Je crois bien qu'une nouvelle ère s'ouvre à nous. En 2007, les Français découvraient Justice, puis Justice a fait re-découvrir Daft Punk aux Français, puis, enfin, les Français se so

Je crois bien qu’une nouvelle ère s’ouvre à nous. En 2007, les Français découvraient Justice, puis Justice a fait re-découvrir Daft Punk aux Français, puis, enfin, les Français se sont lassés de Justice et de Daft Punk; ce qui est heureux. Mais les Français n’ont pas oublié ce que la musique électronique hyper-référencée pouvait leur apporter de fierté hexagonale et de confiance en eux.

C’est ainsi que l’année 2009 est devenue un vaste terrain de jeu pour les « eh mec, j’ai découvert cette B.O de Jean-Michel Jarre sur un blog, elle date de 73 » ou « Putain, brigade Mondaine, par Cerrone: une tuerie ». Bien sûr, je suis le premier à me prêter au jeu: j’écoute en écrivant ces lignes la B.O de Captaine Future, et je fantasme chaque seconde un peu plus sur le Space beyond the egg de The Emperor Machine: c’est vrai quoi, comment peuvent-il encore enregistrer une batterie de cette façon? Un déluge de rythmes funk qui accompagne des synthétiseurs tous plus rétros les uns que les autres. Une superbe recette. Emperor Machine n’aura jamais autant de succès que cette année.

Bref, tous les kids qui écoutaient les Electric Prunes et les Easybeats il y a deux ans semblent aujourd’hui ne jurer que par Jean-Jacques Perrey et le Universal energy de
Bernard Estardy. Nous substituerons donc au mot « passéisme » qui nous fut jadis assigné à tort et à travers au terme « rétro-futurisme », qui veut à quelque Moog près dire la même chose. Mais préférer les modulations d’un Korg MS-10 à la guitare fuzz passera toujours mieux auprès des trentenaires rabats-joie. C’est pourquoi je lance ce cri d’alerte: « ATTENTION, NOUS RENTRONS DANS LE RANG ». Mais tous ces sons synthétiques sont si jouissifs que je serais tenté de vous déconseiller l’achat de Garageland par ungemuth, qui, disons le, arrive un poil trop tard, et de vous ordonner l’acquisition de Audible Visions, une compilation récemment sortie, tirée à cinq-cent exemplaires: elle coûte douze euros de moins que le livre de Nicolas Ungemuth et est au moins douze fois plus intéressante en ces nouveaux temps anciens.

Cette pépite a été concoctée par Alexis Le-Tan, qui nous avait déjà livré son excellente Space Oddities, et les graphistes de Ill Studio, collectif très en vogue, bien meilleur sur un artwork de compilation que sur des tee-shirts, et qui a réussi à faire de Audible Visions ce que le CD aurait toujours dû être: un objet libre et futuriste, sans son immonde boîtier en plastique. L’angle adopté ici est une sorte de mysticisme de l’an 3000, comme si Louis Pauwels et Jacques Bergier rencontraient Capitaine Flam et une troupe d’artistes conceptuels adaptant jules Verne au théâtre: une sorte d’expérience paranormale faite pour les fidèles de chez Colette; qui musicalement s’apparente au pire à du Goblin de série B, au mieux à du François de Roubaix pour un film d’horreur, le tout joué par des synthétiseurs dont nos aînés des nineties n’auraient même pas voulu entendre parler. Mais peu importe… Audible Visions arrive au moment idéal, l’enchaînement des morceaux est parfaitement efficace, l’objet est beau: une sorte de Must Have quoi; qu’on n’écoutera plus en Janvier 2010 parce qu’on en sera enfin aux vrais fondamentaux, du moins je l’espère, et que Moondog et André Popp seront réédités.

Pour l’heure, Audible Visions est la bande-son parfaite pour vos soirées hype, au moins aussi parfaite que l’était le répertoire Northern Soul il y a deux ans à la même époque.
Et il ne s’agit pas d’un événement isolé: le catalogue de la marque Sixpack, autrefois pollué par les digressions chromatiques d’Akroe, est cette fois réalisé par Ill Studio, et se targue de photos des statues de Pâques en sépia et de formes géométriques à dimension mystique, Metropolis de Fritz Lang est redécouvert peu à peu, joué au festival d’Avignon par deux compagnies; les jeunes générations délaissent Farfisa et parlent Arp Odyssey; le grandiose duo AIR sort un nouvel album en Octobre, Institubes a signé Rob qui y entreprend son fabuleux projet Dodécalogue, et sort des joyaux tels Chateau Marmont (qu’est ce que c’est mieux que TTC).

A n’en plus douter, le Rétro-Futurisme est de retour, et la compilation Audible Visions en est une preuve parmi d’autre, la posséder, c’est en être un témoin privilégié.

Mais qu’est-ce que le rétro-futurisme en 2009? La preuve que certains, même dans le caniveau, tournent encore la tête vers les étoiles? Une ultime forme de passéisme, qui nous fera d’ici peu tourner la page à tous? Un désir de mysticisme prononcé en ces temps de dur pragmatisme sociétal? Un simple jeu mené par une élite de hipsters du nouveau millénaire?
Aucune réponse dans ma tête, juste un fairlight et quelques cordes trop cheap pour être jouées par des violons.

Audible Visions chez Colette

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