Comme tous les ans à la même période, le syndicat des Tupperware enfile sa cape de super-héros et se réunit à la MJC du coin pour élire les plus belles boîtes en plastique. Révélations, déceptions et promesses y défilent souvent comme aux foires canines et les perdreaux de l’année deviennent souvent des colombes. Les Top 10 de fin d’année, c’est finalement un peu comme la neige en décembre : inévitable, et pourtant ça fait parler tout le monde.

En météo comme en musique, disons que l’année n’a pas été vraiment bonne. Un bain de boue avec Arcade Fire, de la thalassothérapie avec Zola Jesus, des gouzis gouzis d’ados attardés avec Katerine, rien qui ne justifie – hormis peut-être PVT, These New Puritans et Tame Impala, voilà pour mon top 3 – d’une communion généralisée autour du divin enfant. Le concept du top 10 ? Comme les résolutions du 31 décembre : à peine prononcées, déjà oubliées. Sous couvert d’altruisme bienveillant (« je vais choisir le disque dont personne n’a parlé »), chaque exposant finit par présenter la même soupe et la musique, finalement, n’en sort pas spécialement plus chaude.
Pour varier un peu l’exercice et cesser de s’exciter sur à peu près tout et n’importe qu(o)i, voici une liste non exhaustive des groupes à inventer en 2011. A l’inverse de leurs confrères du monde réel, ceux-là n’existeront certainement jamais et… c’est très certainement tant mieux.

GREATEST TITS : Entre Nashville Pussy et Motörhead, du rock féminin qui hésite entre MLF et MST, et bombe la poitrine. Originaires de Marseille (ou plus globalement du Sud de la France pour le coté chewing-gum mâchouillé + couleur blonde coiffeuse), cinq filles qui en ont sous le T-Shirt et qui le revendiquent. On les imaginera produites par Maxime Schmitt (le côté teuton qui pointe, comme chez les Plastiscines) ou sponsorisées par Aubade, le look un peu Lolo Ferrari et les seins coincés sur le manche de Stratocaster. De la mélodie bien rembourrée, quoi.

RPR (ROCK POUR LES RICHES) : Le rock, c’est pour les marginaux, les délaissés, ceux qu’on a oublié sur le bord de la route. En période de crise économique, les bourgeois se comptent sur les doigts d’une main et se font caillasser par l’opinion : ce sont les nouveaux martyrs. Autant influencé par Yves Adrien que par Charles Pasqua, RPR leur rend honneur en inventant le rock de droite. Les thématiques abordées – l’ode aux stock-options, le retour au port des bretelles, ouvrir un PEL avant 30 ans – sont un pavé dans la mare, leur titre manifeste Je chante le rock capitaliste est un franc succès sur la rive gauche.

THE WALL STREET INSTITUTE : Marre des groupes français incapables d’articuler trois mots d’anglais correctement ? Lassé de ces pseudo-chanteurs qui chantent en anglais dans le texte mais qui ressemblent plus à ton cousin demeuré qu’à Bono ? The Wall Street Institute, en dépit de leur nom, chantent en patois et portent la chemise provençale. Aussi insupportables que les copies de groupes anglo-saxons, mais tellement plus drôles. La contre-culture, couleur du terroir.

THE REPLICANTS : Depuis Wire, les groupes punks possédant un QI supérieur à 130 et passionnés d’architecture sont assez rares, faut bien l’avouer. Eux sont autant fascinés par les tessons de bouteilles que par Blade Runner, l’extrême gauche ou les maladies vénériennes, le cuir déchiré et les groupies baisées sur le devant de pyramides futuristes. Leur thème de prédilection : assister à la fin du monde dans un costume de chez Vivienne Westwood en feuilletant Art Press.

LES VENUS EN FOURRURE : On comprend rapidement l’allusion, Raoul Ed, Jean Colle et Nicole font dans le revival en se savatant les fesses à grands coups de fouet en plastique. A eux trois comme on dit, ils font la paire ; ils revisitent le répertoire du Velvet Underground en français. Ce qui, bien évidemment, donne droit à des traductions stupides mais pas sans intérêt : « J’attends mon mec / Vingt-six euros dans ma poche / En plein milieu de la rue St Denis / Je me sens malade et sale, plus mort que vivant / Oh oui, j’attends mon mec ». A l’inverse de la grande légende Velvetienne, les 500 premiers auditeurs des Venus en Fourrure n’ont pas formé de groupe.

LES PYGMÉES : Trois frères Lillois – pour la consanguinité – de petite taille, enfantés par un frère et une sœur fans des Jackson 5 et du Seigneur des anneaux. Les Pygmées, en conséquence, font du doo-wop sur des tabourets, la barbe drue et le mètre quarante porté fièrement. Dès la rentrée, ils s’invitent sur tous les plateaux TV en imposant leur cirque Barnum et leurs harmonies vocales dignes des Beach Boys. A la différence que les Pygmées n’ont pas pied dans le grand bassin.

LES HOLOGRAMMES : En revenant du hammam, Pascal Nègre a enfin l’idée du siècle : pour minimiser les coûts de production, les cachets et les salaires, il invente le premier boys band complètement virtuel qui ne coûte pas un kopeck à l’industrie. Complètement gays – parce que c’est dans l’air du temps – et pas chiants sur les contrats, les Hologrammes se font composer des mélodies en loucedé par les frères Bogdanov via un programme Midi révolutionnaire qui sample les plus grandes mélodies pop du 20ème siècle. Initialement convié à l’exercice, Jean-Michel Jarre est finalement écarté du projet : trop gourmand et surtout trop peroxydé pour être « vrai ».

ANONYMOUS : Leur manager n’envoie pas douze mails pour dire la même chose, eux n’emmerdent pas leur monde avec leur nouveau single remixé sur SoundCloud. Anonymous, en prime, ne donne pas de concerts, ne signe pas d’autographes, ne passe pas sur les plateaux TV pour répondre à des questions stupides. Tout au plus enregistrent-ils des chansons sur bandes analogiques qu’ils refusent de commercialiser. Groupe étendard de la décroissance et du retour à l’anonymisation, les mystérieux musiciens distribuent gratuitement leur musique sur des clefs USB cachées dans Paris, à l’intérieur des murs bétonnés.

THE MICHEL ROCARDS : En réaction à la naissance des Balladurians (véridique : http://www.myspace.com/theballadurians), quatre partisans de gauche décident de rendre honneur au George Harrison du Parti Socialiste. De la power pop discrète qui lorgne parfois vers le krautrock (don’t forget le pacte Mitterand/Kohl, main dans la main) en n’oubliant pas de vanter les mérites du SMIC (merci Michel) et de l’espace Schengen. Fringués dans des costumes trois pièces, les Michel Rocards portent une rose à la boutonnière, ultime clin d’œil à Mimi.

NÉVROSES : La France des cafetières cassées et des réveils difficiles, Névroses la laisse aux chanteurs sans problèmes. Les leurs sont plus authentiques, ils les expriment en saturant les guitares et les synthétiseurs : hypocondrie, phobie des alarmes, peur de mourir, angoisse de l’apocalypse… Névroses passe en revue tous les travers d’une France sous antidépresseurs et leur premier album (Xanax 2012) s’achète en pharmacie sans ordonnance.

En attendant que tous ces pieds nickelés prennent enfin le pouvoir, je regrette vainement la mort précoce du Top 50. Comme son cousin anglais ( le Top of the Pops, lui-même arrêté en 2006 pour de mystérieuses raisons) le défoulomètre auditif permettait à un pays tout entier de se lever sur une mélodie sans lendemain. La qualité n’était certes pas toujours au rendez-vous, les brushings pas toujours flambants non plus ; le volume de la télécommande permettait au moins au public de couvrir le brouhaha des (s)top 10 de fin d’année. Parler pour ne rien dire, c’est bien la preuve qu’on n’a plus grand chose à siffler.

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3 commentaires

  1. “les mystérieux musiciens distribuent gratuitement leur musique sur des clefs USB cachées dans Paris, à l’intérieur des murs bétonnés.” => ils auraient du s’appeler les Dead Drops 😉

  2. Mais les Plasticines n’ont pas de si gros seins que ça; allez lançons les Greatest Tits ou alors les Big Bibendum Mama’s ça peut pas faire de mal. Voilà, je voulais aussi siffler très fortement Arcade Fire, c’est vraiment de la musique de gonzesse des années 50 (hum, je prends mes précautions) et faire un bisou à Inspector Cluzo pour leur formidable show (offert par Gonzaï, thanks Dudes) et souligner de nouveau que Sufjan Stevens est un putain de génie. Sinon je tiens de nouveau à préciser que je préfère le premier Korn au dernier MGMT (Non c’est facile de rendre une mélodie crédible en l’hyper-produisant), plus innovant, plus audacieux, et qu’il existe encore des truc français assez bandants (Nickel Pressing, Principles of Geometry, the Wall of Death, Acid Washed, Aeroplane…). Et merci encore à Gonzaï de tenir face aux détracteurs de la “hype prétentieuse parisienne” qui ne se rendent pas compte qu’une hydre, c’est ni gentil, ni méchant.

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