C’est l’histoire d’un garçon fasciné-traumatisé par l’expérience cathodique du Club Dorothée sous LSD et des clips VHS et qui, arrivé dans la trentaine, décide de lâcher les guitares pour replonger son corps tout entier dans les mélodies synthétiques de son enfance. Une histoire générationnelle racontée par Alexis Lumière sur « Invitation », sa première sortie chez Cheptel Records.  

Ces temps-ci, on se moque pas mal de Manuel Valls. Autant pour sa récente interview dans Rock & Folk que pour sa capacité à retourner sa veste en fonction des saisons, tantôt ministre, tantôt espagnol, tantôt consultant pour BFM. Étonnamment, on parle beaucoup moins d’Alexis « Lumière », ce musicien-girouette ayant réussi l’exploit de survivre aux années 2000 avec son groupe de surf-rock des Cavaliers (un temps signé chez Born Bad) puis de ressusciter en professeur de laboratoire dans le groupe éphémère et synthétique Cité Lumière, avant de revenir le septième jour (aujourd’hui, donc) pour un EP en amoureux solitaire, comme disait l’autre, à la fois désuet, léger, sans prétention et malgré tout plus accrocheur que n’importe quel parole de Manu.

« Invitation », puisque c’est son nom – et l’on pourra dire qu’il ne s’est pas foulé pour ça – plonge comme beaucoup d’albums des quinze dernières années dans les mélodies synthétiques des années 80, des Mystérieuses Cités d’or au Rectangle de Jacno, avec un effet de surprise évidemment beaucoup moins dense que lorsque les premiers pionniers de l’aventure Internet décidèrent de se refrotter à ces instruments du futur qu’on appelait claviers. On vous fera ici l’impasse sur le catalogue exact des modèles utilisés pour ces six chansons proustiennes ; il n’empêche que cet EP dégage assez de phéromones pour qui a grandi dans cette décennie magique où l’on pouvait droguer un gosse avec des dessins animés dont la seule qualité était leur génériques. D’autres, comme récemment Gaspard Augé de Justice avec son premier album solo, se sont aussi laissé prendre à ce petit jeu du retour en arrière. A chaque fois, l’objectif reste le même : tenter de capter l’insouciance à jamais perdue, cet instant où trois notes enchainées sur un Casio pouvait débloquer une pièce magique dans le cerveau.

Dans le cas d’Alexis Lumière, et c’est ce qui fait la beauté du projet, le but n’est pas tant la destination finale que le voyage pour y arriver ; chacune des pistes ressemble à une petite Fiat Lux au pays de Dr Slump, avec des sonorités mongolo-futuristes du type Blade Runner produit par AB Production, et c’est autant de petites vignettes sans refrains qui doucement s’imposent dans l’oreille, jusqu’au morceau Peau du léopard – le seul chanté – qui évoque le Daho des années Turboust.

Comme Dondolo avant lui, et plus récemment Forever Pavot et Tiger Tigre, Alexis Lumière ne semble donc pas en avoir fini avec sa psychothérapie. Pas sûr qu’elle lui coute moins cher vu le matériel entreposé dans son salon, mais « Invitation » permet d’y rentrer gratuitement, confortablement. Et le tout dure aussi longtemps qu’un épisode de Dragonball Z.

Alexis Lumière // EP Invitation // Cheptel Records
https://cheptelrecords.bandcamp.com/album/chptl-052-invitation

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