Des montagnes mongoles aux studios d’enregistrement milanais, il n’y a pas qu’un pas, pourtant franchi par l’un des groupes français les plus radicaux apparu dès le milieu des années 90, Ulan Bator. Après quelques années d’absence, son leader, Amaury Cambuzat, ressort les guitares et les saturations pour une foultitude de projets personnels aussi différents que passionnants. Rencontre.

« Les musiciens des seventies, c’est un peu comme Charlie Bauer mais avec des instruments à la place des fusils ! »

Après une longue absence, tu reviens en force avec pas moins de trois disques (un Ulan Bator, un Chaos Physique et un disque solo, « The Sorcerer »), un label (Acid Cobra) et des productions (Sexy Rexy, Dilatazione…). D’où vient cette soudaine frénésie de travail ?

En 2008, j’ai fait une pause qui a duré un an. Puis j’ai décidé de reprendre et de ne plus dépendre de personne pour réaliser mes rêves: avoir un label, produire d’autres groupes, enregistrer un nouvel album avec Ulan Bator, créer Chaos Physique, et bien d’autres choses. Il n’y a plus d’argent dans le business musical et je trouve stupide d’attendre dix années pour obtenir un contrat « machiavélique » avec une maison de disque pour finir sur deux radios, une web tv, faire trois concerts et vendre cinquante disques et à la fin, se faire jeter dehors comme un malpropre ! Aujourd’hui c’est moi seul qui décide si ma musique est valable ou pas. J’emmerde les nantis assis sur leurs chaises dans les majors (tout comme certains labels indés ) qui décident pour vous à coup de marketing ce qui est bon ou ne l’est pas. La phrase classique la plus entendue chez ces derniers : « Tu vois, c’est trop bien ce truc, mais ça ne marchera jamais » !!

Aux débuts d’Ulan Bator, les rares textes étaient déclamés en anglais. À partir de « Végétale », le Français prédomine avec une prédilection pour le collage de mots sans réelle signification. D’où est venue cette volonté d’utiliser notre langue, peu appréciée pour ce style de musique ?

C’est en écoutant le morceau Ecoute le poisson de Faust sur l’album Rien, peu de temps avant de les rencontrer. Cette chanson de pêcheur, en patois normand, m’a donné confiance pour avancer dans l’écriture de textes avec ma propre langue. Et puis, j’aime les défis et j’aime bien déranger, car je sais que ce n’est pas permis de chanter en français si l’on ne fait pas de la « chanson française ». Ensuite, j’ai travaillé et collaboré avec des gens comme Michael Gira (Swans), Robin Guthrie (Cocteau Twins), Pere Ubu, Jacky Liebezeit de Can) parce que je chantais en Français justement! Je ne cesserai de répéter qu’il est impossible de communiquer honnêtement dans une langue qui n’est pas la sienne. Je ne supporterai pas d’écouter des albums étrangers en mauvais français avec un accent insupportable, c’est ridicule. Quand je fais écouter des groupes français qui chantent en anglais à des anglo-saxons, ils rigolent ! Avec la culture littéraire et la liberté de pensée que nous avons en France, pourquoi la rejeter ? C’est stupide et lâche. Pour résumer, je serai toujours plus intéressé par un artiste de variété française que par un groupe noise français qui chante en anglais et prétend avoir un message.

Vous avez bénéficié d’un soutien important à l’époque grâce aux Inrockuptibles à travers des papiers assez élogieux. Puis, du jour au lendemain, plus rien. Crois-tu que ce type de mass média soit encore capable aujourd’hui de soutenir des initiatives musicales telles qu’Ulan Bator ?

À l’époque, ils ont dû penser que j’étais un intellectuel, que j’avais tout compris au post-rock… Puis, comme je ne suis pas un mondain, ils m’ont simplement oublié ! C’est normal, ce n’est plus la musique qui parle. C’est, encore une fois, une histoire de marketing ! Ces journaux n’ont pas le temps d’écouter, de « vivre » des disques. Ils sont là pour vendre du papier. Sarkozy en couverture, c’est beaucoup mieux que n’importe quel groupe rock. Voilà, ce sont ça les médias, de nos jours.

Tu vis en Italie depuis de nombreuses années maintenant, comment ta musique est-elle perçue là-bas?

On me voit comme une légende du post-rock ! Depuis que j’ai 23 ans, j’entends dire qu’avec Ulan Bator, nous jouons une musique « culte ». Pour moi, ça signifie une musique de vieux ou bien même une musique pour les vieux. Pas très flatteur… Pour beaucoup de gens à l’époque, c’était une excuse pour justifier que notre musique ne perçait pas. Entendre cela pendant 16 ans c’est terrible ! Mais revenons à l’Italie, où nous avons eu la chance de plaire énormément jusqu’à jouer dans des stades à l’époque de l’album Végétale. Aujourd’hui encore, le groupe marche bien ici.

Sur ton site acidcobra.com, il est indiqué que ton label a été crée « suite à des années d’espoir et de désillusion dans le music business ». Tu espérais quoi en fait ?

J’ai souvent pensé trouver, dans le music business, des individus qui semblaient avoir compris ce que nous faisions. En réalité, pas du tout. Ou si peu… Mais je me rends compte que cette phrase a un côté repoussant voir même dramatique. Il faut que je présente le label sous une autre lumière !

Le prochain Ulan Bator a pour nom « Tohu Bohu » et la pochette est tirée d’une partie du tableau  « End Of Days » de Norbert H. Kox. Serait-ce une clé pour un album qui s’annonce apocalyptique ?

Oui et non. Je retrouve une sensibilité chez Monsieur Kox qui me parle énormément. Pour communiquer, il utilise la vulgarité ce que je trouve très raffinée ! Nous vivons dans une ère très intéressante. Les socials Networks nous donnent l’impression d’une grande communication avec le monde extérieur alors qu’ils ne sont que le reflet d’une grande solitude individuelle. Nos hommes politiques ne sont plus crédibles, nous vivons aussi un moment baigné par une spiritualité à travers laquelle beaucoup d’entre nous vont chercher un dieu fabriqué à leur image, des religions fast-food, puis il y a aussi 2012, la prophétie maya… Tohu-Bohu parle de tout ça avec un regard un peu candide. Je ne juge pas, je constate. Il faut une bonne dose d’absurde pour pouvoir supporter tout ça. Le tableau de Norbert H. Kox illustre parfaitement, à mes yeux, cette grande confusion que nous traversons.

D’ailleurs, le thème du chaos est omniprésent dans ton travail. Qu’est-ce qui te fascine dans cette image de l’anéantissement, du cataclysme ?

Le Chaos, c’est ma sauvegarde. En étant lâche, comme tant d’autres, l’idée de l’apocalypse me permet de relativiser et de prendre tous les risques. Le jugement des hommes ne me fait pas peur car je crois en une mère nature beaucoup plus forte. Nous descendons de la bactérie, pourquoi nous prendre pour des surhommes ? Pourquoi avoir peur de l’apocalypse ? C’est tout simplement ancré dans notre culture, du genre : «Si nous ne sommes pas gentils sur cette terre nous serons tous punis ! ». De qui, de quoi ? Si la nature doit se rebeller un jour cela ne sera pas contre nous. On appelle cela l’évolution et c’est toujours positif. Soyons organiques !

Tu étais un amateur des « chaotiques » Faust avant de les rencontrer et de faire partie intégrante du groupe jusqu’à ce que tu les quittes brutalement en 2007.

J’aime toujours la démarche du groupe Faust, car ce n’est pas juste un style musical. C’est simplement l’apologie de cette liberté musicale. Liberté de jouer, de s’exprimer avec ce que tu veux, pas de barrières mentales. Ça, j’aime ! J’ai quitté Faust en 2007 car je n’allais pas bien. J’étais en pleine dépression avec beaucoup de problèmes perso à gérer. Pas vraiment de raisons rationnelles… Mais aucun regret, à part celui d’avoir quitté le groupe de manière peu correcte, en fuyant la réalité.

Travailler avec eux a-t-il été bénéfique pour ton approche de la musique?

Musicalement oui, mais c’est surtout humainement que cela m’a apporté beaucoup de choses. Jean-Hervé Péron (le bassiste/chanteur) a été une sorte de « père spirituel » pour moi. J’admire énormément les rescapés de cette génération seventies. Ce sont souvent des personnes qui cherchent encore l’intégrité. Ils sont souvent honnêtes avec eux-mêmes et assument leurs démarches passées. Un peu comme Charlie Bauer mais avec des instruments à la place de fusils !

Tu as joué avec eux en live sur le « Nosferatu » de Murnau et tu sors aujourd’hui l’album « The Sorcerer », BO imaginaire du film « Tabu » du même Murnau. Ce travail sur des images a-t-il été une expérience importante?

L’idée m’est venue après cette expérience trop éphémère (une seule représentation) avec Faust au Luxembourg. C’est génial de jouer en direct sur un film, les images permettent de pousser les spectateurs dans une autre dimension, elles deviennent comme un feu d’artifice orchestré par la musique. Et cela me plairait beaucoup d’écrire une musique originale pour un film.

Tes musiques du moment ?

Debussy, Ravel toujours… Mais aussi le groupe de blues touareg, Terakaft ! Sans oublier les « anciens » de chez nous, et le futur : l’Afrique.

Ulan Bator en concert en France, envisageable ?

Aujourd’hui, je gère beaucoup trop de choses tout seul. Alors, si un tourneur est intéressé pour nous organiser une tournée de par chez vous, on vient jouer, pas de problème !

Amaury Cambuzat // The Sorcerer // Acid Cobra
Ullan Bator // Tohu Bohu // Acid Cobra

www.acidcobra.com

Ulan Bator Live in Paris – Embarquement:

6 commentaires

  1. Hey, belle itw Mr Kraut, ou comment tourner qutour de tq marotte (Faust) tout en sortant des sentiers battus. Well done, vraiment. Et dans tout ca bizarrement je retiens l’idee que les « journaux n’ont pas le temps d’écouter, de « vivre » des disques ». Et aussi que nous descendons tous de la bacterie. Mon imaginaire en ressort grandi (ahahah).

  2. je devrais venir lire gonzai plus souvent, c’est bien un des rares endroits où ça parle encore musique. pour revenir à Amaury Cambuzat , un groupe berlinois de son écurie Acid cobra joue mardi 19 octobre à l’International à Belleville: the Somambulist, du rock expérimental en trio batterie/guitare/violon
    http://www.myspace.com/the-somnambulist

  3. Ce qui serait bien c’est qu’Amaury Cambuzat prenne des cours de guitare au lieu d’enchaîner des notes sans logique aucune. C’est trop facile de jouer n’importe quoi, au hasard, et de dire à ceux qui s’étonnent que c’est normal car il s’agit de musique expérimentale ou bruitiste ou que sais-je. Pareil pour les textes qui ne sont que des mots balancés comme ça, au hasard encore une fois, des mots sans rapport les uns avec les autres. Enfin voilà quoi… ça fait sourire…

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