Une chose est sûre, j'ai franchement du mal avec les bô gôsses à qui tout réussit. Alors quand je dois chroniquer la dernière réa

Une chose est sûre, j’ai franchement du mal avec les bô gôsses à qui tout réussit. Alors quand je dois chroniquer la dernière réalisation de Francesco Tristano Schlimé, le pianiste prodige au regard de velours… J’ai comme une envie de vengeance, d’amener cet Aufgang directement à l’échafaud.

Sauf que… Sauf que je n’y arrive pas. Schlimé c’est l’exception qui confirme la règle. Le genre de gars qui plaît à tout le monde et pas qu’aux petites qui tremblent sur leurs genoux cagneux à ses récitals en rêvant d’un speed dating enivrant mais fatal.

De Stravinsky à Dusapin en passant par Prokoviev ou Glazounov, le Luxembourgeois enflamme les jupes des groupies et les concertos pour piano. Pas étonnant, me direz-vous, après avoir usé les bancs de la Juillard School of New York man et gagné le Concours International de piano d’Orléans en 2004. L’occasion pour lui de se mettre en valeur dans des œuvres de Stravinsky, Martin et Dusapin, j’en parle trois lignes plus haut. Mais lui, ce qui le botte le plus c’est de bousculer l’establishment, balancer des directes du droit dans la face des medias et organisateurs de concerts qui distribuent allègrement les étiquettes comme des marques au fer rouge. Au disque, ceux qui avaient voulu le cantonner au baroque après l’enregistrement au combien banal – et chiant il faut bien le dire – de ses variations Goldberg de Bach, l’ont vu pousser le clavier dans les hautes sphères de la musique contemporaine avec un autre B, celui de Berio et de ses concertos pour piano. Au concert, il s’autorise des virées endiablées hors des sentiers battus et rebattus même d’un répertoire conventionnel qu’il tient dorénavant en respect et à bonne distance. Réinventer le récital, telle est sa devise !

S’en suivent alors des explorations dans le jazz et la formation d’Aufgang, trio 2 pianos, batterie en compagnie de Rami Khalifé (piano) et Aymeric Westrich (batterie). Sorti en mars 2009, le trio réalise Sonar. Faut savoir que le sale gosse est aussi compositeur, reste à écouter ce que ça donne.

… Le classique en héritage

Les titres – Barok, Prélude du passé – sont aussi évocateurs que l’assemblage de ces trois instruments percussifs. Deux pianos pour une batterie, la messe est dite, je vais avoir droit à tout ce que ces instruments peuvent offrir dans l’élégante palette chromatique des doum-bash et des cling-clang. Ne voyez pas là un clin d’œil pervers visant à réduire un travail d’écriture qui vaut vraiment le détour. J’ai juste tendance à désacraliser. Ce que réalise finalement aussi bien ce trio en faisant avaler la pilule du classique contemporain à un auditorat plus surpris que rebuté. Channel 7 : les pianos balancent des motifs répétés dans une atonalité caractéristique des pièces composées aujourd’hui. Les influences s’entrechoquent comme extirpées, malaxées puis recrachées de l’héritage Berg/Schoenberg associé à la liberté du free jazz et au minimalisme façon Glass. Mon esprit vagabonde et rebondit sur le contrepoint impressionniste de Barok. J’imagine Bach taillant une bavette avec Debussy que l’on croit définitivement ressurgi du néant dès l’entame du Prélude du passé. Peut-être est-ce Rachmaninov qui passe en trombe dans mon rétroviseur ? Inutile de s’embourber … C’est la batterie qui fait le liant en donnant de la rondeur à un ensemble qui s’étire en mélopées insatiables. Bon, il faut bien l’avouer quand même, tout n’est pas du même niveau. Good generation exhale son funky exhibitionniste comme pour rappeler fièrement que les intellos boutonneux ça aime aussi s’amuser, hein … Faut pas trop déconner quand même !

Maintenant que j’ai dit tout le bien de cette chose bizarroïde, il faut que je te prévienne cher lecteur. Deux trips possibles en écoutant Aufgang:Le prendre comme une ouverture sur un monde musical dont tu ne possèdes pas encore toutes les clés en te disant « quand même ça vaut le coup, y a des synthés à la Tellier », ou espérer y trouver les rythmes funky jazzy de ta groove generation… Et là, tu vas droit dans le mur. Aufgang n’a rien de la musique d’ascenseur. Tout va vite, loin, dans tous les sens. S’accrocher à ses propres neurones avec des touches noires et blanches à la place des maximilaires, danser sur un piano comme si c’était le disco-club à Hanovre, Berlin, Bagnolet peut-être, transpirer en humant l’odeur des fauteuils cuir d’un theatre subventionné et sentir la hauteur des plafonds.

http://www.myspace.com/aufgangsonar

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