Le petit prince du reggaeton européen, aujourd’hui reconverti dans la police, revient tabasser le rap français à coups de tonfa avec un album en hommage aux forces de l’ordre. Seize morceaux sans bavure ou presque.

Young Jeune, rencontré il y a environ un an à l’occasion d’un 24h Avec pour le Gonzaï 35, m’avait prévenu : « Plus ce que j’écris est débile, plus je suis content de moi« . Eh bien avec Vive le 17 (fuck le 18), il a toutes les raisons d’être satisfait. Plus ou moins connu internationalement pour « Tu m’aimes comme ton Capri-Sun », le tube de l’été 2017, le rappeur a sorti le 22 juillet dernier son premier « vrai » album, après quatre mixtapes : Seul le juge peut me juger, Young Gilet Jaune, D’Ormesson & d’Platine, et L’école Montessori du biberon d’argent.

Histoire d’être complètement transparent, je dois avant tout préciser que c’est Young Jeune qui m’a gentiment ordonné d’écrire cette chronique (en évoquant tantôt un pot-de-vin, tantôt une possible visite de certains de ses « amis de la BAC Nord de Marseille » à mon domicile…). Par chance, Vive le 17 (fuck le 18) s’avère bel et bien être le meilleur projet du rappeur à ce jour. C’est donc avec plaisir et en toute objectivité que j’ai décidé d’obtempérer à l’injonction du brigadier Young Jeune.

 

Déjà parce que l’album, conçu pour être écouté en patrouille, est suffisamment varié pour tourner en boucle à bord d’une Citroën Berlingot bleu-blanc-rouge, d’un fourgon de CRS ou bien d’une Renault Mégane banalisée. Vive le 17 propose en effet autant de la drill avec par exemple le morceau-titre en intro, des bangers avec « HLM » (« Hauts Les Mains » featuring Lil Grégory) que du reggaeton autotuné proche de ses précédentes mixtapes. On y trouve pas mal de sons à la Jul, comme « Pastis World » (une reprise de « Barbie Girl », un morceau déjà remixé par le rappeur marseillais par le passé), « GAV » ou encore « Plus Tony que Sosa » (avec d’ailleurs une menace adressée à Jul : « Sortez vos papiers, pas le cross volé, ou j’te fais faire un vol plané« ).

Mais Young Jeune pousse aussi plus loin son écriture sur des titres davantage mélancoliques. C’est notamment le cas de « Plaquage ventral » (« Macaque j’suis l’bitume avec une plume… et une matraque« ). Sur ce morceau, qui raconte une descente à la colline du crack, certains gimmicks font également penser à Freeze Corleone (« RAF de Françoise Dolto« ), avec des jeux sur la répétition (« Ici ça chiffonne des mineurs, big up aux collègues démineurs« ).

Un album validé par le syndicat Alliance, Synergie-Officiers et la SGP-FO

Avec d’autres sons, plus personnels et introspectifs, on découvre même l’homme derrière le matricule. On peut ainsi citer « Les matons te guettent », une sorte de journal intime de surveillant pénitentiaire (« J’ai un bureau et pas d’barreaux à mes fenêtres / Au moins j’risque rien quand j’fais tomber la savonnette« ), ou bien « 6 du mat’ », un piano-voix qui fait nous vivre une perquisition dans le peau d’un pauvre baceux caillaissé et traité de « barbare nazi » alors qu’il ne fait que son boulot (qui consiste à bastonner un jeune dealer en humiliant sa famille et en défonçant son appartement).

Dans le même genre, impossible de ne pas verser une larme en écoutant Un bon flic : sans doute le titre le mieux écrit, avec des phases comme « Un bon flic est flic mort d’épuisement, qui même bourré peut surveiller la cellule de dégrisement« , « Un bon flic est flic mort de fatigue après avoir tabassé plein de manifestants » ou encore « Un bon flic est un flic mort défoncé avec la drogue sous scellé, qui aime bien « Les Bronzés », mais pas les vrais bronzés, tu connais l’tableau« .

Et si Young Jeune sait montrer son côté lover avec Sirène (« Dans mon cœur t’es un taser, on est des âmes sœurs pas des vieux potes, unis comme des menottes, ne m’demande pas pour qui je vote« ), l’artiste rappelle aussi qu’il peut être un rappeur conscient et engagé sur des sujets de société. Avec RIP DIESEL, YJ n’a ainsi pas peur de prendre position en rendant un hommage touchant à la chienne du Raid abattue lors de l’assaut de Saint-Denis en 2015, après les attentats du 13-Novembre (« Désolé si je pleure, j’te souhaite 72 chiens ge-vier / Tu les mérites bien, et rien pour ces chiens de djihadistes de merde« ).

 

Enfin sur le dernier son, Dernier verre. Gérald, Young Jeune – en faisant référence à des SMS envoyés par Darmanin à une femme qui a depuis porté plainte pour viol – n’hésite pas à se mettre à la place de celui qui est bizarrement toujours ministre de l’Intérieur. Le refrain (« Promis ma grande je vais m’occuper de ton dossier / J’peux faire sauter tes amendes si tu m’laisses te sauter« ) pourrait bien devenir un classique place Beauvau et dans les commissariats français.

On peut aussi saluer un niveau de production plus soigné que sur les précédentes mixtapes. Une qualité sans doute permise par l’énorme pactole amassé auprès des fans de YJ, via une cagnotte Leetchi. A noter enfin le récit poignant qui se cache derrière l’enregistrement du projet, raconté dans le dossier presse de l’artiste : « Après avoir suivi une formation express de 6 mois, Young Jeune a infiltré un commissariat du 2e arrondissement de Paris pendant un an. Et ce qu’il y a vu dépasse l’entendement : insultes quotidiennes, crachats, doigts d’honneur… Young Jeune n’a pas supporté l’irrespect des jeunes vis-à-vis de l’uniforme et a décidé de prendre le micro pour parler des violences anti-policières… mais aussi du reste…« . Après ça, comment oser dire que tout le monde déteste la police ?

Deezer, Spotify, Apple Music, YouTube Music… Politique du chiffre oblige, les 16 morceaux de Vive le 17 (fuck le 18) sont disponibles sur à peu près toutes les plateformes de streaming.

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7 commentaires

  1. Wesh gros
    Viens pas test avec ton flow
    Zarma je suis un flic facho
    Je pilonne à coups de telesco
    ton gros tarma comme Théo

  2. Salut les petits chouchous j’espère que vous allez bien ici il fait beau mais il pleut. J’ai trouvé cet article particulièrement désagréable à lire parce que les lettres sont trop petites en même temps je sais bien que tout est vain dans ce monde c’est pourquoi je n’insisterais pas.
    Je voudrais juste te dire que David Hasselhoff n’est pas mort et que son âme bienveillante est parmi nous comme Lego parmi les Playmobil.
    Avez-vous écouté le dernier disque de François Valérie? Il est très bien parce qu’il n’existe pas.

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