Avec l’arrivée des beaux jours j’ai envie de détonner, de faire dans le moche et le méchant. En crachant à la gueule d’Hunter Thompson par exemple. De même au visage de ceux qu

Avec l’arrivée des beaux jours j’ai envie de détonner, de faire dans le moche et le méchant. En crachant à la gueule d’Hunter Thompson par exemple. De même au visage de ceux qui croient que le journalisme peut encore prendre une quelconque forme  gonzo ou pire, sexuelle.

Et, pour nous le prouver, de s’engager dans une longue litanie détaillant jusqu’au nombre de verres absorbés. Lisez plutôt ce que disent les Brats un peu plus bas : on a de plus en plus de mal à vraiment faire la fête. Quant au public des concerts il devient difficile de le faire remuer. La faute aux musiciens qui ne mouillent pas leur chemise ? Pas si sûr. Il suffit de voir les Brats en concert. Encore eux. Nous les avions déjà rencontrés il y a quelques mois. Depuis ils ont beaucoup joué et on se souviendra de leur prestation dans les caves de la Loco à Pigalle.

Ce groupe c’est un peu l’antidote à Taxi Girl : paroles en français et accords lourds assumés, revendiqués même. Ca peut déranger quand on est habitué à la pose étriquée, genoux savamment rentrés en dedans, pour faire androgyne. Même quand il chante « Je suis une fille » Niki remue comme une brute, descend de scène et bouscule les indifférents. Sur disque c’est le même topo. Comme dit Pierre Mikailoff dans la notice, on assiste ici à la rencontre entre Nino Ferrer et le MC5. On appréciera…

Les Brats ne renient rien mais refusent de tomber dans les oubliettes du Gibus. Ils sont là pour nous parler de leur premier album qui sort ces jours-ci sur Internet. Alors comme on était sûr que personne ou presque n’allait y faire attention (« les baby rockers c’est démodé jeune homme ») on s’est rendu dans une crêperie des Halles (je vous l’avais dit, le pseudo gonzo on n’en veut plus) pour discuter le coup. Garçon elle en est où ma complète ?

Tous vos concerts en ce moment c’est pour rattraper le temps perdu ?

Niki : On n’a jamais perdu de temps. On a plutôt pris notre temps justement pour pouvoir faire des morceaux corrects. On a pris des cours chacun de notre coté. Il y a eu deux grandes périodes dans les Brats. Au début on prenait tout ce qui nous tombait sous la main. Ensuite au lieu de continuer bêtement vers un chemin qu’on aurait détesté plus tard on s’est arrêté pour trouver le feeling et se mettre d’accord sur la direction à prendre. Puis JB est arrivé et il a fait le liant entre nous tous.

Votre disparition après le concert au Zénith a été beaucoup critiquée. Aujourd’hui, vu que certains groupes de votre génération ne jouent plus, on dirait que c’est vous qui aviez raison…

Niki : On avait dix sept ans. On sentait qu’on n’avait pas les épaules. En fait il n’y a pas eu tant de critiques. Peut être vingt connards sur Internet… Ca m’a ruiné le moral. Il fallait qu’on ait plus confiance en nous pour endurer la suite sinon on n’aurait pas tenu. Maintenant on se sent prêts. La première partie d’Iggy Pop, tout le monde a vu ça comme un truc super dur. Ce n’est pas comme ça qu’il faut le prendre. Quand il a commencé il avait le même âge que nous…

Faut-il s’attendre à une nouvelle pause ?

Maxime :Non. On rentre en studio bientôt pour quatre nouveaux titres.

C’est Yarol Poupaud qui a enregistré l’album. Pourquoi n’êtes vous pas signés chez Bonus Tracks Records ?

Maxime :C’est un arrangement. Il nous connaissait de nom. Le studio ça a permis de nous rencontrer. Il nous a enregistré quasi gratuitement. Il a été très présent pour le mixage. Sans lui on n’aurait pas pu faire notre disque. D’ailleurs on aurait pu le faire avec personne d’autre.

L’autoproduction c’est un choix de votre part ?

Maxime :C’est plutôt par défaut. Mais ce n’est pas parce qu’on n’est pas signé qu’on ne peut pas faire de disques. Ceux qui pensent ça sont très mal barrés.

Rassurez moi, vous n’allez pas finir « groupe engagé » ?

Maxime :Non ! On ne veut pas rester dans l’underground. On veut avancer. Quand tu fais un morceau, la seule issue possible c’est qu’il soit entendu par le maximum de monde. On n’est pas élitistes.

La fête au Bar III pour la sortie de votre album c’est une idée de qui ?

Maxime :C’est une idée de Niki mais on trouvait ça normal de sortir notre album dans cet endroit. C’est plus intéressant pour nous de le faire là que dans une boite branchée. On voulait faire une vraie fête.

Vous trouvez qu’il y  a toujours autant de monde dans les concerts à Paris?

Maxime :Non, c’était vrai pour le bar III mais maintenant plus personne ne sort.

Le rock à Paris n’était donc qu’une mode ?

Maxime: Bien sûr. Et tout le monde le savait. Mais ça ne concerne pas que le rock. Pour une soirée au musée d’Orsay on a invité quatre cent personnes à boire une coupe de champagne. On pensait que ça ferait saliver tout le monde. Le jour même on n’a pas eu la moitié des gens invités.

Pourquoi ça a si bien marché au début ?

Maxime: Parce qu’on était jeunes, beaux, qu’on sortait nos bites. Et puis plus personnes n’avait rien à se mettre sous la dent.

Cet album signifie la fin de la période Rock’n’roll Friday ?

Maxime: Non. Pour nous c’est plutôt un début qu’une fin. Maintenant on fonce dans le tas. Ca doit nous ouvrir des portes qu’on ne pouvait pas ouvrir avant. On pense déjà au deuxième album mais on aimerait le faire avec plus de fric et une vraie distribution…On n’est même pas obligé d’avoir une maison de disque il nous faut juste du fric, un distributeur et un tourneur.

Il y a deux reprises sur l’album, Dutronc et Ferrer…

Maxime: On ne peut pas en parler, on n’a pas les droits. Mais c’était pour que les gens fassent un lien : Nino Ferrer, c’est joué comme les Ramones, c’est marrant.

Aux yeux de l’univers et Pulp me semblent être les deux tubes de l’album…

Maxime: Notre seul tube il n’est pas sur l’album. C’est Le truc en plus. C’est un des premiers morceaux qu’on à écrit en français et à l’époque les gens nous disaient qu’on allait finir intermittents du spectacle. On l’a un peu laissé tomber parce qu’on voulait faire des compositions un peu plus tordues. Il nous a fallu quatre ans pour nous rendre compte de l’efficacité instantanée de ce morceau.

L’influence d’Aznavour et des vieux trucs français ça appartient juste à Niki ?

Maxime :Non. On aime tous la vraie pop française ; ce qui était classe et qui le reste.

Même si la section rythmique est très importante chez vous, c’est quand même Niki qui fait le spectacle. Comment tu gères ça ?

Niki : Je veux être un putain de vrai performer. Quand tu es comme ça tu peux fasciner les gens toute ta vie. Même si j’adore la pop, je crois que je suis définitivement rock. Un musicien rock ça peut s’amuser jusqu’au bout. C’est ce que je veux faire. C’est Maxime qui s’occupe de la composition, du son…

Maxime : On voudrait que Nikki n’ait plus qu’à faire le show. On ne devrait même pas répéter avec lui. On n’a pas de problème d’égo.

Niki : Les Stooges et les Stones marchent comme ça. Quand Count Basie joue avec Sinatra il ne la ramène pas beaucoup, pourtant tout le monde sait qu’il est au piano et que c’est lui qui tient tout.

Vous avez envoyé vos condoléances à Iggy ?

Maxime: On lui a écrit des lettres. On est allé le voir chanter du jazz dans une émission de télé. Il a repris Les feuilles mortes, Ne me quitte pas… Le deuxième jour on s’est incrusté backstage, on a passé la journée à regarder ses balances. Mais impossible de lui parler. C’est une star immense. Même Antoine de Caunes a fait la queue pour lui serrer la main.

Son goût récent pour la culture française, vous croyez que ça date de son concert avec vous ?

Niki : Pas du tout mais je le comprends très bien. J’ai vu Juliette Gréco avec ma petite amie dans une salle miteuse à Roubaix. La fille arrive à 80 ans sur scène, elle chante J’arrive qui est un dialogue avec la mort. Je me suis demandé quel rock star pourrait sortir un truc aussi étripant et dur.

Photo header: Cyprien Lapallus

www.myspace.com/lesbrats  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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