Au milieu des années 90 je haïssais David Bowie comme tout à chacun.

Au milieu des années 90 je haïssais David Bowie comme tout à chacun. Parce qu’il incarnait mieux qu’ultrabrite le sourire éclatant des publicités de MTV, qu’il portait des pantalons taillés dans des deltaplanes, et qu’il avait les cheveux courts et décolorés. Let’s Dance, quelle diarrhée, quand on pouvait jouer de la guitare comme J. Mascis ou hurler comme Trent Reznor.

Tin Machine ? Non je n’en avais jamais entendu parlé. J’étais resté sur Let’s Dance vous dis-je, et honnêtement, quand je l’ai découvert longtemps plus tard, j’ai pensé que j’aurais pu définitivement excommunier Bowie de ma discothèque.

Mon sauveur s’appellera Se7en. La B.O. de ce polar morbide m’avait conquis (Thelonious Monk, Marvin Gaye, Ministri). Surprise en rentrant de mon disquaire, le titre du générique n’est dessus. Retour au magasin et le sage commerçant m’envoie à la figure le gant que je ne pouvais recevoir sans pâlir : « C’est de Bowie, mais c’est pas sur la B.O., c’est sur son dernier album ».

Outside. Aussi appelé ‘Nathan Adler Diaries’. David Bowie, travaillant avec Brian Eno, empruntant à Nine Inch Nails, adoubant les Young Gods. Les sonorités de l’indus collées sur de la pop britannique. « I’m Deranged » confie-t-il et je dois l’être aussi vu le nombre de fois où je me suis repassé ce disque depuis.

Depuis j’ai fait le chemin inverse. Vraiment écouté Bowie, Ziggy et autres Halloween Jack. Vraiment ingurgité Nine Inch Nails, ‘halo’ par ‘halo’. Et tenté l’expérience Young Gods, souvent en vain, mais plusieurs fois. Même l’année dernière quand ils sont passés à l’acoustique. Et jamais je n’ai trouvé de si sincère mélange de pop et d’indus, de violence et de raffinement britannique.

– « A quelle heure votre thé, monsieur ?

– Oh dear, disons… Dans vingt minutes, tout au plus. Le temps que je finisse de calciner ces ossements d’enfants broyés.

– Comme monsieur voudra. »

Le mois dernier, j’ai découvert aMute et un moment j’ai eu l’impression de m’être brûlé. Au même endroit que quinze ans avant…

Des balades, que d’autres qualifieraient de folk, mais enrobé d’un brûlant asphalte, lourd et noir. Fumant.

Amute, c’est un projet solo à la fois noise et ambiant, devenu un quartet qui lorgne sur la scène montréalaise. Préférant toutefois les bulles iridescentes des machines aux cordes et bois classieux. Il y a aussi un peu de ces vieux Notwist, lorsqu’ils sortaient du hardcore, forcé de reconnaître devant leur public, qu’ils aimaient sincèrement le free jazz. Et puis la filiation Reznor -pas si évidente que cela d’ailleurs- est toujours préférable à celle de Manson.

Pas la révolution de demain. Mais faire aussi bien que Bowie a souvent été le challenge qui fit tomber quelques uns de leur tremplin de « jeunes espoirs ». Là, c’est réussi.

La peau grillée sèche déjà et finira par se détacher. Mais ce n’est pas grave. Cela fait quand même plaisir de retrouver une vieille connaissance.

www.myspace.com/amutemusic

www.amute.net

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