Le nouveau millénaire a révélé qu’il était bien plus facile de donner son avis sur la musique que sur tout autre art, qu’il s’agisse de cinéma, de littérature et, pourquoi pas même, de poésie chinoise.

L’une des raisons évidentes de la prolifération de ces prescripteurs du soir tient au fait que, contrairement à un film d’Eisenstein ou même à un roman de Marc Levy, le temps de cerveau disponible n’est que bien trop rarement mobilisé par l’écoute d’un album. La sortie du deuxième LP de Birdpen ne contredit d’ailleurs pas cette règle ; l’auditeur pourrait écouter « Global Lows » en sortant son chien, en classant ses factures, voire même en écrasant des piétons avec son 4X4, qu’il arriverait peu ou prou aux mêmes conclusions : on ne fait jamais un cheval de course avec un cheval de trait, et pas besoin de s’astiquer le manche pendant trois plombes pour comprendre que certains disques s’adressent avant tout aux malentendants.
Avec tout ça, vous comprendrez bien que si la critique musicale est elle-même devenue un art mineur, cet exercice de style est encore plus facile avec un disque médiocre. On ne tire pas sur l’ambulance, okay, mais si cette même ambulance est remplie jusqu’au toit d’empotés incapables de pondre plus de trois accords inédits – et pas entendus mille fois depuis 1984 – on fait quoi ?  Ce n’est donc pas un hasard si même Hegel plaçait la musique en cinquième position dans sa classification des arts majeurs[1]. Et pour en revenir à notre étude de cas – elle-même dépourvue d’intérêt véritable, je vous l’accorde sans mal –, Birdpen est l’exemple même du groupe monté de toutes pièces pour des raisons qu’on ignore encore et qui, de disque en disque, s’avère aussi inutile que – pardon mesdames – la crème antirides. Plutôt que de partir dans un grand laïus scientifique sur les raisons du pourquoi, je vous propose en guise de divertissement une classification subjective des dix raisons qui font de « Global Lows » un mauvais machin qu’on n’écoutera que d’une oreille distraite avant de finalement prendre un somnifère pour tromper l’ennui.

1. Sa pochette. Même pas assez décevante, d’une normalité banale. Un truc à vous faire regretter le temps des compilations Esso. Remarquez qu’avec son ciel gris, cette pochette résume finalement assez bien l’esprit du disque. C’est beau comme un dimanche à Dunkerque.

2. Birdpen, c’est avant tout David Penney, chanteur d’Archive depuis que le groupe anglais a cessé de sortir des disques potables[2]. Et franchement, entre nous, qui se soucie encore de ce groupe d’alcooliques plus très anonymes depuis que leur nom évoque davantage une Corona de fin de soirée entre dépressifs plutôt qu’un trio vaguement marquant des années 90 ? Parler d’Archive en 2012, c’est comme les couvertures de magazines avec Pete Doherty : ça ne sert absolument plus à RIEN.

3. Bref résumé de la chanson d’ouverture, No Escape : une lente montée monosyllabique soutenue par un « no escape » (comme c’est original) chanté d’un ton moyennement convaincu et répété à l’infini avec une empilade d’instruments reprenant la même mélodie (quatre notes). Ça me fait le même effet qu’un convive débarquant à un dîner en ville fringué en pyjama, c’est un peu fainéant.

4. L’enchaînement du titre « violemment engagé » (no escape, quoi) avec une ballade romantique (Nature Regulate) pour calmer tout le monde. Non content de débarquer en pyjama, voilà que David Penny arrive en plus les mains vides.

5. Quelque part c’est un exploit, mais « Global Lows » est un disque sans refrains. Remarquez, faut quand même un certain courage pour oser, mais c’est aussi un gain de temps ; on sort de l’écoute aussi vierge qu’on y est entré. Disque parfait pour une soirée chips entre comptables.

6. Dans ses « climax », le deuxième album de Birdpen essaie tant bien que mal de pasticher la pop de Coldplay avec du sirupeux mainstream capable de faire vibrer toutes les adolescentes obèses encore scotchées au poste de radio, à fantasmer un petit copain qui n’existe pas. Outre le fait que l’histoire ait prouvé à quel point Chris Martin était une icône de seconde main, il faut tout de même un certain culot pour oser croire l’espace d’un instant – ou d’une chanson, ce qui dans le cas de Birdpen revient un peu au même – qu’on pourra atteindre la cime des charts avec un groupe de mr nobody tel que Birdpen. Mais comme le dit la piste 6, peu importe de savoir qui sert la soupe, only the names change.

7. L’écoute prolongée du disque – qui devrait être prescrite à Guantanamo et dans toutes les prisons, mais passons – dégouline d’autosatisfaction. On imagine la tête satisfaite du producteur persuadé, sur le dernier accord de guitare claire de l’outro de Mule, de tenir là un « putain de single qui va casser la baraque », quelque chose qui lui permettrait d’accélérer le remboursement des traites de sa baraque au fin fond du Sussex. Un peu comme si George Martin s’était mis en tête de faire du pognon en reprenant en main la carrière d’Aerosmith. Voyez à quel point tout cela est ridicule.

8. N’oublions pas les paroles. D’une crétinerie abyssale comme on n’en a pas entendu depuis la séparation des Take That. Ne me demandez pas quelle est la ligne directrice ce disque, il n’y en a vraisemblablement aucune. Excepté peut-être l’amour, l’abandon, le désespoir d’être seul, et peut-être aussi le ciel gris qui plane au-dessus de nos têtes lorsqu’on est tout triste d’avoir reçu son tiers prévisionnel et qu’on n’a pas d’argent sur son compte. Sad stories, quoi.

9. Comme avec tous ces groupes incapables de distinguer un do dièse d’un ré bémol – attention il y a un piège, on trouve aux manettes un producteur/chirurgien vaguement connu ayant déjà travaillé sur le faciès de groupes eux-mêmes vaguement connus. Je vous le donne en mille, Birdpen rentre aussi dans cette catégorie. À la console c’est Jim Spencer, un type ayant produit New Order, Oasis, The Horrors, Johnny Marr ou encore… The Charlatans. Comme quoi, on boucle finalement la boucle. Inutile de vous dire que la moitié de la blogosphère a déjà retweeté l’info sans même se demander si c’était vraiment la peine d’user l’encre d’Internet pour relayer une info aussi (in)dé(lé)bile.

10. Bien difficile de trouver une dixième raison pour éviter  l’écoute de ce pénible disque. Et c’est quelque part le meilleur argument pour vous en dissuader : « Global Lows, un disque pour lequel on n’arrive même pas à trouver une dixième bonne raison de ne pas l’écouter. » Notez que le bon goût étant la chose du monde la mieux partagée, tout est question de point de vue. La meilleure preuve de ce syllogisme indie pop, c’est encore la formidable déclaration du groupe à propos de son propre disque : « [Global Lows] c’est comme assister à la fin du monde avec le sourire. » On ne saurait dire qui de l’apocalypse ou du rictus est le plus flippant dans cette déclaration.

Birdpen // Global Lows // Last Exit Records (sortie le 5 juin)
http://www.birdpen.com/


[1] L’idée lui était venue en rédigeant des notes pour ses étudiants. Ces mêmes notes furent retrouvées après sa mort dans un « livre esthétique » qui résumait selon lui le lien entre l’art et le monde. En première position on trouve l’architecture, suivie par la sculpture, la peinture, la danse, puis seulement après la musique. Ce qui revient à penser que le philosophe préférait danser qu’écouter des mélodies ; bref, c’est quand même n’importe quoi cette classification.

[2] Si tant est qu’il en ait livré un jour. Pour le bureau des suppliques, merci de vous adresser à jemefousdetonavis@gonzai.com

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25 commentaires

  1. En réponse à votre article concernant “Birdpen”, je vous rappelle votre définition de ce qu’est Gonzaï : “Gonzaï est un E-Magazine culturel qui pratique l’art de connaître beaucoup sur peu de choses. Car dans un monde globalisant et réducteur, seul le détail compte”. Alors là vous faites fort les français. Quand ce n’est pas de la prose à la Fersen ou Thiéfaine, ça ne va pas!!!! je vous reconnais bien là. Vous n’avez rien compris les gars. Je vous rappelle que votre compatriote J.L.Murat écrit ses textes sur une suite de mots dont la musicalité lui plait et ne cherche pas le sens profond d’un message à la “mord moi le noeud”.

    Pour ce qui est de votre connaissance du beaucoup sur peu de chose, envoyez moi un message si vous désirez connaitre la définition du rock progressif…… Vous ne connaissez pas visiblement.

    Je ne savais pas non plus qu’on estimait la qualité musicale d’un morceau à sa difficulté de placer les doigts sur une Fender……. J’ai quelques exemples qui prouvent le contraire !!!!

    Enfin, je respecte les choix musicaux de chacun, pourvu que la musique soit un bonheur pour chacun, j’ai un fils “metalleux”, l’autre est fan des “Subs”, mon épouse écoute en boucle Keith Jarret…… Apparament vous ne faites que de l’analyse au premier degré, mais la capacité de recul dans l’analyse musicale ne vous étouffe pas, J’aime pas donc c’est mauvais ! !!!!. Je vous suggere d’aller voir Birdpen en concert et vous comprendrez l’univers, l’ambiance et l’energie (hé oui) de ce collectif.Après vous pourrez écrire une feuille de ch… je voulais dire une analyse. Merci . Etienne

  2. Dès les premières lignes, je décroche, j’ai plus envie de lire tellement tu radotes… Si ce disque est pour malentendant et qu’il ne t’a pas traversé, don’t acte, n’en parle pas… C’est vrai qu’il est pas mortel, le cul qu’il est entre Simple Minds et Radiohead de Prisunic et que ce genre de pop-rock humanisto-épique sent un peu l’esbroufe et le réchauffé, mais bon, si ce n’est pas révolutionnaire, ni branché ni avant-gardiste, il y a quand même là un peu d’âme et de mélodie pour qui cherche, à l’abri d’autres facteurs (cheval ?), un peu d’âme et de mélodie.

    Sylvain
    http://www.parlhot.com

  3. @ Sylvain Fesson: A ne lire que si c’est toi qui signe l’article ! : Merci pour le radotage, Moi j’ai pris le temps de lire tes 9 commandements avant de te répondre… tu radotes également….. Allez, je n’essaie pas de te convaincre que Birdpen est bon mais de grâce, si tu te prétends être critique, aies un peu d’ouverture d’esprit style révolutionnaire , branché , avant gardiste non humanisto-épique post simple minds et radiohead ( en français dans le texte signé Sylvain) …….. Etienne

  4. @ Sylvain Fesson: Si tu t’adresses à l’auteur de l’article, alors 1000 excuses pour ma premiere intervention. Etienne

  5. Cher amis,

    il me semble que vous avez trouvé dans la médiocrité de ce papier au moins une raison de vous réjouir: vous venez de fonder une communauté d’esprits acquis à la cause de Birdpen !
    C’est votre droit le plus respectable, et considérons qu’au moins vous n’aurez pas perdu 5 minutes précieuses de votre temps pour rien.

    Je ne vais pas ici refaire l’histoire de Gonzaï ni vous rappeler qu’excès, mauvaise foi et humour déplacé sont l’ADN même du site depuis 5 ans. Pas la peine, ça vous l’aviez déjà compris (pas vrai?)

    Ceci étant dit, je trouve beaucoup plus inquiétant qu’on puisse encore me servir sur un plat (tiède) l’argument du “quand on n’aime pas on n’en parle pas”. J’ai déjà mille fois entendu cet argument, il m’a toujours été servi par des pantouflards incapables de trancher entre deux couleurs, deux avis, deux émotions contraires, comme si finalement tout se valait et qu’au final on devait se censurer dès lors qu’on n’aimait pas. C’est très problématique cette attitude désinvolte:

    1. c’est à mon avis ce qui fait que le web est devenu un supermarché à communiqué de presse où tout le monde recopie sagement l’avis de l’autre.

    2. pire que ça, cela entraine une sorte de dictature du passable où ne sont chroniqués que des disques supposément géniaux parce que les mêmes rédacteurs évitent soigneusement d’avoir à dire du mal d’un truc qu’ils n’aiment pas. Ca nous donne toute une palanquée de “disques sympas” qui terminent en général rapidement leur vie dans un bac à solde.

    3. enfin cela fausse la réalité de l’industrie du disque , qui ne sort pourtant pas de grands chefs d’oeuvre tous les quatre matins. Si désormais tout se vaut, alors plus rien n’a de valeur. Partant de ce principe, je préfère parfois démonter un disque (qui le mérite selon moi, car ce n’est jamais un acharnement gratuit) plutôt que de l’ignorer d’un revers de manche.

    Loin d’être pour autant un Zorro du rock parti en croisade pour la veuve et l’orphelin, je vous laisse ici sur une note d’espoir: cet article ne changera ni vos vies ni celle de Birdpen.

    Ah et sinon Archive vient d’annoncer la sortie d’un nouvel album pour le 27 aout. Sortez le grill et lustrez le break, ça va swinguer.

  6. @Philippe: César garde ses lauriers donc c’est toi PRESIDENT ! en plus je ne m’appelle pas Brutus;-) Amitiés et vivement le prochain concert de Robin Foster (featering Dave Pen) à Bruxelles.

  7. @ BSTR: Décrit comme cela, cela passe mieux !!!! En tout cas, cela aura eu le mérite de susciter le débat !!!! Mon épouse , en rentrant du boulot m’a dit ” tu as des yeux grands comme des billes, calme toi mon cheri !!!! Merci les gars !!!! Allez je vais me reposer avant la prochaine tournée d’archive !!! Polard, On arrive !!!

  8. Bester, je ne souscris bien évidemment pas à ton argumentaire. Je le trouve totalement à côté de la plaque. De pur mauvaise foi. Ne t’es-tu jamais dit que ta mauvaise foi de rock-critic pouvait devenir un truc fake et caricatural qui encrasse lui aussi les tuyaux ? Et que si un disque que tu n’as vraiment écouté ne te plait pas qu’à la limite un twit pouvait suffire ?

    Sylvain
    http://www.parlhot.com

  9. C’est marrant. Dès fois je me dis que tu serais heureux chez Chronicart…

    A force de se dire qu’on pourrait chroniquer par tweet – je me fais la réflexion tous les jours en écoutant certains disques – on finit par ne plus parler de rien.

  10. Bah non justement, je me suis toujours dit que dans un truc comme Chronicart ou Magic je servirai moins qu’ici, où, incarnant une sorte de minorité, du coup je fais sens (du moins essaie !) à ma façon (relou sans doute !), tu vois ? 😉
    A force de tweeter pour dézinguer la merde et se concentrer sur l’essentiel, ce qui plait vraiment (et plein de trucs valent le coup), on fini par parler enfin, faire jaillir ce qui est dur et dure, sans nourrir l’éternelle spirale du commentaire de commentaire de commentaire de commentaire…

    Sylvain
    http://www.parlhot.com

  11. Superbe la pochette du dernier M pokora .
    Et en plus , il passe en pub sur TF1 !!
    J’ai donc pu écouter le cd en regardant cette grande chaine de TV.

    C’est comme cela que je juge la qualité d’un disque !! L’image de la pochette .

    En plus , les musiciens y jouent bien !!

    S Z
    Eleve en classe primaire à l’école Jean Jaures de Dunkerque !!

    PS : j’ecris aussi des critiques dans le journal de l’école .
    Vu le niveau , je peux peut être vous envoyer mes articles .

  12. Vous écrivez pas mal pour un élève de primaire. Bien volontiers pour l’envoi de vos papiers, on les lira avec grand plaisir entre deux parties de ping pong.

  13. Commence par assister à l’un de leurs concerts… après ça, tu pourras te permettre d’émettre un avis !! MERCI. Bye
    I AM ONLY EMILIE

  14. @bester: dis moi à quelle heure les funérailles, pour les fleurs…..
    Tu as raison, ne viens pas voir Dave Pen en concert, il y aura plus de places devant.
    A propos, j’ai été voir Robin Foster ( featuring Dave Pen) à Bxl vendredi passé……. Pour un incapable, Dave est quand même sur 3 projets à la fois, 3 univers différents, un même talent… Décidément on ne sera jamais d’accord, tant pis pour toi…;-) tant mieux pour moi !!!!!

  15. Moi j ai écouté et me suis même déplacée pour voir BirdPen sur scène, l’entrée c’était 10 euros, et pourtant c est pas n’importe qui tout de même. Heureusement qu’il y a encore des gens en ce monde pour croire aux Vrais groupes et qui les soutiennent. Ils jouent ce soir sur Paris pour la sortie de leur nouvel album, concert gratuit, pour un groupe d une si grande qualité au lieu d’écrire vos papiers minables pour détruire une perle, bougez plutôt vos fesses pour aller les voir.

  16. Je serais aussi court que vous avez été inter…MINABLE.

    Birdpen est bien le petit frère (très)doué d’Archive, un des + grands groupes actuels. Ecoutez leur dernier album et vous comprendrez votre bêtise!
    Snake P

  17. Je lis ça 3 ans plus tard, je tombe par hasard sur ce site et m’intéresse à ce que les gens pensent alors je lis. Et ô grande surprise, je me marre, cet article est vraiment très très drôle.

    Incroyable comme sont vomies des critiques de bien pensants se tapant des triques à descendre des artistes. Dégueuler des reproches sur un groupe en laissant un arrière goût de “quoiqu’ils fassent ça restera de la mer**” n’a RIEN d’une critique constructive, mais en effet cela devient vraiment à la portée de tout le monde se déclarer critique, MERCI de nous le prouver!

    Vadiou le nombre de sites comme ça où les gens viennent se sentir exister à déblatérer des conneries (comment ça c’est ce que je suis en train de faire? :D).

    Bon… tout de même… un grand merci à l’auteur de cet article pour les quelques minutes de poilade intense qu’il m’a procurées. Oh pour info, je ne saurai même plus dire ce qui m’a amenée ici mais je ne suis pas fan d’Archive ni de Birdpen ; toutefois je ne vais pas leur vomir dessus et par là également sur les gens qui apprécient ce qu’ils font. Alors peut-être un complexe? un manque à combler? trop de zizi panpan? Élitistes un jour … en tout cas pétez un coup les mecs et sortez-moi ce bon gros balai 😀

  18. Mdr la critique complètement à chier. Faut être crédible et avoir bon goût en musique avant de s’improviser critique expert avec une plume forcée. On se décrasse les oreilles cher monsieur.

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