On ne sait pas ce qui frappera le plus à l’écoute du nouvel album des Allemands de Camera : son titre, évident clin d’œil conspirationniste au plus écolo des franco-teutons Dany le Rouge, dit Cohn-Bendit, sa qualité intrinsèque (celle qui se passe de mots et de qualificatifs tels que vous vous apprêtez à en lire en dessous) ou le fait que le groupe réfute l’appellation « krautrock » pour définir « Remember I was carbon dioxide », disque éminemment plus krautrock que la majorité des disques qu’on aura eu le loisir d’écouter cette année sans avoir envie de plonger des chatons dans une bétonneuse.

Remarquez, peut-être que le plus frappant chez Camera reste encore leur sens de l’humour. C’est bien simple, comme nombre de leurs compatriotes – d’Hitler à Merkel, ils n’en ont pas. Mais chez les poulains de Bureau-b, le côté pince sans rire – ou cogne sans pleurer, vu les circonstances – atteint un niveau tel que le groupe s’avère capable de pondre une biographie complète sur le fait que l’écoute prolongée et quasi religieuse de vaches sacrées comme Neu ! ou Can ne fait pas de « Remember I was carbon dioxide » une émulation post-moderne d’un genre made in Germany ayant permis à trois générations de journalistes de placer des mots compte double comme telluriques, motoriques ou robotiques ; chacun de ces adjectifs renvoyant évidemment à cette bonne vieille sidérurgie ayant permis à la nation voisine de construire jadis des autobahn large comme une jupe plissée à Merkel dans le but d’envahir l’Europe. Vous aurez remarqué que je me suis complètement égaré sur la dernière phrase ; retenez donc que si le dernier disque de Camera ne sonne pas comme du Kraftwerk, il emprunte cela dit le même chemin creusé à la main par ses prédécesseurs et que même si le groupe aimerait tuer le(s) père(s), l’écoute du titre d’ouverture suffit à éviter de claquer son salaire dans une analyse ADN.

« Remember I was carbon dioxide » serait donc autre chose qu’un disque de krautrock. Bon après tout, pourquoi pas. Je veux bien m’asseoir sur cette affirmation si nous sommes tous d’accord pour dire que Bruno Mars n’a pas plagié la discographie complète de Police au point que Sting pourrait se retourner dans sa tombe s’il ne l’avait pas déjà creusé depuis au moins… mais attendez, cet homme a-t-il déjà un jour été vivant ? Okay, interrogation surprise. STING A-T-IL DÉJÀ UN JOUR ÉTÉ VIVANT ? Vous avez trente secondes, je relève les copies au début du prochain paragraphe.
Si Camera se distingue, au delà des genres, c’est d’abord par la qualité des morceaux. Ici, comme dans une classe de sourds-muets, personne ne moufte. Douze instrumentaux où ça cogne sévère et en rythme ; ce qui permet effectivement de dire que Camera n’aurait su conserver que l’amour de la musique répétitive et l’aurait adapté à un monde moderne ; un monde qui, au regard du titre de ce bordel, s’avère plutôt pollué. Si la moitié des morceaux, d’humeur planante et pour reprendre un terme des années 90, plutôt cinématique [lecteurs de Telerama et fan de François Ozon, passez votre chemin] s’avère somme toute dispensable, l’autre moitié s’écoute avec la boot militaire chaussée au pied pour danser le jerk dans les tranchées. Car si l’est un point où l’on rejoindra le groupe, c’est sur le terme de Krautrock guérilla [le groupe a souvent joué dans des happenings sauvages à Berlin, dans le métro ou ailleurs] qui permet au groupe de parfois faire vrombir ses guitares comme des scies sauteuses, comme sur le terrassant Roehre qui fait penser à une autre référence franco-allemande, Faust. Comme chez Casto y’a tout ce qui Faust, cela nous permet d’entamer une conclusion où il sera question d’insurrection à coups de tronçonneuses achetées en promotion, de pacte avec le diable et de chimiothérapie. Car là où Camera passe, l’herbe synthétique ne repousse pas. Et ce disque reste, quoiqu’on en dise, le meilleur désherbant.

Camera // Remember I was carbon dioxide // Bureau b
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1 commentaire

  1. Excellente chronique, même si mon chien a mangé ma copie (que j’avais pourtant si soigneusement drafté) ಢ_ಥ je suis vraiment désolée.
    Et merci pour le concert de samedi, grosse claque dans nos neurones à tous.

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