orfèvre – « The truth about those who pretend to be your friend », un Auroch avec les manières de princesse Sissi, c’est un album étrange dont la force est aussi une faiblesse : ne jamais vraiment choisir son camp. Pourquoi choisir me direz-vous ? Le dernier né de Centenaire est imparfait et c’est pour ça qu’il est beau. On l’aime pour ses aspérités, ses difformités, sa nonchalance de freaks en pleine séance d’exhib’, on l’aime parce qu’il transpire la classe des anciens et l’éclectisme naïf (mais charmant) d’un jeune perdreau de l’année.

Centenaire // Somewhere Safe // Clapping Music
Lien de commande cd/lp : http://clappingmusic.bigcartel.com/artist/centenaire

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