Pour la forme, j'aurais aimé pouvoir dire qu'après leur premier album, j'avais crié pour qu'ils reviennent, mais c'est faux. J'étais même plutôt pessimiste quant à l'avenir du groupe. Mais Je m'étais planté sur toute l'Aline.

alinecoverEst-il encore utile de présenter Aline ? Probablement pas. D’abord, parce que cet article sort à la bourre et que 80% des médias l’ont fait avant moi. Ensuite, parce que le premier disque du groupe, « Regarde le ciel », en 2013, avait fait déjà suffisamment d’émules pour qu’on connaisse de toutes façons son parcours en long, en large et en travers (Young Michelin, tout ça…). A l’époque, j’avais pris part à l’engouement avec une crainte, partagée par certains : que le premier essai soit le seul qui en vaille la peine. La formule gagnante du revival 80’s teinté de pop anglaise, c’était bien, mais il fallait aussi savoir ne pas abuser des bonnes choses.

Aline devait mourir aussi vite que son succès était né. C’était dans l’ordre des choses. Le deuxième disque aurait dû sonner comme le premier, mais avec plus de budget et en mieux marketé. Entre temps, les gens seraient passé à autre chose. La maison de disque aurait rendu son contrat au groupe, et puis basta. Et pourtant. Et pourtant, « La vie électrique » est certes signé chez Pias, mais son contenu est loin de décevoir. Si on retrouve la même obsession pour la pop et pour un passé pas (encore) si lointain, les cinq plus si jeunes ex-Young Michelin s’éloignent du côté Indochine des débuts pour aller lorgner du côté de Daho. On passe de la tristesse joyeuse à la joie triste. Ou l’inverse. Enfin, un truc comme ça, quoi.

En 2013, Aline sur scène avait peu de chose à voir avec Aline sur disque : les concerts étaient plus tendus, plus énervés que les morceaux enregistrés. Désormais, et certainement un peu grâce à Stephen Street (aux manettes chez les Smiths), on a dans le deuxième album ce qu’on avait pu voir en live auparavant. Le panorama musical s’est un peu élargi et assume mieux ses influences anglo-saxonnes, l’écriture s’est affinée, plus poétique, plus profonde. « La vie électrique » est un disque plus raffiné, qui demande une écoute plus attentive que son prédécesseur. Finalement, Aline avait juste une bonne technique de drague : aguicher au premier rendez-vous en laissant une part de mystère, faire tomber amoureux au deuxième en se dévoilant. J’espère qu’on ne se lassera pas au troisième.

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Quand vous avez sorti votre premier album, il y a eu un véritable engouement, auquel j’ai pris part. Je me suis quand même demandé si vous ne faisiez pas partie d’un épiphénomène et comment vous alliez assurer la suite. C’est quelque vous qui vous a fait peur à vous aussi ?

Arnaud Pilard : On ne voulait pas faire Regarde le ciel numéro deux, ça n’avait aucun intérêt. Donc on a décidé volontairement d’abandonner certaines recettes et d’en garder d’autres, parce qu’on a notre son. Refaire le même disque ça ne servait à rien, ni pour nous, ni pour le public.

Romain Guerret: Des morceaux pop à ligne claires, on peut en pondre 5 par jour. Mais ça n’a pas d’intérêt, ni pour nous, ni pour personne, et c’était bien d’aller chercher d’autres influences, d’aller gratter un peu ailleurs. Sans réfléchir beaucoup, ça a été spontané. On est vite remonté en selle. Pour ne pas trop psychoter et puis que ce soit instinctif et spontané. On a un background musical assez large, mine de rien. On n’écoute pas que les Smiths.

Votre deuxième album est plus fidèle à l’énergie que vous dégagez sur scène.

Arnaud Pilard: On a enregistré à peu près de la même manière que le premier, mais Stephen Street travaille vachement avec des prises un peu live, donc ça retranscrit peut-être plus ce qu’on joue sur scène. Peut-être qu’inconsciemment, on a voulu avoir un son plus proche de ce qu’on peut faire sur scène, un peu plus rough. On a quand même eu un an et demi de tournée, donc on a pris confiance dans notre manière de jouer et puis le groupe s’est soudé encore un peu plus, donc peut-être que ça sent aussi à l’enregistrement.

Romain Guerret : Avec le premier album, il y a des gens qui étaient surpris, ils s’attendaient à voir un petit groupe un peu hippie, alors que des fois ça pouvait être assez vénèr.

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Et puis il y a Promis juré craché, le dernier titre du disque, qui est un peu le moment où vous assumez ce côté beaucoup plus énervé.

Romain Guerret : C’était aussi un pied de nez à la ligne claire. Parce que là on a joué sur des gros Marshall et des Gibson, donc la ligne claire… on repassera. Et puis c’est aussi un amour des Ramones, des Buzzcocks, de Plastic Bertrand, avec son fameux titre Ça plane pour moi. Il y avait la volonté de jouer avec les clichés de la pop et du rock, et puis se lâcher un peu. Ce qui est marrant, c’est que le fond et la forme sont complètement paradoxaux : le type raconte un truc et la musique raconte exactement le contraire.

L’ambiance générale de l’album est beaucoup plus sombre et les paroles sont beaucoup plus poétiques. On sent qu’il y a beaucoup plus de texte aussi, de choses à écouter, voir même à lire. Les paroles se suffisent parfois presque à elles-même.

Romain Guerret : J’espère ! Je ne veux pas faire de la chanson à texte, ni de la chanson française. Surtout pas. Et effectivement, oui, c’est moins autobiographique. Il y a quand même de moi dans toutes les chansons. Les thématiques sont un peu plus élargies et, en effet, je le trouve un peu plus sombre et plus atmosphérique. Ça ne m’a pas demandé beaucoup plus d’efforts que le premier. Je ne savais pas trop quoi raconter sur le deuxième album. Parce que le premier, c’était assez simple, j’avais eu des galères pendant 2-3 ans. Deux mauvaises années et puis, à un moment donné, il faut que ça sorte, la catharsis… Là, je me suis dit ‘Où je vais ? Qu’est-ce que je vais raconter ?’. Un an et demi en tournée, c’est pas très passionnant. Il faut du vécu pour pouvoir alimenter les textes. C’est surtout la musique, l’atmosphère, les couleurs des chansons, qui m’ont amenés les thématiques et les textes. À chaque fois, ça part de la musique, voir d’un beat.

On est un peu atypique dans ce milieu musical français.

Les deux albums pourraient presque s’inverser dans leur date de sortie. Parce que le premier est beaucoup plus positif, et paradoxalement il respire plus la bonne humeur que le deuxième.

Romain Guerret: Ça aurait pu. Et encore, le premier est vraiment une sorte d’instantané. Je n’aurais pas pu l’écrire maintenant, ça serait impossible. Des fois je relis les textes du premier, et ce n’est plus moi. J’ai vécu d’autres choses, le temps a passé et je ne pourrais plus écrire ça maintenant. Disons que le deuxième est un peu plus adulte, dans la façon de tourner les choses. Ce n’est pas l’album de la maturité pour autant. Ça n’a pas été hyper jouasse non plus parce qu’il y a eu un succès d’estime. Au final, on galère pas mal. En 2015, c’est difficile, la société, le monde dans lequel on vit est dur. C’est pas la Compagnie Créole… Le titre de l’album, c’est ça, la vie électrique, c’est le monde dans lequel on vit, qui est prêt à imploser à tout moment. Le néon qui vibre, cette lumière un peu pénible et puis le néon claque parce que tu en as marre, tu as mal à la tête. Sauf que là, ça ne claque pas, donc on est dans un état de tension permanente et il n’y a rien qui pète. C’est comme un peu avant un orage, cette tension électrique quand on attend que l’orage éclate. Enfin c’est bizarre et pas franchement joyeux. D’où le titre de l’album.

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Pour un deuxième album, vous êtes un peu plus âgés que la moyenne d’âge à laquelle on sort normalement un deuxième album. Est-ce qu’il n’y a pas aussi ce côté un peu briscards, qui vous différencie aussi de beaucoup de groupes ?

Romain Guerret : On y pense souvent, on se dit qu’on est un peu atypique dans ce milieu musical français. On est effectivement plus âgés que la moyenne. On a une place un peu à part. On ne peut pas avoir des thématiques de mecs de 20 ans. Ça serait ridicule. On a beaucoup de vécu, ça n’a pas été toujours jouasse, donc il y aura toujours un côté… pas noir mais franchement gris.

Arnaud Pilard: Même dans la vision business de la musique et comment doit se développer un groupe, je pense qu’on est un peu à l’ancienne. Les jeunes ont plus compris l’importance de l’image. Nous, on a mis du temps à l’accepter, à le comprendre et c’est pas encore super acquis ! On a une vision un peu old school, je pense, due à notre âge.

Pour l’enregistrement, vous avez travaillé avec Stephen Street. Je suppose que c’est quelque chose que vous vouliez faire depuis un bout de temps.

Arnaud Pilard: C’était une sorte de fantasme. On l’avait mis en tête de liste, mais pour la blague. On pensait que le mec n’en aurait absolument rien à foutre ! On l’a contacté via son site : un vieux site en Flash tout pourri. On s’est dit qu’il ne nous répondrait pas. Et en fait, il nous a répondu le lendemain. Il nous a dit : ‘Normalement je ne bosse pas avec des Français, mais là ça me parle’. On a eu son manager le lendemain et puis… ça s’est fait. C’était un peu un rêve de gosse. Son but premier, c’est de magnifier le son du groupe. Donc il ne comptait pas nous faire sonner à la Smiths ou à la Blur. Il nous a fait enregistrer avec nos propres effets. Il a vraiment voulu avoir le son d’Aline.

Romain Guerret: Il aime bien bosser les guitares, c’est un Anglais. Tu sens que le synthé, ça l’emmerde. Le mec, c’est : ‘Vous êtes un groupe, vous jouez en groupe. Jouez et puis on voit ce qui sort et puis j’enregistre.’. Il n’a pas vraiment apporté d’arrangements. On ne voulait pas bosser avec des Français, il y a de très bons réal en France qui font du super boulot, mais l’idée était aussi de s’éloigner un peu du son French pop. Les Anglais ont un autre savoir-faire, une autre vision. 

Ça ne vous ouvre pas des portes de festivals anglais ?

Romain Guerret: Non ! En Français c’est plus difficile. À l’étranger j’en connais pas beaucoup qui cartonnent. On aimerait bien jouer dans les pays anglo-saxons, ça c’est sûr, voir un peu la réaction des gens. Cela dit on a sorti des trucs avec des labels américains, anglais, des labels de niche. Les types se branlaient qu’on chante en Français, au contraire ils aimaient bien ça. En Amérique du Sud on a une belle fanbase : Brésil, Mexique, Pérou. Ils sont à fond dans les Smiths, Iggy Pop, et compagnie.

Arnaud Pilard: J’ai un Péruvien qui m’avait contacté par Facebook et les deux trucs français qu’il connaissait c’était Aline et Alizée ! Putain d’écart…

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Je reviens à l’album. Les résonances cachées, le deuxième morceau, c’est un hommage à Daho ?

Romain Guerret : Pas du tout. Tout le monde le dit, mais je ne vois pas… Enfin, je comprends pourquoi les gens disent ça, à cause du phrasé certainement. J’adore Daho, mais c’est aussi un album où on essaie d’éloigner un peu les références franco-françaises, Garçons Modernes et compagnie, on en a un peu soupé.

Vous avez quand même une petite histoire avec Daho.

Arnaud Pilard: Notre première productrice était manageuse de Daho. Il est venu nous voir plusieurs fois en concert. On a joué à Pleyel avec lui et c’est un mec super. Il nous suit, il nous encourage, c’est vraiment un vrai bon gars.

Romain Guerret :  A la base il venait plutôt de l’underground. C’était la bande à « Jacno » et compagnie. C’était pas gagné. Parce que cette musique là, en France, n’a jamais vraiment réussi à percer le plafond de verre. Il n’y a que Daho qui y est arrivé, les autres ont périclité assez rapidement.

Quand j’étais gamin, je voulais être Alain Souchon.

Romain, il paraît que gamin, tu voulais être Elvis Presley. Est-ce que c’est toujours le cas ?

Romain Guerret: D’abord, c’était Michael Jackson. J’étais fou de lui, comme tous les gamins. Mais ce qui m’a vraiment donné envie de faire de la musique, et du rock, et de la guitare, c’est quand j’ai vu Elvis Presley à la télé. Je me suis dit ‘Putain c’est ça que je veux faire’. Une évidence totale. Ce mec hyper beau avec sa guitare, qui a des nanas qui crient devant lui. T’as 10 ans, tu te dis ‘Je veux faire comme lui ! C’est ça que je veux faire !’ Quand j’étais plus jeune gamin, je voulais être Alain Souchon. Quand j’avais trois, quatre ans. J’ai toujours eu des fixettes comme ça. Elvis Presley c’est vraiment le déclencheur. Tout de suite après, je me suis inscrit à des cours de guitare. J’ai fait de la batterie aussi. Des cours de guitare, j’en ai pris trois et puis je me suis arrêté parce que ça me gonflait. Je voulais jouer du rock et je faisais des cours de guitare avec un vieil italien qui avait 80 balais qui me faisait faire des valses, des gammes… moi je voulais faire du Elvis Presley.

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Sur scène, tu fais plus Elvis aujourd’hui que lors de vos premières dates.

Romain Guerret : On n’a jamais bossé en profondeur la question de la scène. Le premier album est assez intimiste, je raconte des choses sur moi-même, je pense que tu ne peux pas le faire en te roulant par terre et en faisant le frontman. Ce n’est pas possible, il faut rester un petit peu dans la thématique et dans la teneur du propos, parce que sinon ça fait un peu bizarre. En tournant, on prend plus confiance en soi. Le deuxième album a une teneur différente et j’aime bien aussi me lâcher et faire le rigolo. Lâcher la guitare, chanter avec le micro à la main j’adore ça. Le côté « chanteur », assumer le truc. Ça me fat plutôt marrer, j’avoue. De plus en plus. Dans l’absolu, j’aimerai ne plus jouer de guitare et vraiment chanter. J’aime de plus en plus chanter. Je ne suis pas un chanteur, je n’ai jamais prétendu l’être, donc c’est très distractif, avec les qualités et les défauts que ça peut avoir. Et là j’ai un peu progressé, je chante plus dans mes tonalités donc j’ai envie de chanter. Du coup je suis plus à l’aise, donc j’ai plus envie d’assumer. J’ai fait des trucs avec Dondolo où je faisais complètement le con. Ce n’était pas du show mais… je rentrais avec un masque, je filais dans les coulisses. Je rentrais genre chanteur à succès avec une serviette sur l’épaule. Mais encore une fois ça collait au propos.

Entre Dondolo et Aline, certaines choses sont restées en termes d’écriture, de manière de travailler en studio, votre travail à deux… Est-ce que vous essayez de les repérer et de les conserver ou au contraire de vous en détacher.

Romain Guerret : On ne se le dit pas comme ça, c’est plutôt naturel maintenant. Intrinsèquement ça reste de la pop. Ce que j’aime, c’est faire de la pop. Me coltiner ce fameux 3 minutes 30 toute ma vie. Je vais courir après ce truc-là. Et puis aussi l’obsession du tube. J’ai grandi avec les tubes, j’ai une passion pour les tubes. Cet espèce de truc ultra efficace, c’est une écriture particulière. C’est un exercice de style. La mélodie et les suites d’accords. Quand je compose, c’est vraiment mon obsession. Ce n’est même plus une obsession, c’est un réflexe : tu cours toujours après cette pop song parfaite. Cette espèce de marronnier qui revient constamment. Après, tu peux l’assembler différemment, tu peux l‘allonger. Mon Dieu les amis est assez allongé, mais à un moment donné, on n’a pas pu s’empêcher de coller une espèce de refrain qui n’était pas là au début. Même quand je faisais de l’électro, dans les années 2000, il y avait quand même un refrain. J’aime la musique populaire au sens noble du terme. Pouvoir chanter dans sa bagnole. Qui parle à beaucoup de monde en racontant des choses, pas en faisant ‘Yeah Yeah Yeah Yeah’, tu racontes ta vie. Une bonne pop song parle toujours de la personne qui l’a composée ou qui la chante, quoi qu’il arrive. Et que les gens puissent se l’accaparer et puis faire que ces chansons deviennent les leurs.

Le morceau pop par excellence ?

Romain Guerret : The Wake, Pale spectre. C’est un peu notre étalon de la pop song avec tout ce qu’on aime : guitare claire, nappe de synthé, gros tempo et un espèce d’élan. C’est à la fois très solaire et très triste. C’est toujours triste une bonne chanson réussie. C’est peut-être plus dur à faire qu’un morceau de jazz en ternaire ou de rock. C’est pas pour me lancer des lauriers, mais c’est vraiment comme une science. C’est vraiment des recettes très précises. C’est vraiment une façon de faire et il faut que ça paraisse hyper simple, très très simple. Il faut que ça coule. Et pour arriver à ce résultat-là, c’est quand même… faire simple c’est très compliqué.

Aline // La vie électrique // PIAS
https://www.facebook.com/alinefrenchband

En concert le 8 octobre à la Cigale

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