A la manière d’une belle robe de mariée, le dernier EP de Blind Digital Citizen est habillé tout en tension. Un terme souvent galvaudé qui peine à cacher le fait que la mariée du jour est loin d’être une vierge immaculée. Robe rouge couleur foutre, l’EP « Ravi » renvoie surtout à la crèche. Ou pour être précis : à l’adolescence fiévreuse et prolongée de ces enfants de l’ère digitale.

On entendra certainement dire, à la fois par réflexe et par bêtise, que ces Blind Citizens sont des prophètes, que « Ravi » est un manifeste et tout ce blabla de journaliste triquard… C’est faux. « Ravi » n’est pas un manifeste, c’est un constat triste et désabusé, une invitation ambiguë certes, mais pas plus que ne l’est notre époque.

Transe hybride, métaphore sexuelle de 5 minutes, le morceau éponyme brille par sa capacité organique à commander au corps de délaisser l’esprit. Voici l’électrocardiogramme d’une pulsation disco-anale. « Ravi que ça vous plaise », nous tance la voix du chanteur. Le morceau Ravi intrigue, la danse n’y est plus cette libération frénétique des sens, elle perd son caractère cathartique pour se muer en une traumatisante pantomime du désir inassouvi. L’érotisme invoqué par les Blind Digital Citizen est un érotisme macabre, à la fois violent et désabusé. Cette danse désarticulée à laquelle ils nous invitent, c’est celle de l’inachèvement, de l’éternelle frustration : celle d’un enfant de l’an 2000 au cœur gonflé de végétaline.

Perdu dans un état quasi létal : celui de l’attente, du presque et du peut-être, le corps implose et la voix éructe : « c’est quand que ça vient, c’est quand la fin, c’est quand qu’on baise » ? Trois questions, une seule réponse : jamais. Incapable de jouir, le corps est une enveloppe vide, spasmodique et ridicule. Mais comme souvent le ridicule et le sublime sont aussi concomitants. Du porno-dancer footeux de Ravi au « formidable insecte qui déambule sur la lampe » de Ferme les yeux il n’y a qu’une nuance que le groupe caresse avec succès. Deux atmosphères, deux manières de dire qu’aucun de nous n’est, à cet instant, véritablement vivant. On pense à beaucoup de groupes dont vous connaissez tellement les noms que je vais éviter de les citer, mais Blind Digital plus que les autres tient sa force de son évocation du « vide » – ce fil tendu entre le désir et son accomplissement, de cet impalpable malaise qui caractérise notre génération. Cependant à la fuite ou la révolte (celle prônée par les imbuvables Fauve par exemple) le groupe choisit l’abandon sous toutes ses formes. Il fallait être aveuglement conscient pour faire de la danse le symptôme d’un mal presque inconnu et d’une berceuse, une injection de penthotal… « Ferme les yeux c’est la vie qui commence ».

Blind Digital Citizen // EP Ravi // Disques Entreprise
https://soundcloud.com/blinddigitalcitizen

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