Le rap, c’est comme les jean slims ou les plans sur Tinder : un passage éphémère préfigurant d’un âge plus responsable avec un long tunnel de responsabilités. C’est en synthèse le message adressé par Lomepal sur son nouvel album avec, à l’horizon, des chianteurs de référence comme Voulzy, Souchon et Delpech. Et le pire, c’est que c’est peut-être la meilleure chose qui pouvait arriver à ce rappeur en pleine crise existencielle.

Trente ans, ce n’est pas forcement le pire des âges d’une vie, et même ça arrive aux meilleurs. Je me souviens, ça fait drôle de se voir plus vieux qu’Hendrix, Morrison ou Brian Jones; c’est même le début d’un certain renoncement, on ne pourra même plus crever jeune.
C’est aussi arrivé à Antoine Valentinelli aka Lomepal, 30 ans l’an dernier. Il avait pourtant tout fait pour l’éviter voilà cinq ans avec un accident de bagnole qui aurait pu transformer sa belle gueule en bouillie. Pire encore : En statue de commandeur du chanteur beau gosse mort jeune ad vitam æternam, quelque part entre Claude Francois et Gregory Lemarchal. Marketing mortuaire cheap, reportage sur BFM, hommages chantés et autres trucs dégueulasses qu’on n’aurait même souhaité à son meilleur ennemi.

« Tu la voyais pas comme ca frérot, doucement ta vie t’as mis KO » (Alain Souchon, Le Bagad de Lann Bihouë)

Lomepal semble avoir digéré l’affaire en ruminant dans son coin, façon Dylan post moto crash, sans doute plus mental qu’autre chose. Peut être aussi un peu forcé par le Covid, il s’est retrouvé un peu plus seul, écoutant selon ses interviews beaucoup de vieux disques des Beatles, et A Day in the Life sans doute.
Résultat, le gars qui chantait « Couilles grosses comme un fugu, que c’est dur de réfléchir, tout dans la queue, j’ai plus d’sang dans la tête » a maintenant « envie de planter quelques tomates et de faire du son sans ordi ». J’imagine son état, l’accident, l’isolement peut-être, le besoin se concentrer un peu plus sur sa vie, la fête est finie. Pour passer cette étape, il faut accepter de rentrer dans le moule  : chien, mioches, Sicav, syndic, courses le samedi chez Carrefour, plan de retraite etc. Bref, jusqu’a ce que tu en claques, t’as perdu.

« Pour moi y a longtemps que c’est fini, je comprends plus grand chose aujourd’hui ». (Michel Delpech, Quand j’étais chanteur)


« Mauvais ordre » interroge sur l’intérêt de cette vie d’après 30 ans. Pas grand chose pour Rimbaud ou Syd Barrett bien sûr, mais alors on fait quoi ? Regarder le long terme est une option valable : Aux alentours des 70 ans, on peut espérer avoir vieilli comme le bon vin, être devenu une sorte de monument. La proximité de la mort peut faire jaillir une ultime étincelle miraculeuse (Cash, Bowie). L’ennui c’est qu’on peut aussi finir comme le vinaigre, simplement plus moches, chauves, sourds et potentiellement racistes.
Avant ça, il y a donc cet âge qui ne sert à rien, surtout dans la musique, l’âge moyen. Tenter d’avoir une vie, payer ses factures, le loyer à temps, avoir un partenaire stable, etc. On s’enfonce bel et bien dans une gluante routine qui est certes très profitable pour l’état de ses poumons, son compte en banque et ses cloisons nasales, mais peu pour la créativité, on compte sur les doigts d’une main les musiciens meilleurs à 30, 40 ou 50 ans qu’à 20 ans (pour des centaines d’exemples de disques inaudibles).

Peu à peu le renoncement nous fait changer de gouts, les trucs radicaux commencent à nous faire honte Au hasard d’une visite chez les darons chez qui on passe parfois le week-end, on se découvre une étrange nostalgie pour la musique qu’ils écoutaient, souvent de la variété plus ou moins intello, Gainsbourg, Christophe voire Delpech, compile bleue ou rouge des Beatles etc. On est même un peu étonné au début : ca y est on aime bien la variété.

« Adidas, gants blancs, ho oui tu étais classe, Le roi du smurf, c’était toi l’as des as. » (Doc Gyneco, Classez moi dans la variet)


Lomepal est dans cet entre deux-âges un peu chiant et prévisible, mais il fait le bon choix, celui de la variété. Je n’avais pas écouté tout l’album avant de penser à ça, c’est l’écoute de Tee sortie un peu avant en single qui m’y a fait penser. Le prévisible se vérifie puisque les thèmes que j’ai abordé plus haut se retrouvent dans tout les titres. Déjà dans son dernier album il y a 5 ans, Le vrai moi parlait déjà des darons et de sa copine, Plus de larmes du club des 27 (je ne suis pas Nostradamus).

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Mauvais ordre sent les derniers spasmes du célibataire avant de se caser avec maman,  Le miel et le vinaigre de la résilience,  Hasarder sent franchement la déprime lente, et Maladie Moderne évoque même sans le vouloir Etrange Maladie de Michel xanax Delpech. Etna surprend un tout petit peu plus en mixant des couplets tout en déprime avec un refrain qu’on croirait inspiré par un fantasme du Naples de Saviano dans un mix beatlesque (A day in the Life encore). On se croirait presque à cette époque où la variété française (Dutronc, Polnareff, Gainsbourg) lettrée essayait de mettre ses mots sur autre chose que du jazz rive-gauche après avoir gouté un peu aux Beatles, aux Kinks et aux Stones, histoire de toucher à peu près tout le monde en accouchant de de la variété française TTTTelerama. Ici, le tout est quand même saupoudré de phrasés un peu rap, de sons actuels et d’un ou deux « sa grand mere la pute » histoire de rappeler que 50 ans se sont écoulés quand même.

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C’est ce qui pouvait arriver de mieux à Lomepal : une bonne midlife crisis. Cela donne souvent de bons albums. L’influence Beatles, souvent citée, se retrouve un petit peu dans la richesse harmonique ou rythmique. Les textes suivent la tradition littéraire française de ces vingt dernières années (Carrère, Houellebecq, Ernaud) : on parle tout le temps du grand méchant Moi. Tout est très autobiographique, il y a même un titre notes vocale, Skit it pour être encore un peu plus d’intimiste, même si ce titre fait penser à du Chassol obligé à bosser avec des vocaux de fin de soirée.
Mais ce recentrage  « album introspectif crise de la trentaine » est sans doute son principal défaut. Et l’on pourrait se poser la question:  pourquoi écouter cet album quand on peut écouter Death of a ladies man de Cohen ?
D’abord parce qu’ici le chanteur est vivant. On pourra donc le voir en concert sans hologramme. Et puis il chante en français et c’est souvent très bien écrit. Les punchlines sont très bonnes, dans Auburn ou Tee surtout.

Avec cette crise de la trentaine comme sujet principal et l’inspiration Lennon-McCartney, on peut facilement penser à un héritier moderne de Toto 30 ans rien que du Malheur de Souchon, ou Quand j’étais chanteur de Delpech, piliers de la très bonne variété française.

2 commentaires

  1. Le rap actuel ressemble à un potage tiède et Lomepal, Orelsan et consort c’est les nouilles qui flottent dedans.
    Textes faibles, sans urgence même pas un grain de folie bref pas très exitant.

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