On ne le dira sans doute jamais assez, mais ces saloperies de micro-routines sont le plus perfide des poisons quotidiens. Ainsi, pour peu qu’on oublie de désactiver la fonction random en introduisant No One Knows We’re Here, le premier album d’Alice Lewis, on risque de se trouver nez à nez avec les premières notes de Oh what a mistake et de déposer la galette dans la boite Babyliss pop. Ad vitam eternam, donc. Touché par la grâce divine, j’évite miraculeusement  cet écueil et choisit de ne pas détourner le regard au moment où l’avion heurte la tour.

Aussi vrai qu’il ne fallait pas s’offrir de grasse matinée le 11 septembre 2001, il vaut mieux ne pas se sentir trop proches d’idoles féminines en abordant Alice Lewis. Car dès Hiding Underwater, l’opening track, c’est le plus gros des nuages de poussière urbains qui s’évapore lentement. Beau bizarre irrévocable. Il aura suffi de quelques arrangements tutoyant les gratte-ciels pour que la brunette freak touche l’empire en plein cœur. Le calme enchanté de sa voix contraste joliment avec les hurlements de jeunes filles affolées qui dévalent les rues de Manhattan comme si Bill Wyman les poursuivait. Gamines transpirant les œstrogènes sur l’upper east-side ; trentenaires beaucoup trop cool pour  se prendre la tête avec la musique sur le trottoir d’en face. Elles peuvent hurler sans fin, courir à la mort, pleurer la fin du monde, le miracle est déjà passé. Bientôt, nous compterons les mortes.

VALSE MORTUAIRE CHEZ JENNYFER : c’est plus de la moitié de la programmation de Virgin Radio qui disparait.

La journée s’écoule tranquillement au rythme des élégantes mélodies qui s’enchaînent. Derrière les balustrades, les pisseuses chouinent désormais dans la stupeur. Sous leurs yeux, les cadavres s’amoncellent. Rolling Game, Katy Perry est retrouvée écrasée sous des caisses entières de sex-toys. Parachutes, et c’est Lily Allen qui ressort des décombres un biberon en travers de la gorge. Celian’s Complaint, voilà Soko les yeux exorbités, qui succombe les doigts dans la prise. To The Magical Mountain, tiens !, même VV Brown étranglée par ses pointes rebelles.

Et puis le dernier acte. Le dénouement d’une miraculeuse tragédie misogyne. Le crépuscule humide de la chanson titre. L’inquiétant synthé qui tombe la nuit sur la scène du recueillement final. De cette même voix onirique, Alice Lewis évoque un avenir radieux. Demain, les fillettes oublieront d’obéir aux cadres supérieurs des majors ; et débutera l’ère des marionnettes décédées, des nouvelles Poupées Crevées. Alors, les guitares sèchent plongeront dans le maquillage et enfin les synthés transpireront comme tous les autres êtres humains. I have a dream. Alice Lewis à la radio tous les matins. Et la gynocratie ultime comme autorité fatale.

Alice Lewis // No One Knows We’re Here // Naïve
http://www.myspace.com/alicelewiss


11 commentaires

  1. Article superbe. Musique daubée.
    Vic, si j’étais éditeur, je te ferais un contrat sur le champs. Avec une close d’opération des oreilles tout de même.

    Big up nevertheless.
    H.

  2. @ HP et Sylvain: croyez-vous vraiment que juger sur pièce sans avoir écouté le disque soit la meilleure façon de juger de la qualité du papier (au demeurant super)? Alice Lewis, c’est Kate Bush revisité par Goldfrapp, à l’époque où c’était encore bien.

  3. El Gringo, qui te dit que j’ai pas écouté le disque ?
    Je maintient : cet article craint. Il en fait des tonnes comme quand on a 15 ans et qu’on sait pas quoi dire, alors let’s go la truelle.

  4. Faire dans le fleuve voire la digression est une chose. Faire dans le hors sujet en est une autre. En quoi la musique d’Alice Lewis, passe partout au possible (syndrome Kate Bush blablabla), nécessite-t-elle de convoquer des images post apocalyptique type 11 septembre, etc. ? Non franchement (à part pour lyncher son horrible look) je ne vois pas.

  5. La notion de hors-sujet a-t-elle un sens étant donné que nous n’écoutons pas forcément le même disque (et c’est bien normal)?

  6. Hé bien VV, pardon d’insister et d’emprunter ce ton un peu pédant/professoral, mais oui elle a un sens car la subjectivité atteint là ses limites. Tu ensevelis tellement la musique sous un bestiaire d’images clichés grotesques qu’on ne sait même plus de quoi il retourne et si tu as en effet écouté le disque. Ce disque. Sérieux, t’avais fumé, non ?

  7. Deux choses,

    Ce que l’on pratique sur Gonzaï étant tout sauf une science (et n’ayant pas la prétention de le devenir), parler de limites et de méthodes est inintéressant au possible.

    Ensuite, ce papier c’est rien d’autre que les impressions que m’a laissé ce putain de bon album de pop mainstream, précieux et scotchant comme trop rarement dans ce genre là. Je ne fais pas joujou avec des « images post-apocalyptiques type 11 septembre, etc », je couche sur papier ma naïveté à espérer des dommages collatéraux.

  8. Hey Gringo, des disques j’en écou(r)te. Pas mal même. Celui-ci était dans le lot (étonning not?) et mes bâillements ont couverts le son de la HiFi. Un peu comme ces commentaires (comment peut on se vanter de ressembler à Kate Bush ?).

    Le travail de la voix je le préfère chez Alina Orlova par ex.

    Seul réveil possible la rédaction de ce papier que je persiste à trouver joli. Pour un fois que les tours qui tombent ne sont pas la synchro d’un larsen ou de solo de drums
    métalleux…

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