Stereolab, Chantal Goya, Elliott Smith et les Beatles sont sur un radeau. Soudain une grosse vague de second degré fait tomber tout ce beau monde à l’eau. Qui reste-t-il ? Un groupe au nom aussi génialement foutage de gueule que celui de son album, « Potion Vadrouille ». Si vous cherchiez l’objet musical le plus éloigné de tous les standards récemment commercialisés pour le grand public même pas foutu de payer pour manger de la soupe en playlist sur Spotify, ne cherchez plus : vous venez d’atterrir en utopie.

Quand il est question de pop française échouée échappant aux poncifs, il n’est pas rare que les jeunes musiciens pompent sciemment ou pas tout ce que Bertrand Burgalat s’évertue à faire tout seul dans son coin depuis 20 ans. Les autres, une grosse partie dirons-nous, s’amuse quant à elle à chanter faussement comme Julien Gasc d’Aquaserge avec des quarts de ton un peu partout sur la partition pour faire genre « on a fait le Conservatoire », et c’est encore oublié que le groupe toulousain fut repéré avant tout le monde par le patron de Tricatel. Dans l’intervalle, pas grand-chose ; si ce n’est des nostalgiques de Van Dyck Parks rêvant d’enregistrer la version française du « Pet sounds » des Beach Boys pour un résultat souvent plus proche d’une animalerie en feu que d’un disque coquet qu’on pourrait écouter sans bailler maintenant que tout a été dit ou presque dans la langue pop.

C’est là qu’intervient, avec costumes bariolés et tambourins, Attention Le Tapis Prend Feu (ALTPF pour les intimes, sans doute moins de 40 en France métropolitaine). Un PDF de présentation à déclencher une crise chez n’importe quel épileptique, un nom d’album qui aurait pu donner un AVC à Chantal Goya (« Potion Vadrouille ») et un film-album de 50 minutes réalisé sur fond vert atteignant péniblement 300 vues, voilà le programme. Et c’est ainsi qu’au moment de lancer la musique, on est presque pris par un frisson d’angoisse tant le résultat pourrait s’avérer en deçà des non-prétentions de ce duo sorti d’un épisode des Bisounours en salle de shoot.

Quiconque a aimé Strawberry Fields ou Penny Lane des Beatles sait que des générations entières se sont cognés les dents sur une magie impossible à reproduire à l’identique. Trop de perfection à combattre, trop d’efforts à livrer, trop de pression à subir. Dans le cas d’Attention Le Tapis Prend Feu, c’est l’autre sentier qui semble avoir été emprunté. Celui avec un peu plus de cailloux par terre. Oh tiens, un synthé Casio. Ah et là, un jouet du gosse ; ça servira pour le refrain. « Faire de la musique rigolote avec sérieux », c’est un peu l’effet que procure « Potion Vadouille », un disque d’hallucinations débiles certainement produit avec 250 € et qui raconte comme un concept-album l’histoire de Paul Boisclair et Lola Champsombre qui « après avoir mangé des pilules Z se retrouvent voyageurs dans un monde onirique et fantasmé avec des calculatrices et des fleurs humanoïdes romantiques ». Avec pareil pitch, on eut été en droit d’attendre un mauvais remake d’Alice au pays des merveilles par du sous Billy The Kick, et pourtant le rêvé éveillé de Carla Descazals et Martin Mahieu crève clairement l’oreiller avec ce album-livre à faire écouter aux enfants que vous n’avez pas encore.

Le « packaging », si tant est qu’on puisse appeler la pochette comme ça, semble bien montrer à quel point le duo a refusé depuis longtemps de croire à la réalité d’un succès national. Il en résulte quelque chose d’acide et de sucré, en apesanteur, livré tel quel sans aucun discours d’artiste insupportable et avec de vrais grands moments de beauté insouciante, soit presque le total opposé de l’univers de Daniel Johnston – pourtant lui aussi grand fan des Beatles.
Plus étonnant encore, le fait que le disque sorte sur le même label que Tôle Froide et Balladur, deux groupes pas foncièrement connus pour leur capacité à égayer les open space. Arrivé au bout de la 18Ième piste, un peu groggy, on ne s’étonne finalement plus de rien. Des disques comme ce « Potion Vadrouille », pas certain que vous en écoutiez beaucoup en 2021, et pas plus après. Seul point de comparaison peut-être ; l’album « L’art du disque » de Damien publié en 2006.

Bienvenue chez les zinzins, dans le monde où les lapins de Lewis Carroll savent tuer les chasseurs.

Attention Le Tapis Prend Feu // Potion Vadrouille // Ab Records
https://abrecords.bandcamp.com/album/potion-vadrouille

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18 commentaires

  1. Pas mal du tout
    Fait penser à B Fontaine dans l’esprit
    putain ça fait du bien même « si les cafards n’aiment pas ça « et tant pis pour ceux qui n’ont que 20 »de cerveau disponible pour un commentaire à la con

  2. Waou trop belle découverte j’adore c’est le feu. Trop belle énergie pop et beaucoup moins boring que les commentaire des haters, gardez la frite c’est génial !!

  3. Gardez la frite… ah ah ah ah ah aha !!!
    Garde la stache, elle a été inventée pour ton imparfait visage.
    RI-DI-CU-LE !!!

  4. … pendant ce temp-là, People Like Us est en couverture du Wire en Angleterre, et ici … ici … ici … Gonzai vous êtes skyzo franchement ^^

    1. J’ai pas souvenance que Dominique À utilise beaucoup le second degrés ni la folie douce .
      Mais bon, on est spécialiste de ce qu’on peux
      Bonne journée

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