Rarement, dans l’histoire de la musique classable par genres ou lettres alphabétiques, un groupe aura fait autant tomber de perruques d’historiens, tous plaqués en position fœtal en écoutant le nouvel album de ces Finlandais qui ne semblent reculer devant rien, ni Satan, ni le ridicule. Quelque part entre l’apocalypse synthétique de Saint-Jean et la B.O. d’un film de guerre de Francis Ford Coppola où des soldats en doudoune noir bombarderaient l’Italie des années 80 avec des disques de Mayhem, « 6 » sonne comme une rocambolesque torgnole.

C’est une question comme ça, mais quelqu’un a-t-il déjà pensé à faire un procès au fils de John Carpenter ? Cody, de son prénom, ne mériterait-il pas d’être inculpé d’abus de vieillesse sur son père, pour toutes les atrocités qu’il lui fait actuellement enregistré ? Alors que John, le patriarche de 72 ans, semble enfin prêt à jouer le rôle d’un zombie dans la saison 45 de The Walking Dead, on attend le troisième volume des « Lost Themes » réunissant les Carpenter père et fils (on dirait le nom d’une boucherie lilloise) pour février prochain. Imaginez un tube de dentifrice pressé jusqu’à la moelle par un mutant sans canine, et vous obtiendrez une vision assez juste de ce qu’est devenue la musique de John Carpenter sans images : une monstruosité gériatrique où même les démonstrateurs de synthés Yamaha crient à l’aide.

Pourquoi évoquer le vieux moustachu à propos d’un groupe finlandais actif depuis pile 20 ans ? Parce que le nouvel album de Pharaoh Overlord est exactement l’opposé : en secouant toutes les boules (EBM, black metal, disco, synth-rock, stoner) dans un même panier, Tomi Leppänen et Jussi Lehtisalo tirent le bon numéro, le seul auquel on n’ait jusque là pas pensé. La biographie parle d’un mariage forcé entre Giorgio Moroder et Mayhem, et cinq heures penché sur la question n’ont pas permis de trouver meilleur raccourci. Mais attention : l’album « 6 », c’est un peu comme rouler à scooter avec Gérard Depardieu un samedi à 14H00 ; il faut s’accrocher.

Trop de tout, tout le temps

Prenez une biscotte, tartinez-là de Nutella d’un côté, de jambon de l’autre, enjolivez le tout avec une bombe de crème chantilly, le tout saupoudré d’une plaquette de beurre breton ; voici la recette, vomitive pour certains, de ce disque où le seul choix responsable qui ait été fait, c’est de ne pas en faire. La piste d’ouverture, Path Eternal ? C’est le synthé du Thriller de Michael Jackson plaqué sur une voix venue des limbes d’un roman de H. P. Lovecraft ; c’est le chanteur de Cannibal Corpse mesurant six mètres de haut brisant une discothèque milanaise en 1982. Ce n’est que le début.

Dans un monde où le moindre poil pubien qui dépasse vous condamne à la prison, et où chaque décision mineure s’apparente à une prise de risque, Pharaoh Overlord détonne. Et ça, c’est le moins qu’on puisse dire. Hommage à John Carpenter quand il arrivait encore à toucher les notes de son clavier, Without Song All Will Perish (« Sans un bon album vous allez tous crever », pour résumer vulgairement le message adressé à tous les névropathes compulsifs qui écoutent encore Taylor Swift sérieusement) entraine littéralement dans une fête foraine qui aurait mal tourné avec de la disco passée sur un manège géré par William Friedkin ; le premier à choper la croix renversée gagne un tour gratuit… est-ce ABBA avec les lettres à l’envers ? Une version complètement niquée du doom, et où les musiciens seraient tous fringués en rose à se faire des touchers rectaux pendant que le chanteur éviscère une brebis sur le devant de scène ? Mais putain, qu’est-ce c’est ? Et surtout : combien sommes-nous en France à estimer que rien en 2020 n’égalera « 6 » niveau génie du mauvais goût ?

Phil Collins vs Laibach

Ecrit à distance en plein cauchemar SF (une pandémie ayant obligé l’Humanité à vivre cloitrée pendant 6 mois et Patrick Bruel à donner des concerts en livestream), ce disque in the middle of the fucking road repousse toutes les limites du soutenable, et l’on ne serait pas surpris que les Américains l’utilisent un jour pour faire péter la cervelle de futurs prisonniers à l’intérieur de bases secrètes. Il y a là les riffs de synthés les plus putes des années 80, des points de comparaison avec l’autre seul groupe capable de fusionner ridicule et talent (Laibach) et tous les codes détournés de la musique rock dite « sérieuse » (metal avec l’adjectif que vous voulez devant). Franchement, on souhaite bien du courage à ceux qui souhaiteront, après ça, faire repousser l’herbe sur ce qui ressemble à un dancefloor passé au napalm. Espérons simplement que John Carpenter soit enterré juste en dessous; c’est la musique idéale pour son futur enterrement.

Pharaoh Overlord // 6 // Rocket Recordings
https://pharaohoverlord.bandcamp.com/album/6

4 commentaires

  1. Et pourquoi pas de la musique quawwali mélangée à de l’afro-trap et jouée par un orchestre bavarois ?
    Je lance dès a présent le concours du cocktail le plus original.
    Le vainqueur gagnera ses places pour l’édition fantôme des Transmusicales 2021.

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