Après sept ans de survivance dans le paysage musical français, les Stéphanois d’Angil & The Hiddentracks jettent l’éponge, mais pas sans livrer un ultime combat : récolter les fonds nécessaires au pressage d’un ultime EP vinyle. Un baroud d’honneur qui cache une vérité plus dure : modestie et postérité font souvent mauvais ménage.

Avec un nom pareil, il ne pouvait hélas en être autrement pour ces pistes cachées. Oh certes, il n’y a pas de quoi hurler à l’injustice dans un mégaphone – surtout pas ici où l’on n’a jamais défendu aucune des sorties du groupe – mais la discographie entière d’Angil & The Hiddentracks révèle un songwriting sincère, jamais putassier, directement hérité des années 90 et joliment en marge des usines à tubes telles que l’industrie du disque peine à écouler quotidiennement. Et ce qui en d’autres temps aurait été considéré comme un minimum apparaît ici comme un tour de force, qui voit pourtant le groupe fermer boutique plutôt que de s’échiner à faire des moulinets dans le vide. Plutôt courageux, si l’on en juge par le panache un brin pathétique de ceux qui abordent la quarantaine en se rêvant Thurston Moore derrière leur bureau d’expert comptable.

Ecrire le chapitre de fin du groupe, avec lui, c’est donc ce que propose Angil & The Hiddentracks via le site du label indépendant Microcultures, qui propose aux fans de s’impliquer directement dans le financement des projets. Une noble manière de boucler la boucle pour ces doux taiseux emmenés par Mickael Mottet, cheville ouvrière de ce groupe malgré tout injustement sous-estimé dont le seul tort restera peut-être d’être né dans la mauvaise décennie. Comme on oublie souvent qu’il faut hélas être au bon endroit au bon moment pour percer, cet adieu reste l’occasion de refaire sobrement l’histoire du groupe en quelques questions au leader avant le grand chut.

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Pourquoi ce baroud d’honneur après sept ans d’existence ?

Mickael Mottet : J’arrête avant qu’on s’épuise. Economiquement, c’est aujourd’hui impossible de tourner à six ou sept et d’organiser des enregistrements à huit ou neuf en restant à l’équilibre. Je pensais que ça deviendrait plus facile au bout de quatre albums, sept années de concerts. Pour nous, c’est le contraire. Ce qui m’a achevé, c’est d’avoir eu toutes les peines du monde à monter fin 2013 une petite tournée française Angil and the Hiddentracks avec Laetitia Sadier.

Comment avez-vous décidé que cela devait être le dernier ?

Mickael Mottet : J’avais envie de terminer l’histoire avec un disque. Les Hiddentracks acceptent ma décision, même si certains sont déçus. On s’est quand même engueulé avec l’un d’entre eux, ça n’a pas été simple. Même dans un groupe aussi bienveillant, il y a eu des malentendus. Aussi belle soit-elle, l’histoire des Hiddentracks est jalonnée de conflits, de contradictions. J’ai toujours assumé mon rôle de décisionnaire, et donc parfois de bourreau. Cette décision est donc la mienne, au départ.

« Au moins c’est nous qui mettons le point final »

Quel est votre sentiment au moment de refermer la page de ce livre ?

Mickael Mottet : La fierté, quand j’écoute nos disques. Et une petite frustration, bien sûr. Mais c’est nous qui mettons le point final, au moins. Il y aurait bien eu l’option du retrait discret, ou de la mise en suspens pour quelques années, mais je préfère la radicalité, et l’effet d’annonce présente l’avantage de la clarté. Et il y a bien sûr l’excitation de la suite, du/des nouveau(x) livre(s).

Le moment le plus fort depuis vos débuts, c’est quoi ?

Mickael Mottet : Il y en a eu plusieurs : tourner aux Etats-Unis, au Canada, au Royaume-Uni. Rencontrer et se sentir soutenus et aimés par des gens qu’on admire : Yoni Wolf, Jim Putnam, Laetitia Sadier, Françoiz Breut. S’il fallait retenir une image, je suppose que la plus évidente serait notre concert aux Nuits de Fourvière 2010. Mais à titre personnel, les moments que j’ai préférés sont tous ceux où l’on créait quelque chose ensemble, notamment en enregistrement. C’est d’une intensité peu comparable, d’assembler les pièces du puzzle collectivement.

« Certains professionnels du milieu nous perçoivent un peu comme des branquignols. »

Je pense à une chronique de Magic qui s’étonnait que votre succès en France ait toujours été sous-estimé, à quoi attribues-tu cela, honnêtement ?

Mickael Mottet : Facteurs multiples ! Manque de bol, d’une image un peu plus carrée, sûrement d’un manager ou un attaché de presse parisien. Peut-être aussi qu’on n’est tout simplement pas assez bons. Et puis je nous ai clairement fermé des portes en ne nous inscrivant pas à la Sacem. Il y a une logique de réseaux à laquelle on n’a pas eu accès, de fait. On a quand même reçu des aides publiques, hein, mais ça nous a peut-être coûté en crédibilité, de même que le côté géométrie variable, qu’on a adopté longtemps. Ce n’est plus le cas depuis deux ans, mais j’ai le sentiment que certains professionnels du milieu nous perçoivent un peu comme des branquignols. Mais que ce soit clair : je n’ai aucun regret.

En sept ans d’existence, quels ont été les soutiens fidèles (médias, partenaires, amis) et ceux que tu regrettes de ne jamais avoir eus ?

Mickael Mottet : De nombreux webzines, notamment Froggy’s Delight, A découvrir absolument et Popnews. Magic et les Inrockuptibles chroniquent tous nos disques depuis le départ. On n’a jamais eu de rédactionnel (à part une double page dans les Inrocks pour le premier album, c’est fou d’ailleurs, quand j’y pense), mais il faut dire qu’on ne leur a jamais acheté d’encart pub, et ça passe aussi par là. On a eu aussi quelques diffusions sur Inter, Culture, le Mouv. Mais j’ai le sentiment que ce sont des individus qui nous ont soutenus, plutôt que des entités. Pour revenir aux Inrocks : sans Beauvallet, je suis persuadé que We are Unique Records n’aurait pas eu le tiers de chroniques depuis dix ans. Je n’ai aucune idée de ce que pensent les autres rédacteurs de notre musique, par exemple. Mon hypothèse est qu’ils s’en carrent, mais va savoir, peut-être qu’ils nous détestent : rien de tel que le silence pour alimenter la parano. La logique est la même avec les programmateurs radio, ou de salles de concert : on les laisse probablement indifférents, notamment parce qu’on n’est jamais entrés dans leurs réseaux habituels, mais avec le bénéfice du doute, et un petit complexe d’infériorité, on pourrait se mettre à croire qu’ils ne nous aiment pas. En même temps, entre l’incompatibilité de goûts et l’indifférence, je ne sais pas ce qu’il y a de pire.

Y’aura-t-il une suite pour les membres du groupe ?

Mickael Mottet : Une bonne partie des Hiddentracks accompagnent Michael Wookey, déjà. Et beaucoup ont leur propre projet. Pauline a monté Contrebrassens, Jean-Christophe mène son projet et signe les arrangements du prochain Laetitia Sadier. Thomas est en happening permanent. J’ai aussi une idée pour la suite…

Reste quatre jours pour aider Angil & The Hiddentracks à financer leur dernier EP.
Contreparties et infos sur
http://www.microcultures.fr/fr/project/view/lines

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