Dans la famille des « que sont-ils devenus », il n’y a pas que les victimes de Guy Georges, les anciens gagnants de la Nouvelle Star ou encore Dennis Wilson (spoiler : il est mort), il y a aussi BC Camplight, petit génie maudit de la pop de retour plus de dix ans après « Blink of a Nihilist », disque de Sunshine Pop d’environ 53 personnes en France.

Au premier coup d’œil, la pochette de « Deportation Blues » ressemble à un mauvais film noir. A peu près tout l’inverse de ce qu’on trouve à l’intérieur, et pourtant en regardant le résumé de la vie de Brian Christinzio (B.C. pour les intimes) sur la dernière décennie, c’est tout sauf un film rose. Flashback, enclenchement des pédales pour patiner dans la semoule : en 2007 sort « Blink of a Nihilist », un album à la pochette plus rose (enfin, plus verte) promis à un bel espoir. Les harmonies beachboysiennes sont déjà là, il y a même déjà un petit tube pour peux que vous puissiez être retourné par une orchestration californienne. Ca s’appelait Lord, I’ve been on fire. Mais la crise boursière de 2007 ruine le projet mondial de BC Camplight qui retourne tout modestement cuire ses chansons au micro-ondes. On vous parle de la crise et de Lehman Brothers parce qu’en fait, on ne voit toujours pas de meilleures explications pour expliquer un tel gadin.

Cinq ans plus tard, on retrouve l’Américain exilé en Angleterre, parce qu’après tout hein, les cordonniers mal chaussés peuvent toujours espérer trouver pointure plus grande chez le voisin. Là encore, pas de bol. Alors que Bella Union annonce la sortie en 2015 de son nouveau disque (« How to Die in the North », bien nommé quand on sait la suite), B.C. est foutu dehors par la Reine Elizabeth pour une histoire de visa qui l’empêchera de tourner avec son groupe et, pas accessoirement du tout, de se produire chez le mythique Jools Holland. Conséquence de quoi, vous n’avez jamais entendu parler de cet album sacrifié sur la place Pas de bol.

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C’est là que ça devient drôle. Quelques années plus tôt, BC Camplight, pas mauvais perdant, s’est embarqué avec War On Drugs en tant que pianiste. Mais alors qu’Adam Granduciel a réussi à empapaouter la critique (nous y compris) avec un seul titre (le génial Under the pressure, mi Roxy Music mi Dylan), B.C. réussit à livrer en 2018 un total de 9 chansons compactes qui se tiennent – comme toutes les victimes de Guy Georges – par la main. Certains trouveront la débauche d’idées et de digressions harmoniques absolument insupportables, les autres repasseront le titre d’ouverture de « Deportation blues » jusqu’à user le parquet du disque dur. Quatre minutes et quarante quatre secondes, trois variations, des poussées dans les aiguës à la Mark Hollis ou Polnareff (celui de 1971) ; bref, c’est deux salles deux ambiances comme on dit à Brian-Wilson-les-Bains. C’est là qu’il faut creuser. Ce quatrième album n’est pas qu’un condensé de « bêtes sounds » pastichant les surfeurs consanguins.

En général, quand un artiste les Beachs comme l’une de ses influences, c’est un banquier livrant un album obsessionnel joué au xylophone peinant à couvrir de mauvais chœurs cachés par le bruit du ventilateur. Sur « Deportation Blues », c’est tout le vieux savoir-faire des années 60 qui remonte à la surface (qui a dit « comme le corps de Dennis Wilson ? ») et avec lui, assez d’instruments et d’orchestration pour renvoyer les pros du Protools en division 3. Vous avez bien évidemment le droit de trouver le résultat all too much, puis de renfourner « Surf’s Up » des Beach Boys (grand disque, soit dit en passant) en regardant avec nostalgie le calendrier jauni de l’an 1968, mais ce serait passer à côté de l’un de ces derniers artisans d’une Amérique innocente chantant ses démons avec le sourire. Un destin funèbre à la Richard Swift ? C’est précisément ce qu’on ne souhaite pas à BC Camplight. Cette fois-ci sera peut-être la bonne pour la consécration, mais en attendant, le gros Brian continue d’être empaillé vivant par des adorateurs portant fièrement leurs goitres. Deux salles, deux ambiances.

BC Camplight // Deportation Blues // Bella Union
http://www.bccamplightmusic.com/

BC est en concert au Point Ephémère le 7 novembre.

4 commentaires

  1. “a réussi à empapaouter la critique (nous y compris) avec un seul titre (le génial (sic…) Under the pressure, mi Roxy Music (ah bon?) mi Dylan (où ça?)”.
    Bester man respect pour gonzai mais tu as parfois de ses errances…

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