Fallait encore que ça tombe sur le Poulpe ! Plus difficile qu'un atterrissage de Tupolev, je sentais bien que la chronique du premier album de la Lituanienne allait me donner du tent

Fallait encore que ça tombe sur le Poulpe ! Plus difficile qu’un atterrissage de Tupolev, je sentais bien que la chronique du premier album de la Lituanienne allait me donner du tentacule à retordre. Les consignes de mon rédac chef’ étaient claires, pas de référence au classique ni aux pop stars des années 80. Et Kate Bush, ça compte?

Et paf ! Démerde toi avec ça … J’ai bien des choses à dire musicalement sur ce sympathique recueil de chansonnettes, mais un doute investit sournoisement mon bulbe sur l’intérêt véritable de ce disque. D’accord, Alina Orlova est une artiste complète qui dessine, compose, écrit et chante en trois langues. Elle semble bien faire office de petit génie dans une Lituanie en crise qui cherche encore sa propre identité. C’est gentil, c’est propret, la pochette version 2008 montre une artiste déguisée en étudiante dans une robe de vierge qu’on soupçonnerait d’avoir été empruntée à Susan Boyle, sans les poils hein. Une bien belle image de la jeunesse fière de ses racines qui ne s’allume plus le samedi soir à la Degtine – vodka locale – mais à la petite bière Kvietine. Ok, l’histoire de la Lituanie est chargée d’atrocités en tous genres imposant au Bobo de nos riches contrées de faire semblant de s’y intéresser plus. Mais finalement, qui peut bien s’enticher de ce folklore popi si ce n’est pour se rappeler au bon souvenir d’un récent détour par Vilnius ? J’avais besoin d’en savoir plus, d’errer en compagnie des Laukinis šuo – chiens sauvages – à la recherche d’une info proie.

« Vienybė težydi ! ». Que fleurisse l’unité … mais no homo.

Lu à l’office de tourisme de Vilnius : Capitale de la culture dont le centre historique est entièrement classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, Vilnius a vu s’élever les buildings d’une économie libérale florissante … Mouais, dans le quartier d’Užupis, quelques étudiants de la « Dailės akademija » évoquent la crise qui touche durement le pays et qui les contraindra à s’exiler bientôt. D’autres s’indignent de l’adoption du nouvel amendement à la loi sur la « protection des mineurs » qui interdit dans le pays tout propos favorable à l’homosexualité. Bref, tout n’est pas « rose » au pays du cepelinai et du hareng. Dans mon esprit les idées mûrissent et le doute laisse bientôt la place à un début de compréhension. Laukinis šuo dingo – le chien sauvage disparaît – fait référence à un roman de Ruvim Fraerman décrivant les Amours tourmentées et ambiguës de deux adolescents dans la Russie tsariste. Le projet artistique se cacherait donc là ? Alina Orlova utiliserait l’argument culturel pour chanter son désaccord avec un pays qui refuse sa diversité sexuelle allant jusqu’à priver son peuple de ses droits fondamentaux. Restons en là, ça me va tout à fait de penser ça. Et je dois bien dire que ça me rassure, quelque part.

Et la musique dans tout ça ?

Pour faire court, Alina Orlova met sa voix – parfois trop – haute perchée et son vibrato roucoulant au service de seize titres de courte durée (deux minutes en moyennes). L’ensemble est une palette de rythmes et d’ambiances allant du rag-time à la polka en passant par une pop sucrée s’appuyant sur le répertoire traditionnel d’Europe de l’est. Bien sympathique mais certainement pas transcendant à tel point qu’on se lasse très vite et que l’écoute semble se transformer insidieusement en une pénible traversée à la nage de la Baltique, et sans les palmes ! Soyons pas chiens ni encore moins sauvages, cet album recèle quelques perles comme Vaiduokliai, Lijo et Slepyne. Les compositions souvent très moyennes – un piano qui n’a vraiment rien à dire – deviennent d’une qualité exceptionnelle lorsque le violoniste les magnifient en allant chercher très loin des harmoniques inattendus ou en montrant sa parfaite maîtrise des pizzicati. Bye bye Alina, ne pleure plus, même si seul le vieux Babooshka de Kate Bush arrive encore à me coller les ventouses.

Alina Orlova // Laukinis šuo dingo // Fargo
http://www.myspace.com/alinaorlova

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