©Alban Van Wassenhov

Un an après « No Mercy For Love », les Normands reviennent avec « Not Easy To Cook », un deuxième album qu’ils considèrent comme plus assumé. Pour savoir si la mayonnaise a bien pris, on a taillé la bavette avec le groupe. A table. 

On voulait écrire que comme un bon pinard, Cannibale se bonifie avec le temps. Ou plutôt pour les Normands, comme un bon cidre, mais comme le cidre ne se conserve pas comme le vin, on ne peut pas vraiment faire cette analogie. Bref, tout ça pour dire que les Français reviennent avec « Not Easy To Cook », un deuxième disque clairement plus direct et accessible que le premier. La preuve en interview et en écoute.

Vous aviez une idée précise de l’ambiance et de la couleur que vous vouliez donner à cet album ?

Manuel : À un moment, il faut dégueuler la musique. Il faut que ça sorte et ensuite, on fait le tri. À ce moment-là en fait, on ne sait pas trop ce que ça va donner. C’est durant la phase de sélection qu’on donne une couleur et qu’on affine le son. Pour te répondre, oui, on voulait quelque chose d’assez exotique qui va dans la continuité du premier. Mais la différence, c’est qu’on s’est plus approprié les choses. C’est moins emprunt d’environnements exotiques et plus approprié.

C’est-à-dire ?

Manuel : Ça nous ressemble plus. On a trouvé qui on était.

Nicolas : C’est plus digéré en fait. Manu compose toutes les chansons et on retrouve sa patte sur le disque. On entend que la musique est en train d’atteindre une sorte d’homogénéité dans la digestion des musiques qu’on a écoutées et qui ont pu nous influencer.

Vous vous sentez plus en confiance en tant que groupe ?

Manuel : C’est hyper fragile un groupe. L’entente entre les membres, l’amour, et puis la survie d’un groupe, c’est fragile. On est en confiance, oui enfin, on est vieux. Il ne faut pas trop y penser. Donc je te dirai oui et non, pas plus que dans la vie. Ça va quoi.

Notre exotisme vient un peu de cette marre. C’est la même qui est dessinée sur la pochette du premier album. Quand on écoute ce bruit, on n’a pas l’impression d’être dans un petit village de l’Orne en Normandie.

Je trouve que « Not Easy To Cook » est plus joyeux que le précédent. Est-ce qu’on peut dire qu’il est un plus pop ou c’est un mot interdit ?

Manuel : Pop ce n’est pas un mot interdit. Il y a des chansons qui peuvent faire penser à The Electric Prunes ou à l’album « Parachute » de The Pretty Things.

Nicolas : Pop dans le sens où les musiques sont plus directes ?

C’est ça, il y a quelque chose de très anglais dans certaines chansons. Elles s’éloignent des Caraïbes et en effet, il y a des compositions plus accessibles et plus directes.

Nicolas : Ça rejoint ce qu’on disait tout à l’heure sur la digestion. La sculpture est mieux aboutie.

Manuel : C’est une histoire d’appropriation. Depuis le début, les artistes et les créateurs regardent autour d’eux et s’inspirent. Ça évolue constamment et donc le prochain album sera peut-être moins pop.

©Alban Van Wassenhov

Je pensais notamment à Machine Gets Old qui est une très belle chanson mais aussi très simple et épurée… Et je me demandais si vous aviez un registre dans lequel vous êtes plus à l’aise entre les titres plus “pop” et ceux qui sont plus expérimentaux ?

Nicolas : On n’a jamais eu de style de prédilection. On n’a pas vraiment de style de chansons qu’on préfère faire. Pour revenir à Machine Gets Old, le morceau est tellement différent des autres que cette simplicité devient plaisante. Plaisante à jouer en tout cas.

Manuel : Nicolas, tu dis qu’elle est différente du reste et rien que pour ça, c’est rigolo de le faire. Elle est passée par plein de styles différents et puis finalement, Gaspard (clavier) nous a dit qu’il fallait la prendre comme un petit bonbon. Et elle est assumée comme un petit bonbon sucré, avec des voix très aiguës. On l’assume et en plus, on la met en trois dans l’album.

Nicolas : Si je me souviens bien, on voulait la mettre en deux. Manu est plutôt fan de « Parachute » des Pretty Things et sur ce disque, il y a un morceau en deux [The Good Mr. Square, Ndlr] qui fonctionne comme une cassure très nette et assez impressionnante. C’est aussi pour dire : “Attention, on fait un peu la même chose… Ah non en fait on part sur autre chose.” On veut aussi montrer qu’on est ça, ce genre de musique.

Vous parlez d’assumer les chansons. Vous pouvez me parler des bruits de grenouilles à la fin du disque pendant plus de sept minutes ?

Manuel : Ce sont les grenouilles qu’il y a dans la mare juste en bas de chez moi, là où j’enregistre. Ma fenêtre donne sur une mare et tous les étés, c’est la période de reproduction des grenouilles. Elles s’appellent les unes les autres durant un mois à peu prés. Elles croassent à fond la caisse et j’ai enregistré ça. 

Il y a une explication derrière ce morceau mais rien le l’indique en fait, c’est dommage…

Nicolas : C’est vrai, mais on n’y a pas pensé. D’ailleurs, elle n’est pas indiquée dans la tracklist, ni sur le CD, ni sur le vinyle.

Manuel : Notre exotisme vient un peu de cette mare. C’est la même qui est dessinée sur la pochette du premier album. Quand on écoute ce bruit, on n’a pas l’impression d’être dans un petit village de l’Orne en Normandie.

On est plus rock que le Villejuif Underground et de toute façon, on les défonce à la baston.

Par rapport à vos différentes influences, ce n’est pas un peu difficile d’arriver à toutes les canaliser ?

Manuel : C’est à partir du moment où tu te poses la question de savoir si t’as le droit de faire ce genre de musique ou non que les problèmes arrivent. Mais si tu ne te poses pas ces questions-là, alors t’y vas. Il faut se dire que c’est juste de la musique et qu’on a le droit d’en faire comme on veut. Je peux faire de la musique de Noirs si j’en ai envie. On a le droit de faire ce qu’on veut et on s’en fout. C’est aussi ça notre acte révolutionnaire de nos vies. Je ne manifeste pas dans la rue, mais je décide d’aller à l’encontre de ce que dit la société depuis toujours.

Il y a un message particulier que vous voulez transmettre avec cet album ?

Nicolas : Non.

Manuel : C’est l’idée d’assumer notre âge. D’être sur scène encore debout et vivants. De venir de la campagne aussi.

©Alban Van Wassenhov

Vous n’avez pas non plus 75 ans ! C’est quelque chose qui revient souvent votre âge ?

Manuel : Ça revient souvent, d’autant plus que quand on joue, on est avec des très jeunes ou des vieux qui sont têtes d’affiche et connus. Après, c’est peut-être assez personnel, mais le fait d’avoir passé la quarantaine, ça nous travaille.

Nicolas : Pour le message, il faut assumer le fait d’avoir toujours voulu faire de la musique et d’avoir tenu bon. Dire que ça a porté ses fruits, même si rien n’est jamais acquis. On a réussi à faire une tournée de 150 dates sur un an et demi, et faire ça à 40 ans, c’est cool. Je suis fier de revenir le week-end et de dire à mes enfants que j’étais sur scène. Ils posent plein de questions, on fait des facetime où je leur montre la scène et les instruments. Ça fait rêver.

Est-ce que ça veut dire que vous avez mis du temps à vous accepter ?

Nicolas : Je vois ce que tu veux dire. On a beaucoup joué ensemble avec les gars, dans d’autres groupes et avec Manu, ça fait 25 ans qu’on fait de la musique ensemble. Notre manière de fonctionner n’était pas claire. Aujourd’hui, c’est hyper clair et notre procédé créatif est bien huilé.

Dernière question, quand vous tournez avec le Villejuif Underground, qui ont pour réputation d’être assez extrêmes, ça se passe comment ?

Manuel : On est plus rock qu’eux et de toute façon, on les défonce à la baston. On boit plus qu’eux, on se drogue plus et on fait ça avec 20 ans de plus et les enfants à assumer. Ce sont des tapettes ! Mais on les aime bien ces petites tapettes.

Nicolas : En plus, ils ne sont plus si jeunes que ça. En vrai, on s’entend très bien avec eux et, sans lécher des culs, on aime bien leur musique. Parmi ceux de Born Bad, c’est l’un des groupes que j’aime le plus.

L’album « Not Easy To Cook » sort le vendredi 16 novembre sur Born Bad.
https://cannibale.bandcamp.com/

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