Que Bombay, annoncé comme la sensation du moment, soit si ringardement chiant, on est habitué. Mais que les rédactions, abreuvées de passéisme décomplexé, en viennent à aimer une resucée de la décennie précédente s'avère aussi prometteur qu'une épidémie de sida dans un internat de lycée privé.

Comment peut on vivre avec les yeux vissés aux lacets de ses pompes ? Comment peut on autant ne pas voir le temps défiler ? Se croire en 2005 dix ans après ? Comment un groupe, encore jeune dans ses artères et qui n’en est qu’à son deuxième album (après déjà un remaniement de line-up et de nom, c’est dire les raccommodages en cours), peut-il autant autant être empêtré dans les Klaxons, MGMT, Yeasayer et autre putasserie néo-post-pop-psyché-garage de la décennie passée ? Une basse rondouillarde et pataude. Une guitare plus trempée de réverb que les cheveux englués de gel effet-mouillé d’un adolescent incapable de trouver comment se coiffer. Une voix geignarde enregistrée dans un placard à écho d’où elle n’aurait jamais du sortir. Et surtout, tout cela a déjà été fait. Dix fois. Cent fois. Cinq décennies.

Regarder en arrière est encore plus rarement enrichissant quand on se contente de mater son propre cul. Défendre un tel album est un acte aussi courageux que de rechercher son ex sur des réseaux sociaux. Et surtout, cela dénote d’un manque cruel d’initiative.

Les communiqués de presse ne cessent de nous rappeler que ce quatuor est néerlandais ; est-ce pour faire excuser l’indigence cognitive de ces habitués du coffea-shop ? On tient peut être avec Show your teeth le meilleur argument pour inciter les ados à lâcher le oinj et se mettre à la boxe. Là au moins ils auraient autre chose à présenter que leurs dents cariées par les sucreries, de belles lésions sur les gencives et des failles dans la faïence, les marques de ceux qui ravalent les coups d’avoir été là trop tôt, et mordent la ceinture pour endurer la douleur de faire ce que d’autres n’auraient pas le courage de faire. Non là, on se contente de tordre mollement du cul en rappelant à tous ses copains qu’on a toujours aimé les White Stripes, mais attention hein j’écoute aussi Thee Oh Sees et tu savais que Metronomy était fan des Beach Boys. Le tout en portant des baskets en toile blanche quand même pour ne pas dénoter de la mode en place. Le goût de la flotte; celle oubliée toute la semaine sur la plan de travail.

Fly(tox) me to the (s)top

Comme tous les produits formatés pour une époque triste où il est plus rassurant de regarder la photo dans son portefeuille, l’album marchera bien et nul doute que Bombay inondera sous peu les festivals comme tous ceux qui, avant lui, avaient le profil pour faire une couv du NME. Avant de disparaître par le trou du siphon, comme toute diarrhée laissant des traces de son passage. Bien sûr, on retrouvera quelques titres dans les playlists de vos abonnements streaming avant de tout perdre au prochain revirement de mode. Le temps épargnera quelques clips assez créatifs démontrant combien le label avait à cœur de profiter de cette tête de gondole hollandaise, mais côté musique, une seule certitude : refaire en 2016 ce que même Segall s’applique à déconstruire depuis 10 ans est aussi passionnant que l’attente d’un renouveau émanant des Strokes. Maintenant qu’on est tous englués à une décennie tue-mouche, il faudra bien se résoudre à gazer les années 00.

Pendant ce temps là, Patrick Carney, plutôt les jambes que la tête des Black Keys, a réussi avec un bête Roland Jupiter-4 à pondre le titre le plus prenant et intelligent de la décennie avec le générique de BoJack Horseman.

La moitié du meilleur groupe garage de 2000 à 2010 a pris un synthé (comme tout le monde) mais n’a pas pondu une goutte de nu-synthépop. Une basse subtile au groove, un son surprenant et rétro-malin en toile de fond, un saxo jamais dégoulinant qui crève la toile entre les années excitantes du jazz et les 70s langoureuses de Bowie et le Roxy, un drum beat qui brille par sa discrétion et transparaît à chaque variation, un trip lancinant qui ne fait pas mal la tête mais t’arrache à la pesanteur… N’en jetez plus, j’arrête le bombay’rdement. N’empêche que quitte à faire du psyché, voilà à quoi 2016 devrait ressembler. Si vous êtes une gazette, un blog, ou un festival, vous allez adorer dire que ce groupe est « réjouissant », « imparable », « affolant »… Sinon, vous pouvez aller vous lavez les mains. Vous venez d’écraser un gros moucheron.

Bombay // Show Your Teeth // V2
http://www.bombaybombaybombay.com/

  •  
  •  
  •  
  •  

5 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.