La musique en général, le rock en particulier, présente – au moins depuis la création du câble jack - son lot de fables, de mythes et de mythos. Vous en conviendrez, les sagas de nos amis les tarés présentent l’intérêt de fignoler avec soin le produit que tout un chacun gobera gentiment comme un placebo. Et si grâce à ce formidable outil intergénérationnel qu’est Internet, vous avez désormais les mêmes goûts que papa-maman, c’est parce que les légendes ne meurent jamais. Mieux. Car, « le pire avec les légendes c’est que, parfois, elles sont vraies. »

Balthazar est sûrement à ce jour le meilleur groupe belge en activité. Et comme toute formation bénéficiaire de ce genre d’assertion, le génie s’apprécie très souvent dans sa part d’ombre. Comprendre : dans ce que le groupe a dévoilé comme fumisteries.

Il était. Une fois.

A ce qui paraît, Balthazar serait né sur le terreau de l’inimitié. Il était une fois un coin pommé de Flandre – Courtrai – où 2 godelureaux belges, Jinte Deprez et Maarten Devoldere, se tirent la bourre à grands coups d’accords majeurs tandis que quelques badauds jettent mécaniquement des centimes dans l’obole. Disposés face à face, les mecs déjà très pops se livrent une compèt’ sans merci, s’étalonnant sur le nombre d’euros qui tombe dans la casquette. Les doigts saignent. Jusqu’à ce qu’un amour de violoniste, Patricia Vanneste, vienne tout faire copuler, en persuadant les deux dindons de la farce que le pognon, c’est la force. Et qu’à deux en plus, c’est plus facile d’en gagner plus. Balthazar nait comme ça, dans la douleur d’un ménage à trois.

Quelques années plus tard, et après deux albums aussi brillants qu’insaisissables, le groupe désormais flanqué d’un batteur, Christophe Claeys et d’un bassiste, Simon Casier, traine son spleen de rock alternatif flamand dans les meilleures salles du Benelux. C’est donc tout logiquement que Balthazar vient défendre son nouvel opus « Rats » (2012) devant le volatile public du festival des Eurosonics, à Groningen (Pays-Bas, ndlr). Dans le musée de la ville que l’urbanisme bobo-plastique n’a pas épargné, Jinte – petit brun en sweat à capuche – gratte mollement sa guitare, tandis que Maarten – grand blond les mains dans les poches – regarde les anges passer, comme habité par la lassitude d’un surveillant de parking. Bref, on se réunit pour assurer une promo qui ressemble à tout sauf à une fête. Et moi, je commence à attaquer sans pitié sur l’histoire de ce groupe qui sent beaucoup trop les pubs (et le sapin) de Noël.

« A la base, c’était une question de fric », commence Jinte. Maarten, visiblement défoncé à l’Ibuprofène, prend lentement le relais : « On voulait absolument savoir qui avait récolté le plus d’argent à la fin de la journée. Puis Patricia nous a rapprochés. C’est là qu’on a réalisé qu’on était avec la même fille. » A ce moment l’interview vire en une espèce de farce tragi-comique où toutes les réponses seront cachetées du nom de Patricia. La création du groupe ? « Grâce à Patricia ». Les débuts ? « Pour Patricia ». La source d’inspiration des morceaux ? « Patricia ».

About a Girl

Patricia – ça tombe bien – arrive un tantinet essoufflée et se rue sur un plat de pâte au saumon. Inutile de souligner que l’entretien vire à la vanne belge quand Maarten précise, la regardant lascivement, que « maintenant elle a acheté une maison avec le batteur ». Remarque, le concept de la jalousie et du fiel aurait pu être crédible dans la mesure où Balthazar traine sur deux albums un spleen digne des plus belles soirées décoction. Le premier, « Applause » (2010), s’il comporte quelques syncopes enjouées, ravira dans l’ensemble vos repas du dimanche chez la belle-famille. Le deuxième, « Rats », met quant à lui les pieds dans le plaid en jouant, sur 10 morceaux seulement, le délassement du guitariste branché parfaitement bien engagé sur le chemin de la piscine.

Les spleen doctors

Patricia est Wallonne, donc beaucoup plus abordable. A l’issue de sa double penne – son plat de pâte –  je lui raconte la farce, qu’elle est presque passée pour une salope (le mot « slut » a été lâché) et que cette histoire frise le foutage de gueule. Patricia sourit – un bout de saumon entre les dents – et me confirme qu’il y a bien maldonne. « Je ne suis jamais sortie avec ni l’un ni l’autre. Et je pense que c’est un peu faux de dire qu’ils étaient amoureux de moi. » Pourtant, la violoniste explique volontiers qu’étant à l’origine amie avec Maarten, l’idée de soudoyer Jinte l’a traversée puisque ce celui-ci lui envoyait des mots doux. On nage en plein Dallas flamand mais qu’importe, Patricia lâche que « si (elle) n’avait pas été là, Balthazar n’aurait jamais existé. »

395367_10151028570055814_1953201127_nAu départ, et de l’aveu de la jeune fille qui étudie par ailleurs toujours les sciences médicales, les débuts étaient forcément compliqués. « C’est clair que ce n’était pas toujours facile. C’est quand même deux gros caractères qui ne s’appréciaient pas à la base. Mais je crois qu’au fil du temps, ils ont réalisé qu’ils étaient assez complémentaires. » A tel point qu’aujourd’hui, les deux membres qui se partagent le songwriting s’apparentent à une version frites-sauce-andalouse du duo Lennon/ McCartney. Toutes les compositions – à part celles de l’EP « Balthazar » (2006) très candide des tout débuts, dont le groupe renie la paternité – sont estampillées Devoldere/Deprez. « Leur mode de fonctionnement est très classique. Ils composent chacun dans leur coin puis se rassemblent pour ajuster la chanson de l’autre et nous, avec Christophe et Simon, on intervient à la fin », souligne Patricia. Rien de très sorcier. Cela dit, quand on écoute ce qu’il en ressort, les chansons de Balthazar ont de quoi faire pâlir un régiment de groupes britanniques dont les doigts sont bien pris dans la prise du courant alternatif (Breton ?). L’anglais n’est bien évidemment pas leur langue maternelle et pourtant les textes de titres comme Blood Like Wine, (« Applause »), The Man Who Owns The Place ou Lion’s mouth (« Rats »)- où il est question de filles, de chaos et d’amitié – pourrait bien remettre au pupitre de soi-disant dépositaires de la langue de Shakespeare (Django Django ?).

Bref, vous l’aurez compris, peu importe les querelles de cœur et autres bisbilles de backstage, la création se véhicule aussi par le besoin de raconter aux (grands) enfants combien les histoires sont belles quand elles sont bien jouées. En ce moment même, Balthazar est en tournée au Royaume-Uni pour la première fois. Croyez-moi, vu la qualité de leurs concerts en France, le groupe risque d’affoler plus d’un roast-beef. Et si l’on survole la production musicale sur laquelle s’est assise l’île en 2012, on dira que c’est tant mieux.

Balthazar // Rats // PIAS

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